Les joueurs condamnés à flirter avec leur propre ligne rouge

| sam, 09. nov. 2013
Josh Holden
On attend d'eux qu’ils montrent de l’agressivité tout en restant lucides. Pas facile. Joueurs, entraîneur et arbitre de LNA expliquent ces difficultés dans un sport où l’intensité augmente. L’enfant terrible du hockey Josh Holden fait ses excuses.

Par Karine Allemann

A chacun de ses passages sur la glace, le joueur de hockey doit résoudre un paradoxe: être prêt au combat, sans que le trop-plein d’agressivité ne prenne le pas sur sa lucidité. Donner des coups et en prendre, mais sans s’énerver quand un mauvais geste reste impuni, ou quand un adversaire cherche à le provoquer. Alors que la pause de l’équipe nationale bat son plein, c’est en se promenant sur cette frontière plus floue qu’il n’y paraît entre saine agressivité et perte de leurs nerfs que joueurs et entraîneur de Fribourg-Gottéron s’expriment, ainsi que l’arbitre Daniel Zosso. Sans oublier l’enfant terrible du hockey Josh Holden qui, avec des regrets et des excuses, évoque sa part d’ombres.

 


Indispensable dans le jeu


«Contrairement à ce que cer­tains croient, les hockeyeurs ne sont pas des brutes débiles, précise d’emblée le défenseur Michael Ngoy. Il faut être intelligent pour jouer. Après, c’est vrai qu’il est parfois difficile de rester calme, surtout quand on prend un coup. Mais l’agressivité fait partie du jeu. On nous demande d’aller checker, de protéger le gardien…»


Pour le défenseur fribourgeois, le jeu est devenu plus physique. «Le hockey suisse est toujours plus rapide et intense. Il n’y a qu’à voir le nombre de nos joueurs qui évoluent en NHL. Cela donne beaucoup d’espoirs aux jeunes et ils savent bien que sans un jeu très physique, ils n’ont aucune chance d’y aller. Dès les minis, les entraîneurs demandent plus d’agressivité.»

 


Accepter les coups


Si, pour Michael Ngoy, «certains joueurs comme Heins ou Holden ont besoin de cette agressivité pour jouer», le plus important est de rester lucide. «Aujourd’hui, de moins en moins de buts sont marqués à
5 contre 5. Les pénalités peuvent donc se payer très cher.»


Toutefois, le comportement varie en fonction du résultat. «Quand elle perd, une équipe peut chercher à créer une échauffourée pour faire monter l’agressivité. Par contre, si on gagne 4-3 à une minute de la fin et qu’on rend un coup à l’adversaire, c’est sûr qu’on va entendre Hans (n.d.l.r.: Kossmann). Il faut savoir ravaler sa fierté et accepter de prendre des coups au nom de l’équipe. C’est souvent les plus intelligents qui gagnent.»

 

Ne pas être short fuse


Attaquant efficace, Thibaut Monnet sait que les adversaires peuvent chercher à le perturber. «Avec l’expérience, on lit le jeu et on sait à l’avance comment les choses vont se passer. Je ne suis pas le gars qui va chercher la bagarre et j’essaie de ne pas donner de coup méchant. Il faut faire attention, car il y a beaucoup d’accidents dans le hockey.»


Et puis, les joueurs au sang chaud vont sans cesse être provoqués. Hans Kossmann les appelle les short fuse (traduction les fusibles courts). «Ceux-là, tout le monde les connaît», sourit l’entraîneur de Fribourg-Gottéron. Michael Ngoy abonde. «Les susceptibles, on va aller les chatouiller et, en général, ça marche. On joue avec eux, com­me nos adversaires jouaient avec Shawn Heins.»


A 31 ans, le défenseur vaudois de Fribourg est forcément plus mature qu’à ses débuts. «Un défenseur ne devient dominant que vers 28 ans. Personnellement, je ne suis pas un impulsif. J’arrive à me contrôler. Alors, quand il faut tenir un score dans un moment critique, je suis assez souvent sur la glace.»


Le métier s’apprend


Depuis toujours, Fribourg-Gottéron applique un système d’amendes. C’est l’entraîneur qui en établit la liste. Les pénalités stupides en font évidemment partie. Au-delà de la coutume propre à l’équipe, c’est l’envie de ne pas nuire aux siens qui doit prévaloir. Hans Kossmann est-il sévère sur le sujet? «Les joueurs pensent que je suis dur. Je dirais plutôt vigilant. Parce qu’une partie peut basculer très vite. Hockeyeur est un drôle de métier. Pendant un match, les joueurs ne sont sur la glace que 15 à 25 minutes. L’intensité est donc très haute. Mais ils apprennent à la gérer depuis leurs débuts, vers l’âge de 6 ans. A haut niveau, je pense que la plupart des joueurs savent ce qu’il faut faire et ne pas faire. Car les arbitres ne ratent plus grand-chose. Et, avec la vidéo, rien ne passe inaperçu.»

 


L’instinct des arbitres


Pour le Fribourgeois Daniel Zosso, juge de ligne en LNA, les arbitres doivent voir les signes avant-coureurs. «Comme on connaît très bien les joueurs, on le remarque tout de suite, si l’un d’eux nous semble plus perturbé que d’habitude. Il faut alors le faire redescendre de sa planète et lui rappeler les limites. En général, quand il y a une grosse charge ou une bagarre dans le troisième tiers, c’est qu’il s’est passé quelque chose dans le premier. Un joueur ne pète pas les plombs sans raison. C’est pour cela qu’il faut être vigilant. Eviter les situations délicates avant qu’elles ne se produisent.»

Le métier d’arbitre est-il devenu plus difficile avec l’évolution du hockey? «L’équipe de Suisse (n.d.l.r.: vice-championne du monde 2013) a connu du succès grâce à son jeu rapide, son patinage et sa technique. Cela démontre bien que le hockey suisse a fait un bond énorme. La Ligue a réagi en instaurant le système d’arbitrage à quatre en LNA.»


Reste que, dans tous les sports, joueurs et entraîneurs s’accordent pour dire que le meilleur moyen d’éviter qu’une situation ne dérape reste un bon arbitrage. La remarque fait sourire Daniel Zosso. «Encore faut-il s’entendre sur la notion de “bon arbitrage”. Parfois, au sein d’une même équipe, un joueur vient nous dire qu’on a été nuls, et un autre nous félicite... L’arbitrage, c’est une affaire de connaissance du règlement et d’instinct. Le plus important est donc de garder la même ligne durant toute la rencontre.  Car, ce que veulent avant tout les joueurs, c’est une prestation cohérente durant nonante minutes.»


A chaque hockeyeur, ensuite, de flirter au mieux avec la ligne rouge. Agir en guerrier, tout en ravalant sa fierté au nom de l’équipe.

 

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Josh Holden: «Je dois changer et nettoyer mon style»

 

Josh Holden. Le nom fait peur rien qu’à l’idée de lui passer un coup de fil. C’est que le «Charcutier de Calgary», comme l’a surnommé Le Matin,a mauvaise réputation. Multirécidiviste, l’attaquant de Zoug vient d’écoper de huit matches de suspension pour une charge à la tête de Julien Vauclair (28 matches de suspension en huit saisons en Suisse!). Au final, ce père de famille s’avère charmant, posé, et plein de contrition. «Merci d’aborder ce sujet. Et surtout merci de me donner l’occasion de m’exprimer», nous dit-il en préambule. Interview de l’homme le plus détesté du hockey suisse.

Josh Holden, à quel point est-ce difficile de gérer agressivité et lucidité dans le hockey?
J’ai grandi en Amérique du Nord, où le jeu est très physique, très dur. Ce n’est pas pour blesser l’adversaire, mais pour lui montrer qui est le chef. C’est une part de mon jeu. Maintenant, le hockey a changé et c’est devenu plus difficile pour quelqu’un comme moi. C’est comme être sur une barrière: tu tombes d’un côté c’est OK, de l’autre tu as de gros problèmes. J’ai connu des hauts et des bas.

Pas facile, en effet, de rester du bon côté…
C’est la part du challenge quand on joue à haut niveau dans un sport qui va si vite. On n’a qu’un millième de seconde pour prendre une décision. Beaucoup de gars vous diront que dans 95% des cas, on fait le bon choix. Et que, dans 1 ou 5% des cas, on prend la mauvaise décision et le gars se blesse.

Avez-vous besoin d’être énervé pour bien jouer?
Je ne dirais pas énervé, mais dans la bonne émotion. Une part de mon jeu est le leadership. Mais le leadership vestiaire. Mon style est de jouer dur et de travailler dur. Et puis, j’ai un instinct de protection envers mes coéquipiers. Mais, honnêtement, depuis plusieurs années, il n’y a pas eu de moment où je suis devenu vraiment fou.


Quand vous écopez d’une suspension pour un mauvais coup, comme récemment, avez-vous des regrets?
Oui, car je sais immédiatement que j’ai commis une erreur. Et, quand ça arrive, la seule chose à faire est d’accepter la suspension sans essayer d’argumenter ou de faire appel. Mais il faut savoir que je n’essaie jamais de blesser. Je sais que les gens pensent le contraire. Mais c’est faux. J’essaie juste de jouer dur. On en revient à cette ligne qu’il ne faudrait pas dépasser. Il y a quelques années, après le choc avec Christian Dubé, avant même qu’il n’ait enlevé son équipement je suis allé vers lui pour m’excuser et lui dire que j’espérais qu’il n’était pas blessé. Pareil avec Julien Vauclair, à qui j’ai envoyé un message. Je respecte tous les joueurs, ces gars ont des familles. C’est la même chose pour moi. Je détesterais que l’on veuille me blesser alors que mes trois petites filles sont dans la patinoire. Toutefois, je ne m’attends pas à ce qu’ils me pardonnent. Tout ce que je peux faire, c’est m’excuser une fois, et ensuite c’est leur décision.


Avez-vous peur d’être blessé ou de blesser quelqu’un pendant un match?
Pour être honnête, quand je jouais en Amérique du Nord, il m’est arrivé de chercher à blesser. Mais ce n’est plus le cas depuis que je suis en Europe, où ça ne fait pas partie du jeu. Je suis étonné de voir à quel point, ici, certains ne sont pas prêts à encaisser un coup. Moi, c’est quelque chose que j’ai appris à 7 ans: faire un check, mais aussi le prendre.  Attention, je ne dis pas que quand je blesse un joueur, c’est de sa faute. Je dis juste qu’il faut être prêt.

Vous allez reprendre le jeu après huit matches de sus­pension. Pensez-vous vous calmer avec l’âge (35 ans)?
Je sais que je dois changer et nettoyer mon style. Les arbitres me surveillent. En même temps, je suis capable de ramener des points à l’équipe et je suis sûr que ça va bien se passer pour moi. Que je vais rester intelligent. Cette barrière existera toujours, mais j’espère rester un peu plus du bon côté que par le passé.
 

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