Dans le livre aux souvenirs

| sam, 19. oct. 2013
Née à l’Hôpital des Bourgeois en 1983, la salle rock de Fribourg célèbre ses trente ans avec un livre, qui sort officiellement la semaine prochaine. A travers textes, photos, affiches et anecdotes, il rassemble «l’esprit Fri-Son».

PAR ERIC BULLIARD

Résumer trente ans en un ouvrage? Une gageure… A l’instigation de Daniel Prélaz, Fri-Son s’y est lancé en réalisant un livre qui «n’est rien d’autre que ce qu’est Fri-Son depuis trente ans: beaucoup de musique, beaucoup d’émotions».
Aux centaines de photos et d’affiches originales s’ajoute l’histoire du club, émaillée d’anecdotes de ses programmateurs successifs, de musiciens ou de proches du club. Les textes principaux sont en deux langues, mais les anecdotes, elles, ne sont qu’en français ou en allemand. Le vernissage aura lieu lors de l’anniversaire officiel, le samedi 26 octobre.


L’histoire de la musique
Découvrir Fri-Son 1983-2013, c’est se souvenir que la salle de la rue de la Fonderie reflète l’évolution de la musique de ces trois dernières décennies. Du punk des débuts à l’électro, en passant par le rock, le grunge, le rap, le metal, le trip-hop, la brit-pop, le songwriting…
Chacun de ces genres a vu des têtes d’affiche passer par Fribourg. Dès les débuts, puisque Stephan Eicher jouait dans l’ancienne salle, en 1985 déjà. Par la suite, en vrac, rappelons que Fri-Son a accueilli Nirvana, Noir Désir, NTM, Beastie Boys, Coolio, RZA, Massive Attack, Korn, Napalm Death, Motörhead, Slayer, Marianne Faithfull, Placebo, Muse, Beck, Belle & Sebastian, Morcheeba, Ben Harper, Franz Ferdinand, Air, Moby…

Ils jouent à la maison
Recordmen toutes catégories, The Young Gods ont joué à 17 reprises à Fri-Son, de 1985 à 2012. «Et chaque fois c’est la fête, raconte le chanteur Franz Treichler. On est un peu le home band. Les gens écoutent, ils sont là. On a grandi ensemble.» The Melvins sont, eux, venus huit fois: «Pour chacune de leur tournée, leur agent anglais appelait directement chez nous. Ça ne se discutait même pas», indique Michael Kinzer, ancien programmateur. Stress et Lambchob en sont à cinq prestations en ces murs.

Les débuts
On l’a peut-être oublié , mais Fri-Son naît à une époque où l’Hôpital des Bourgeois est à l’abandon, depuis dix ans. C’est dans ces lieux, prêtés par la commune, que se tient le premier concert de la nouvelle association: sur une scène de bois, bricolée à la hâte, se produisent les Neuchâtelois de Débile Menthol, le 14 février 1983.
Parmi les pionniers de Fri-Son se trouvent Franz Treichler, futur chanteur des Young Gods, et Jacques Schouwey, qui était alors disquaire à la rue de Lausanne. Avec Cesare Pizzi, ils avaient aussi formé le premier groupe punk fribourgeois, Johnny Furgler & the Raclette Machine. Pour Jacques Schouwey, Fri-Son est né de «l’audace de faire quelque chose qui ne correspondait pas du tout à Fribourg».
Avec son mémoire de licence sur la création d’un centre culturel alternatif en ville de Fribourg, Jean-François Richard fait aussi partie de ceux qui ont donné l’impulsion, tout comme Max Jendly, Pyt Rumo… Autre pionnière, Heleen Wubbe résume l’état d’esprit de l’époque: «On s’en foutait. On avait envie de faire des trucs et on les faisait.»

Les déménagements
Une année et demie après son ouverture à l’Hôpital des Bourgeois, Fri-Son s’installe à la rue de l’Industrie. Sa réputation grandit, au point que le club devient une «étape clé du circuit de l’underground européen». La salle peut accueillir 700 personnes. «Pour les autorités, elle possède l’indéniable avantage de repousser cette jeunesse remuante hors du centre-ville», écrivent Daniel Prélaz et Matthieu Chavaz. Mais les locaux sont dans un état limite: ils frôlent la fermeture, après un contrôle du service du feu. Fri-Son va alors trouver sa place actuelle, dans l’ancienne usine des Condensateurs SA. Fri-Son a encore connu un agrandissement en 2003, qui lui a permis de placer la scène de l’autre côté de la salle et d’ouvrir un deuxième espace, plus intime, La Bobine.

Les sécus des Bérus
Bérurier noir a été invité pour l’inauguration de cette nouvelle salle de 1000 places, en septembre 1988. Les Bérus, alors au sommet du punk français, déboulent plus tôt que prévu pour leur sound check, à l’heure où le beau monde, dont le Conseil communal au complet, est à l’apéro officiel et aux petits fours… Les Bérus sont en outre venus avec leur propre service d’ordre, qui a «pris en otage» le staff de Fri-Son. Ils ont fait les entrées, rudoyé pas mal de spectateurs… mais aussi confisqué une centaine de couteaux.

Le suppo de Cobain
Le livre fourmille d’histoires de coulisses, que ce soit à propos des glorieux débuts – quand, par exemple, on utilisait des sacs poubelles pour fabriquer un rideau de fond de scène – des caprices de stars ou des impondérables. La plus célèbre de ces anecdotes concerne sans doute Kurt Cobain. Il est fiévreux: dans les loges, on lui apporte un suppositoire… dont il ne sait que faire. Nous sommes en novembre 1989. Nirvana doit alors jouer en première partie de Tad, devant 290 personnes. Cobain ne chante qu’une chanson, dos au public, avant de quitter la scène. La suite  sera instrumentale, avec le chanteur de Tad qui tente de colmater.
Le concert est si calamiteux que le manager promet une nouvelle venue de Nirvana à Fri-Son. Sauf qu’après la sortie de Nevermind, en septembre 1991, il rappellera pour dire que, désormais, le groupe joue dans des salles dix fois plus grandes…

Sonic youth et la neige
La venue de Sonic Youth a aussi été épique, mais s’est mieux terminée. Il neige toute la journée, ce 9 février 1999. Autoroutes bloquées, lignes de train fermées: les New-Yorkais avancent kilomètre par kilomètre. Quand ils arrivent à Fribourg, le groupe en première partie a terminé et range ses machines. Les musiciens «traversent la foule. Cinq minutes de line-check, un light show réduit, mais efficace: Sonic Youth balance un concert d’anthologie», se souvient Michael Kinzer.
On apprend aussi, entre des dizaines d’anecdotes, que Max Cavalera, venu avec Soulfly et Sepultura, a une peur panique de ses fans. Que Henry Rollins a voulu faire un stage diving au moment où les spectateurs se sont écartés. Que Jeffrey Lee Pierce, de Gun Club («le Jim Morrison de l’ère post-punk») errait en backstage, semi-comateux, jusqu’à ce qu’on lui mette sous le nez une bouteille de whisky qui le motive à monter sur scène. Ou encore que Beth Ditto (chanteuse de Gossip) a préféré les hamburgers du McDo à «l’excellent repas» préparé par les bénévoles…

En chiffres
Trente ans de Fri-Son, c’est environ un million de spectateurs, 3300 groupes, 3000 événements et un millier de collaborateurs. Le budget actuel s’élève à 1,7 million de francs par an, contre 3000 francs en 1983… Tiré à 2000 exemplaires, le livre paraît grâce à une souscription via internet, qui a rencontré un succès que même ses initiateurs n’attendaient pas. Ils espéraient réunir 8000 fr.: au final près de 300 contributeurs ont versé environ 24000 francs… Preuve que l’attachement à la salle, à son histoire et à «l’esprit Fri-Son» perdure, encore et toujours.


Fri-Son, 1983-2013, JRP/Ringier, 276 pages. Vernissage samedi 26 octobre, dès 20 h. www.fri-son.ch

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