Sans électricité, la moitié de la ville a vécu au ralenti

| mar, 03. déc. 2013
Une coupure de courant a touché la moitié du chef-lieu gruérien samedi vers 11 h 15. Un accident sur le chantier d’UCB Farchim a provoqué l’explosion du transformateur des Crêts et de la gare. Les conséquences sont nombreuses.

PAR ANGELIQUE RIME

Situation inédite à Bulle samedi en fin de matinée. Une coupure de courant a paralysé la moitié de la ville pendant deux heures, voire plus selon les quartiers. L’électricité a pu être rétablie dans l’essentiel du chef-lieu gruérien vers 14 h 20, puis progressivement au fil de l’après-midi. Une panne d’électricité avec de multiples conséquences sur la vie de Bulle et de ses habitants.

Commerces
De nombreux commerces et stations-service affichaient portes closes. Le magasin Coop de la Grand-Rue a par exemple été fermé pendant deux heures. Les frigos contenant viande et plats précuisinés ont été vidés, puis à nouveau remplis une fois le courant revenu. «Nous avons placé la marchandise dans des réfrigérateurs fermés à l’arrière du magasin pour garantir la chaîne du froid. Même sans courant, la température y reste fraîche si on ne les ouvre pas. Mais il n’aurait pas fallu que cette panne dure trop longtemps!» décrit Gérard Bochud, gérant.
En trente ans de carrière, le patron de la succursale n’a jamais vécu une telle situation: «C’est arrivé au pire moment. Environ un tiers du chiffre d’affaires de la journée est perdu.»
A 14 h 30, une quinzaine de personnes piétinaient devant l’entrée de la Migros, sans pouvoir pénétrer dans le centre commercial. «On attend depuis au moins une demi-heure. Je ne sais pas ce qu’il se passe, mais ils pourraient au moins coller un panneau pour qu’on soit informés», s’impatientait ce père de famille.
Le magasin a rouvert à 14 h 45. «La chaîne du froid a pu être garantie pour la quasi-totalité des produits. Du poisson frais pour une valeur d’environ 1000 francs est cependant parti à la destruction,  indique Patrick de Saint-Félix, chef du service vente à la coopérative Migros Neuchâtel-Fribourg. Mais nous accusons une perte d’environ 30% du chiffre d’affaires habituel, soit quelques dizaines de milliers de francs.»    
Plusieurs restaurants n’ont pas pu assurer le service de midi. «Les personnes qui avaient réservé une table sont reparties. Impossible de les servir. Seul notre potager à gaz fonctionnait», déplore la patronne de Pasta Lina. Même cas de figure au Marco Polo, où les patrons ont dû fermer l’établissement de 11 h 30 à 14 h 30: «C’est très embêtant. Le samedi représente le plus gros jour de la semaine. Nous avons également jeté la marchandise que nous avions préparée pour le service de midi», raconte l’un deux.

Manifestations
Du côté d’Espace Gruyère, où le Salon des goûts et terroirs battait son plein, l’ambiance était tout sauf lumineuse. Elle était même carrément sombre dans la partie patinoire, qui ne bénéficiait d’aucun apport de lumière extérieure. La manifestation n’a pas été interrompue, même si une évacuation générale avait été évoquée dans un premier temps. L’affluence a toutefois été moindre et durant deux heures, les affaires n’ont pas été au beau fixe pour les commerçants. «On ne vend rien!» s’exclamait Gilbert Grenier derrière son banc orné de truffes.
Responsable du restaurant d’Espace Gruyère, Anton Moser ne pouvait servir que des huîtres à ses rares clients: «Les chambres froides sont pleines à craquer, nous ne savons pas où aller avec notre marchandise. Cet incident nous montre à quel point nous sommes dépendants de l’électricité.»
La coupure a aussi perturbé la bonne tenue de la kermesse de la Maison bourgeoisiale, à Bulle. «Nous avions monté une cantine entre le Restaurant des Halles et l’église avec une centaine de places assises. Mais les chauffages que nous avions installés ne marchaient plus. Les gens sont donc partis. Les comptes afficheront certainement une perte financière», déclare Serge Chatton, infirmier-chef.
Aucun problème n’est à déplorer du côté des résidents, même si, sans ascenseur, sans lumière dans les toilettes ni sonnettes, leur prise en charge et leur bien-être s’en sont trouvés altérés.

Vie quotidienne
Sans électricité, accomplir des actions d’habitude banales est devenu extrêmement compliqué. Une maman voulant aller chercher sa fille à un cours de danse n’a pas pu sortir du garage avec sa voiture, la porte étant automatique. «Ne restait plus qu’à trouver comment l’ouvrir manuellement», rapporte ce Bullois qui habite le chemin des Crêts.
Plusieurs parents ont dû redoubler d’ingéniosité pour nourrir leurs bébés. Car sans électricité, difficile de faire chauffer l’eau pour le biberon. Selon les autorités, trois personnes sont restées coincées dans un ascenseur.
Sans parler des journalistes de La Gruyère, dont les ordinateurs se sont brusquement éteints. Les obligeant à délocaliser la rédaction pour informer les lecteurs des événements qui se tramaient au dehors. Comme quoi, sans électricité, le monde tel qu’on le connaît est sens dessus dessous.

 

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Coupure due à une explosion chez Farchim
Samedi vers 11 h 15, trois explosions simultanées ont retenti en ville de Bulle. La première dans la zone industrielle de Planchy, sur le chantier où l’entreprise pharmaceutique UCB Farchim construit actuellement une nouvelle usine. Une quinzaine d’hommes y travaillaient à la préparation du couplage de deux réseaux électriques de moyenne tension. «Nous avons ressenti de fortes vibrations comme lors d’un court-circuit», décrit un employé de Gruyère Energie. Alarmés par ces bruits suspects, ils ont évacué juste avant l’explosion.
Cet accident a provoqué une réaction en chaîne et a fait exploser deux transformateurs, celui des Crêts et celui de la gare. Ils ont été entièrement détruits par les flammes. D’où l’épaisse fumée noire que les habitants ont pu observer. Des messages ont d’ailleurs été diffusés à la radio invitant à rester chez soi et à fermer portes et fenêtres. «Une mesure préventive», a justifié par la suite le major Roland Gachet, commandant du Centre de renfort de Bulle.


Deux mille ménages touchés
Conséquence de ces explosions: environ la moitié de la ville, soit 60 stations transformatrices qui alimentent 2000 ménages, a été privée d’électricité. Soixante pompiers du Centre de renfort de Bulle, épaulé par le corps de Marsens, ont été dépêchés sur les trois sites. Les incendies ont pu être maîtrisés vers 14 h. En ville, des déviations ont été mises en place et la circulation a été perturbée.
Sur le chantier d’UCB Farchim, des cloisons ont été soufflées, mais aucun des murs porteurs du bâtiment en construction n’a été touché. «Cet accident aura un impact négatif sur l’avancement du chantier. Le processus de construction sera retardé», expliquait Amer Jaber, directeur d’UCB Farchim, samedi en conférence de presse. Pour l’heure, impossible de donner davantage de précisions. Les cadres n’ont pas encore pu accéder à l’édifice.
 Malgré les dégâts matériels, qui se chiffrent en millions, le soulagement prévalait du côté de la direction de l’entreprise belge et des autorités. «Cela aurait pu être trois fois plus dramatique», déclare le préfet de la Gruyère Patrice Borcard. En effet, aucun blessé n’est à déplorer. Seules deux personnes ont été incommodées par la fumée et ont été prises en charge par les services sanitaires.
Patrice Borcard a également salué la rapidité d’intervention de Gruyère Energie: «Dans un premier temps, nous pensions que la coupure serait beaucoup plus longue.» L’essentiel de la ville était à nouveau alimentée dès 14 h 30. Trois génératrices ont été installées vers 18 h pour approvisionner les bâtiments proches du transformateur des Crêts. Une station transformatrice provisoire a été raccordée au réseau électrique dès 20 h 15. Elle restera en place le temps de réparer les transformateurs endommagés. «Nos équipes sont préparées à ce type d’incident. Au total, une quarantaine de collaborateurs ont travaillé à rétablir l’électricité. La priorité a été mise sur la gare, la H189 et Espace Gruyère, déclare Claude Thürler, directeur de Gruyère Energie. Nous avons pu réalimenter la ville grâce à une autre station.»
Et de préciser que les opérations de couplage de deux transformateurs sont «des manœuvres fréquentes, qui suivent un protocole rigoureux». Ces opérations sont-elles dangereuses? «Il est clair qu’on ne peut pas comparer le travail sur un réseau électrique à celui effectué sur un réseau d’eau. Mais ces interventions ne sont pas particulièrement dangereuses. D’ailleurs, après la panne, nous en avons effectué des dizaines pour rétablir le courant», répond Claude Thürler. Les investigations sont en cours et une enquête a été ouverte. AR

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