La LHand, excuse trop facile pour supprimer des gares

| mar, 24. déc. 2013
Dans sa dernière plaquette, Pro Fribourg dénonce la démolition de plusieurs gares fribourgeoises, sacrifiées sur l’autel de l’accessibilité aux personnes handicapées.

PAR JEAN GODEL

Après quelques plaquettes plus historiques, la revue du mouvement de défense du patrimoine Pro Fribourg retrouve ses premières amours avec un numéro de combat intitulé Gares fribourgeoises: halte au massacre! Des exemples de démolition existent déjà. Ainsi, en Veveyse, la gare TPF de Bossonnens a été rasée cette année pour être remplacée par un abri en verre et métal, premier exemple d’un concept appelé à se reproduire dans tout le canton. Les auteurs pointent aussi la ligne CFF Fribourg-Payerne dont la gare de Belfaux CFF a déjà été détruite, celle de Grolley, datant de 1876, devant connaître le même sort.
C’est que ces gares sont au confluent de deux tendances lourdes. D’une part, la nécessité légale de les assainir pour les rendre conformes, d’ici à 2024, à la Loi fédérale sur l’élimination des inégalités frappant les personnes handicapées (LHand). Et il est vrai que presque toutes les gares TPF sont en courbe, ce qui rend l’accès aux rames difficile aux personnes handicapées. D’autre part, la mise en œuvre de nouvelles technologies d’exploitation – la commande à distance du réseau – qui vide les gares de leurs agents de mouvement et chefs de gare.
Pro Fribourg ne remet pas en cause la légitimité de la LHand, précise Jean-Luc Rime, son président. «Mais nous ne voulons pas qu’elle soit un argument  pour faire table rase, façon Ceausescu, de tout un patrimoine historique, bien souvent constitutif de l’identité villageoise. On ne règle pas un problème en le faisant disparaître.»
Le mouvement plaide pour des adaptations techniques des quais et du matériel roulant tout en maintenant les bâtiments dignes de conservation. C’est possible, assure Jean-Luc Rime, et à moindre coût. Piquant, le président se demande d’ailleurs comment les CFF vont bien pouvoir adapter à la LHand leur gare de Berne et ses nombreux quais, tous en courbe…


Tractations en cours
Tout n’est pas perdu pour autant, reconnaît Pro Fribourg qui salue la prise de conscience des entreprises de transport. Des tractations sont en cours entre les CFF, les TPF et le Service des biens culturels (SBC) du canton en vue d’établir des inventaires jugés déterminants. «Une solution consisterait à élever la notation des bâtiments à conserver», explique Sylvie Genoud, secrétaire de Pro Fribourg.
Le problème, c’est que si les TPF établissent leur inventaire quant à la valeur patrimoniale des gares, c’est ensuite aux communes d’inscrire les bâtiments comme protégés dans leur Plan d’aménagement local. Or les appréciations changent selon les interlocuteurs, prétend Jean-Luc Rime: «C’est une question d’hommes, les promesses changent…»
Du côté des CFF, c’est la législation fédérale qui prévaut. «Il est très difficile de faire entendre notre point de vue», assure le président du mouvement. Les CFF disposent de leur propre Service des biens culturels, qui collabore certes avec son homologue fribourgeois. Mais au final, c’est la Division infrastructures des CFF qui décide, dirigée par Philippe Gauderon, habitant de… Grolley. «Chaque démolition de gare CFF est de son ressort», tacle Jean-Luc Rime.


Retard au démarrage
Si la LHand est applicable d’ici à 2024, elle a été votée dès 2004. «Les acteurs s’y sont pris très tard, ils n’ont pas vu venir le problème», juge-t-il encore. Les premiers plans, radicaux à l’en croire, ont depuis été corrigés. Ainsi, la gare de Belfaux-Village, d’abord condamnée, sera finalement maintenue par les TPF, sur la ligne Fribourg-Ins où l’essentiel sera préservé. A Châtel-Saint-Denis, où s’érigera bientôt une nouvelle gare, l’ancienne sera aussi conservée.
Mais rien n’est gagné, avertit Pro Fribourg, car il y a beaucoup d’acteurs en jeu: les entreprises de transport, le SBC, le Service des constructions et de l’aménagement, le Service de la mobilité et les communes. Des enjeux économiques interfèrent aussi. Interrogés par Pro Fribourg, les CFF comme les TPF mettent en avant des impératifs financiers: «Les CFF ne peuvent plus maintenir la totalité des petites gares qui ne sont pas rentables», écrit ainsi l’ex-régie fédérale.
Pourtant, affirme Pro Fribourg, même si les gares de village sont un petit patrimoine, elles méritent d’être protégées au vu de l’importance du chemin de fer dans nos régions. «Les entreprises de transport ont aussi une mission culturelle, rappelle Jean-Luc Rime. Surtout dans les zones touristiques.»

 

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Gares-chalets à l’abri
«A Bossonnens, ce n’est plus une gare, mais un abri à voyageurs.» Voila ce que craint Sylvie Genoud, secrétaire de Pro Fribourg, pour d’autres gares TPF du canton. Dans le dernier numéro de la revue du mouvement, elle dénonce des aménagements jugés peu accueillants: des bancs sans dossier, une salle d’attente non chauffée, le tout ressemblant à une «station-service».
Une question de goût, sans doute. Mais le fait est que, quelques kilomètres plus loin, la gare de Remaufens, quasiment identique à l’ancienne de Bossonnens, est habitée, entretenue et dispose d’une salle d’attente chauffée et de caméras de surveillance. «Voilà qui prouve que le maintien de l’existant est possible», juge Jean-Luc Rime, président de Pro Fribourg. Quitte à changer l’affectation des gares dignes de conservation.
Sur la ligne Palézieux-Montbovon, les nombreuses gares-chalets, désormais protégées, sont hors de danger. Reste à les valoriser. Les louer comme logement n’est pas toujours idéal en termes d’image, reconnaît Jean-Luc Rime. Qui plaide pour y maintenir une activité tertiaire. Celle de Montbovon, par exemple, située sur un nœud ferroviaire entre deux lignes touristiques, pourrait accueillir une antenne de l’Office du tourisme de la région, imagine le Gruérien d’origine, voire un point de restauration «avec un homme qui sert du café plutôt qu’un distributeur».
Une option qui serait en parfaite symbiose avec l’offre touristique tant des TPF que du Montreux-Oberland Bernois (MOB), notamment son train-fondue et autre train du chocolat, illustre Jean-Luc Rime. JNG

Commentaires

Il est scandaleux que des choix pris dans des bureaux, par des technocrates qui veulent être à la mode, pèsent sur l'environnement quotidien d'une région. C'est de l'esprit colonialiste sans respect aucun des citoyens. Quand en plus, c'est une régie d'Etat, nous sommes en droit de revendiquer un meilleur dialogue. Bravo à Pro-Fribourg de lancer ce cri. A Grolley, j'ai déjà rencontré plus de 20 personnes qui s'inquiètent pour leur gare mais qui pensaient qu'il n'y avait rien à faire. Passons à l'action avec la brèche ouverte par Pro-Fribourg NN
Rien à cirer de ces bâtiments,c'est les haltes supprimées entre deux qui auraient dû être maintenues.Car pour gagner 3 minutes entre Bulle et Palézieux c'est cher payer.
Non seulement les bâtiments anciens mais aussi les véhicules et les objets liés à l'exploitation ferroviaire ont leur place dans ce concept de sauvegarde. Association gfm-historique Bulle

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