Plus qu’un bloc de grimpe, c’est un parc qui honorera Loretan

| jeu, 24. oct. 2013
Ce devait être un bloc de grimpe. Ce sera finalement tout un espace public qui célébrera Erhard Loretan. Du coup, le projet passe de 70000 à 360000 francs. Carlo Gattoni, l’un des initiants, se bat pour trouver les fonds.

PAR YANN GUERCHANIK

Juché sur une branche, il contemplait son prochain défi. La Dent-de-Broc offrait au gamin la perspective d’une escalade initiatique. Le jeune Erhard allait bientôt se découvrir alpiniste, sans savoir qu’il deviendrait l’un des plus grands arpenteurs que la montagne ait connus.
Plus de deux ans après sa mort tragique, un mémorial est prévu dans les jardins de son enfance. Au départ, ce devait être un simple bloc de grimpe installé au parc des Dousses, à Bulle. L’espace vert entre la rue de Montsalvens et la rue de l’Abbé-Bovet. Mais l’alpiniste gruérien a le don d’inspirer ceux qui marchent sur ses traces… le projet a pris de l’ampleur.


Un projet qui vise plus haut
Il est finalement prévu de réaménager une bonne partie du parc. Pour un coût qui passe de 70000 fr. à quelque 360000 fr. D’un côté, quatorze pommiers seront plantés comme autant de «8000 rugissants». De l’autre, on trouvera un espace public redessiné. Avec un bloc de grimpe de 3 m de hauteur sur 4 m de largeur, mais aussi des collines et des rochers qui définiront un deuxième espace d’escalade et de jeu.
Pour marquer une séparation par rapport au pré, qui demeurera en l’état, les architectes paysagistes ont imaginé un muret ondulant, comme la ligne de vie d’une escalade. On pourra s’y asseoir, mais également y
lire des informations biographiques. Ou encore y contempler une fresque représentant la chaîne des Vanils ou les quatorze 8000. La place pourrait même interagir avec une application smartphone géolocalisée qui permettrait d’obtenir des témoignages écrits et visuels.


Toujours derrière le projet
C’est un groupe d’amis d’Erhard Loretan qui est à l’origine de l’initiative. On y trouve Carlo Gattoni et Michel Guidotti qui, tout gosses, habitaient le même immeuble et grimpaient le même pommier. Il y a encore le compagnon de cordée Pierre Morand ainsi que Jean-Bernard Repond et Jean Ammann, l’éditeur et l’auteur du livre Les 8000 rugissants. Sans oublier la mère et le frère d’Erhard, Renata et Daniel.
«Le 28 avril 2011, Erhard Loretan décédait et je me suis immédiatement dit qu’il fallait faire quelque chose en sa mémoire, confie Carlo Gattoni les yeux embués de larmes. Et le faire sur le terrain des Dousses tombait sous le sens.» Propriétaire du terrain en question, la paroisse catholique accepte rapidement d’accorder le droit de superficie.
La situation a-t-elle changé, à présent que le projet a pris de l’ampleur? «Non, répond le président de la paroisse, qui n’est autre que Jean-Bernard Repond. C’est un terrain d’intérêt public et, d’entente avec la commune, la place est à disposition.»
La commune, justement, avait très vite emboîté le pas des initiants. C’est elle qui a mandaté des architectes paysagistes pour obtenir un résultat à la hauteur de l’enthousiasme général. Or, ces derniers ont fait preuve à leur tour d’un certain emballement, présentant il y a quelques semaines un projet dépassant les espoirs.
Le mémorial Erhard Loretan, tel qu’il se présente aujourd’hui, sort de deux bureaux lausannois: Agathe Caviale et Contrepoint, projets urbains. «Dans la mesure où cette étude a été commandée par la ville, c’est elle qui la paiera», assure le syndic Yves Menoud. Avant d’ajouter: «Si notre enthousiasme demeure intact, la question du financement se pose encore.»


Trouver les fonds
Au départ, il était envisagé que la commune prenne en charge l’aménagement et l’entretien de la future place. Aujourd’hui, la chose doit être réexaminée. Quoi qu’il en soit, une somme importante doit être récoltée par les initiants du projet. Et trouver cinq fois plus d’argent n’est pas une sinécure.
Outre la commune de Bulle, Carlo Gattoni compte sur une participation de la Loterie romande, du Club alpin de la Gruyère et du Club alpin suisse. «Et puis, je vais faire mon travail de pèlerin pour présenter le projet à différentes entreprises, l’exposer au cours de différentes assemblées générales.»
Surtout, il s’apprête à lancer une souscription publique. En ce moment, il remue ciel et terre pour être présent au Comptoir gruérien qui débute vendredi. «Je ne sais pas encore où, mais on y sera!» Une participation financière publique est primordiale. «Nous ne voulons pas que les sponsors s’approprient le mémorial. Erhard avait horreur de ça. Le jour de l’inauguration, aucun nom ne sera mentionné!»
Cette dernière est prévue au printemps prochain. Le temps de récolter les fonds, elle pourrait néanmoins s’en trouver retardée. Mais Carlo Gattoni a bon espoir. Il la voit déjà, cette place en l’honneur de Loretan. Comme naguère le petit Erhard sur son pommier, il imagine déjà les alpinistes en herbe juchés sur le bloc de grimpe. De là-haut, ils verront la Dent-de-Broc s’élever à l’horizon et entendront peut-être l’appel de la montagne.

 

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Les 8000 rugissent à nouveau sur papier

PAR FLORENCE LUY


Publiés en 1996, Les 8000 rugissants sont épuisés depuis l’hiver dernier. Le livre phare sur le parcours de l’alpiniste Erhard Loretan décédé il y a deux ans et demi au Grünhorn avait été tiré à 30000 exemplaires, en quatre langues, dont 15000 en français.
La nouvelle édition qui sort cette semaine propose une mise en pages complètement modifiée et s’est enrichie d’un cahier de photos notamment tirées de l’ouvrage Himalaya - regards… Jean Ammann, auteur de la première mouture, signe un chapitre supplémentaire et un épilogue. «Il n’était pas question de refaire une biographie d’Erhard Loretan, mais plutôt de faire le lien entre l’homme de 1996 et celui de 2011», explique Jean-Bernard Repond, directeur des Editions La Sarine.
Car, selon l’éditeur, «l’alpiniste Loretan avait dit ce qu’il avait à dire dans Les 8000 rugissants. Il n’aurait sans doute pas voulu d’un nouveau livre. L’option choisie avec cette réédition respecte ainsi sa mémoire.» Et Jean-Bernard Repond de conclure: «Je pense qu’il aurait apprécié cette façon de faire. Tout comme sa mère, qui a aimé le texte complémentaire de Jean Ammann.»
Bien que le pari semble un peu risqué, la réédition de cet ouvrage s’est rapidement imposée à son éditeur. «Il était évident qu’il devait rester au catalogue des Editions La Sarine, dont la mission est de traiter de sujets en relation avec le patrimoine régional, jouant ainsi un rôle dans la conservation de la mémoire.» La nouvelle mouture est tirée à 2500 exemplaires et une traduction en anglais pour le marché américain est envisagée.


Le temps de la légèreté
En 1995, Erhard Loretan était devenu le troisième homme à avoir gravi les quatorze 8000 m de la planète. Sa notoriété était alors à son paroxysme. On le croisait lors de conférences, les reportages dans les médias se multipliaient. La sortie de l’ouvrage cosigné avec Jean Ammann tombait à point nommé. Pour la première fois, le Gruérien se racontait. Il retraçait son parcours d’alpiniste avec humour et humilité, avec enthousiasme aussi: son adolescence dans les Gastlosen, les diverses ascensions en Himalaya, dans les Andes et dans les Alpes, sans oublier les amis, les rencontres.
Puis, entre 1996 et le 28 avril 2011, il s’est passé beaucoup de choses. «C’est que la gravité, si longtemps défiée sous toutes ses formes, s’est invitée dans la vie d’Erhard Loretan», écrit Jean Ammann. C’était un certain 24 décembre 2001 que son fils, Ewan, âgé de sept mois, mourait du syndrome du bébé secoué. Mais le journaliste n’a pas voulu en rajouter plus qu’il n’en fallait à ce qui a déjà été dit sur cette période, préférant conserver intact «le bonheur d’avoir écrit sa biographie au temps de la légèreté».


Erhard Loretan-Jean Ammann, Les 8000 rugissants, Editions La Sarine

 

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