Première suisse à l’aire de La Joux-des-Ponts

| sam, 16. nov. 2013
Le canton et l’OFROU annoncent enfin une aire multifonctionnelle inédite. Les poids lourds et les gens du voyage s’y succéderont en fonction des saisons. Les préfets du Sud espèrent du canton une solution intermédiaire jusqu’en 2016.

Par Sophie Murith

 

«L’accueil des gens du voyage est un problème lancinant, nous proposons une solution novatrice avec cette aire multifonctionnelle qui satisfait aussi bien l’OFROU que le canton», déclare devant la presse le conseiller d’Etat Maurice Ropraz.
Lundi, l’Etat et l’Office fédéral des routes ont signé une con-vention et trouvé un terrain d’entente pour aller de l’avant dans le dossier l’aire d’accueil de La Joux-des-Ponts, dont il était question depuis 2008. Le premier devait trouver une solution pour accueillir les gens du voyage lors de leur arrêt dans le canton, le second développer les aires de repos pour les poids lourds le long de l’A12. «A leur demande, nous avons accepté de réaliser cette aire multifonctionnelle, note Stefano Coraducci, chef de la filiale de l’OFROU à Estavayer-le-Lac.
Ainsi, le projet, revu et corrigé tel que l’avait dévoilé La Gruyère le 12 octobre, se scindera en deux. Côté Jura, l’aire de repos déjà existante sera étendue avec 46 places poids lourds supplémentaires.
Côté Alpes, douze places de stationnement seront créées pour les transporteurs. Une aire multifonctionnelle de 10000 m2, encadrée par une butte grillagée, prendra également place dans le prolongement de la zone existante, en direction de Bulle.

Accueil de mars à octobre
De novembre à février, l’aire sera utilisée par les camionneurs. De mars à octobre et sous la responsabilité du canton, les gens du voyage pourront en disposer pour une durée de cinq à sept jours. Quarante caravanes peuvent s’installer sur sa zone herbeuse.
«L’arrivée se fera uniquement depuis l’autoroute, explique Pierre Schuwey, commandant de la Police cantonale. Le convoi s’encolonnera devant un portique.» La police procédera alors aux négociations d’usage: durée du séjour, moment du départ, encaissement des 15 fr. par jour et par caravane.
«Des contrôles d’identité seront aussi possibles à ce moment-là, comme le versement d’une caution, ajoute Pierre Schuwey. Un état des lieux de la propreté sera effectué avant de les laisser repartir.» A l’arrivée, le portique, muni d’un gabarit, s’ouvrira avant de se refermer pour ne plus laisser passer que les voitures.
La surface sera adaptée aux besoins des gens du voyage, mais pas trop pour éviter qu’elle ne soit trop attractive. «Cette place est nécessaire», affirme Pierre Schuwey. Lorsque la police ira demander aux gens du voyage de quitter leur installation sauvage, elle pourra enfin leur proposer une alternative. «Mais tout ne sera pas réglé pour autant. Ce n’est pas la panacée. Les gens du voyage poseront toujours des problèmes. Ils aiment voyager et ne pas s’arrêter toujours au même endroit.»
La cohabitation sera-t-elle possible entre les camionneurs et les gens du voyage, même confinés dans une zone à part? «Les transporteurs ne s’arrêteront sûrement pas côté Alpes, quand les gens du voyage y seront», reconnaît Pierre Schuwey.

Sept millions déboursés
La nouvelle aire multifonctionnelle coûtera à la Confédération un million de francs selon les estimations, comprenant l’achat de la parcelle à un privé et son aménagement. «La vente du terrain est en cours», indique Stefano Coraducci. Le canton de Fribourg versera une indemnité forfaitaire de 700000 francs pour les aménagements particuliers aux gens du voyage, notamment des toilettes à ciel ouvert, et pour l’occupation de l’aire par ces derniers. «En tout, pour le réaménagement de l’ensemble de l’aire de La Joux-des-Ponts, la Confédération déboursera 7 millions de francs, toutes taxes comprises», esquisse Stefano Coraducci.

Le dépôt du projet définitif et sa mise à l’enquête publique se feront prochainement par l’OFROU. «Le Département fé-déral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication devra approuver les aspects constructifs d’ici à octobre 2015», note Maurice Ropraz. Les travaux débuteront au milieu de l’année 2016 pour une entrée en service à la fin de cette même année.
Une lenteur toute fédérale sur laquelle Maurice Ropraz avoue avoir peu de prise. «Si le délai est réduit, nous en serons heureux.» La date tiendrait compte des éventuelles oppositions. «J’espère que la population verra l’intérêt de cette aire, même si la présence des gens du voyage éveille toujours des craintes. La solution est idéale, mais pas parfaite.»
Le conseiller d’Etat s’en félicite tout de même. «Cette aire permettra de combler les attentes insistantes des députés, des préfets et des cantons environnants.» Pour Jean-Marc Piguet, syndic de Sâles, la modification du projet ne change rien. «L’aire reste sur notre territoire communal. Comme tous les autres, on aurait préféré que cela se fasse ailleurs que chez nous», reconnaît l’élu. Seul avantage à ses yeux: «Peut-être que les habitants seront plus satisfaits, car elle se trouve désormais de l’autre côté de l’autoroute.»

 

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En attendant 2016


«Pour nous, c’est une bonne nouvelle, attendue depuis vingt-cinq ans», réagit Patrice Borcard, préfet de la Gruyère. Mais, ces deux ans et demi jusqu’en 2016 lui semblent bien longs, notamment au vu du rythme régulier et intense des installations dans le district. «Avec les préfets de la Glâne et de la Sarine, nous avons écrit au Conseil d’Etat pour lui demander d’accélérer le mouvement avec l’OFROU, ce qui a été fait, mais aussi de trouver, dans l’intervalle, une solution de rechange.» Un joker qui ne sera pas offert aux préfets. Le Conseil d’Etat leur a fait savoir qu’il n’estime pas nécessaire de trouver temporairement un terrain pour accueillir les gens du voyage. «Ce n’est pas satisfaisant, affirme Patrice Borcard. Nous allons en reparler lors de la conférence des préfets et faire quelques propositions.»
Willy Schorderet, préfet de la Glâne, reconnaît que la situation est actuellement très tendue. «Je n’ai toujours pas trouvé les fonds pour les indemnités lors de l’installation des 70 caravanes à la montagne du Lussy. Lorsqu’un malade attend son opération, on essaie de soulager sa douleur dans l’intervalle.»

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