Les homes face à leur avenir

| jeu, 28. nov. 2013
Les treize EMS de la Gruyère vont au-devant d’importants changements: regroupements, développements de nouvelles structures, réactivation de la solidarité… Le point avec le préfet Patrice Borcard, qui prône également un retour de la solidarité.

Par Jean Godel
La démographie record du canton est un défi en matière d’encadrement des personnes âgées. Concernée au premier chef, la Commission de district des EMS (CODEMS), présidée par Patrice Borcard, a accepté en septembre 2012 le principe d’une feuille de route posant les jalons d’un nouveau concept global de la prise en charge de la personne âgée (La Gruyère du 6 décembre 2012). «C’est un chantier délicat qui remet en cause certaines habitudes», pose le préfet de la Gruyère. Mais en novembre 2012, aux Assises des EMS, il a pu constater la volonté quasi unanime du milieu d’aller de l’avant – «j’ai senti qu’il attendait ces réformes».

Après une année d’un intense travail, Patrice Borcard exposera un premier état des lieux lors de l’assemblée générale de l’AFIPA, l’Association fribourgeoise des institutions pour personnes âgées, cet après-midi à Bulle. La Gruyère évoque avec lui les principales innovations.

Cet avertissement d’abord: on n’en est qu’au stade des hypothèses de travail, des pistes. Patrice Borcard ne veut pas brûler les étapes. Au final, il s’agira d’obtenir l’aval de tous. L’idée générale: préparer le district à affronter l’augmentation importante de la population supérieure à 80 ans, qui va doubler jusqu’en 2030.

Des homes à réunir?
Trois groupes de travail sont à l’œuvre depuis un an. Ils devraient rendre leurs rapports au début 2014. Le premier, présidé par Myriam Fragnière-Dufour, directrice de l’EMS d’Humilimont, a pour tâche d’imaginer le futur de quatre homes dont les infrastructures sont en bout de course: Humilimont, Gruyères, la Maison Bourgeoisiale de Bulle et, dans une moindre mesure, Sorens.

L’idée d’une réhabilitation ayant été abandonnée, on plan-che sur leur réunion, avec la possible construction de deux nouveaux établissements gérés par une association intercommunale qui regrouperait à elle seule une dizaine de communes. L’analyse a été poussée très loin, jusqu’à un projet de concept d’exploitation avec évaluation des coûts.

Un «mur» démographique
Le deuxième groupe de travail s’est lui attelé à l’analyse des structures intermédiaires, à développer ou à créer, dont l’objectif est le maintien le plus longtemps possible des personnes âgées à domicile. Sous la houlette d’Yves Page, conseiller communal de Charmey, il a lui aussi fourni un immense travail, souligne Patrice Borcard, avec inventaire de l’existant, définition des diverses structures intermédiaires et analyse de celles qui seraient nécessaires au district.

Les contours de cet échelon fondamental se dessinent (lire ci-dessous). Mais deux choses sont sûres: d’abord, le canton n’octroiera pas de lits supplémentaires en EMS à la Gruyère. Bien au contraire, sa dotation étant déjà proportionnellement supérieure à celle des autres districts. Surtout, le «mur» démographique qui s’approche n’est pas une élucubration d’apprentis sorciers, mais un fait concret: les personnes âgées de demain vivent déjà! Les plus de 80 ans seront ainsi 4050 en 2035 (1760 en 2010). Conséquence: avant de placer quelqu’un en home, il faudra utiliser au maximum ces structures intermédiaires.

Projet pilote dès janvier
Le paysage de la prise en charge des personnes âgées va donc se complexifier. D’où la nécessité d’un organe de coordination et d’orientation, thème du troisième groupe de travail présidé par Nicolas Beaud, directeur du Home de la vallée de l’Intyamon. Ce portail d’entrée du système orientera la personne vers la structure appropriée en fonction des disponibilités. Il devra aussi poser une évaluation neutre et objective du «candidat», en tenant compte autant que possible de ses vœux et de ceux de sa famille.

Sondés, les EMS sont assez favorables à un tel organe, révèle le préfet. Dès janvier prochain, un Projet pilote mettra un 50% à disposition d’un pool de spécialistes. Trois homes y participeront dès avril 2014, puis trois autres quelque temps après, soit la moitié des établissements actuels. Un portail qu’il s’agira de développer au fur et à mesure de la mise en place des structures intermédiaires que la réorganisation en cours décidera.

 

Retarder au maximum l'entrée en EMS
Ces structures intermédiaires se situeront au milieu d’un panel de prestations avec, au premier étage, l’aide et les soins à domicile, qu’il s’agit de renforcer.

Pour retarder autant que possible le placement en EMS, il faudra développer un deuxième étage, celui des services de proximité. Certains existent, d’autres sont à inventer, tous demandent à être structurés à l’échelon du district. Le préfet Patrice Borcard évoque ainsi l’accueil de jour socio-hôtelier (seul le repas est pris en EMS), les repas à domicile sept jours sur sept ou encore des prestations sociales non médicalisées.

Le troisième étage, c’est celui des EMS. Mais, là aussi, il s’agira de les spécialiser de manière à ce qu’ils répondent au mieux aux besoins. Et, là aussi, certaines structures existent déjà, à développer et mieux intégrer sous une même gestion.

Exemples de ces structures possibles, parmi lesquels des choix seront nécessaires: unité de soins palliatifs, unité spécialisée dans la prise en charge de la démence, foyer longs séjours pour les cas dont la pathologie ne nécessite pas une entrée en EMS. C’est aussi des foyers de jour – et de nuit -  médicalisés, des foyers d’encadrement avec lits non spécialisés ou encore l’organisation des transports.

Avec un tel réseau, on devrait pouvoir  rentrer plus vite chez soi ou rejoindre une structure moins spécialisée. Certains resteront bien sûr en EMS, mais pour n’y passer que les toute dernières années de leur vie. «Le temps est révolu où l’on arrive en EMS valise à la main pour y passer dix ou quinze ans», illustre Patrice Borcard.

La solidarité de tous
Le préfet conclut par un souhait: accompagner cette réforme par une réflexion sur la solidarité. «On est allé très loin dans l’individualisme.» L’idée est de redynamiser ces entraides villageoises ou de quartier, latentes, qui ne demandent qu’à être relancées par un encadrement capable de susciter le bénévolat. Patrice Borcard cite l’exemple du projet «Le Mouret solidaire», lancé en 2009 et dont la devise est «s’occuper des autres, c’est s’occuper de soi».

Ce sont de petites choses, mais essentielles au maintien d’une qualité de vie satisfaisante: repas à domicile, lessive, nettoyage, transports, visites de courtoisie, la liste est ouverte, assure Patrice Borcard. «Je suis convaincu que le bénévolat et la solidarité privée peuvent être un complément à ce nouveau concept de prise en charge des personnes âgées.» Un complément sans doute indispensable au vu des défis démographiques et financiers. Car, sans la participation de tous, le pari semble compromis.
 

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