Veillée dans une yourte avec Nicole Niquille

| sam, 25. Jan. 2014
Douze personnes ont bivouaqué et dormi dans des yourtes jeudi, avec Nicole Niquille. La guide de montagne a partagé des portions choisies de son riche parcours de vie. La neige et le vent sont venus s’immiscer dans l’activité.

PAR ANGELIQUE RIME

Plantée au sommet des Rochers-de-Naye, la yourte numéro 6 est malmenée par le vent et la neige. A l’intérieur, l’atmosphère n’a rien à voir. Réchauffées par un radiateur électrique, 12 personnes installées confortablement écoutent Nicole Niquille avec attention. En ce jeudi soir, tous participent au premier bivouac organisé par le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut avec comme leader, la guide de montagne charmeysanne (lire encadré). «Lorsque j’ai compris que Nicole Niquille participait à cette activité, j’ai tout de suite voulu m’inscrire», commente Elisabeth. Même enthousiasme chez Marie-José: «Je n’avais pas pu la voir lorsque je suis montée au lac Taney. Venir ici était une belle occasion de la rencontrer.»
Installée au milieu de la yourte sur sa chaise roulante, Nicole Niquille livre des portions choisies de son parcours de vie. Premier sujet abordé: guide et femme.  Pour entrer dans le thème, la Gruérienne lit un passage de son livre paru en 2009, Et soudain, une montagne dans le ciel. Douze paires d’yeux sont rivés sur elle. «Quelle a été ta plus grande frayeur?» lui demande ensuite Elisabeth. «Comment te sens-tu lorsque tu vois partir tes amis en montagne?» renchérit Christine. Nicole Niquille répond calmement, sans laisser transparaître ses émotions: «J’ai fait le deuil. Il faut savoir passer par-dessus ce genre de situation, sinon tout te blesse. Mais pendant deux ou trois ans après mon accident, je ne pouvais pas regarder la montagne sans avoir les larmes aux yeux... Et l’adrénaline, le risque me manquent. A part tomber de ma chaise, je ne risque plus rien!»


Recette du bonheur
Entre les questions, le silence envahit parfois la yourte. «C’est tellement puissant ce que tu nous transmets. Il faut qu’on le digère», explique Evelyne. La soirée se poursuit sur le thème du bonheur. «Lorsque j’étais valide, je pensais qu’il fallait être mobile pour être heureux, raconte Nicole Niquille. Mais je me suis ravisée.» La première femme suisse guide de montagne donne même sa recette miracle: «Ton bonheur, il faut le créer, l’inventer. Même si en réalité, il y a la théorie et la pratique. Mais tant qu’on est vivant, la possibilité de s’émerveiller existe. Dans la famille Niquille, on a d’ailleurs appris à retomber sur nos pattes après un coup dur. Je crois que cela s’appelle la résilience.»  
S’il était initialement prévu que la discussion se centre autour de deux sujets, d’autres s’y sont ajoutés petit à petit, selon l’intérêt des auditeurs: la réhabilitation après son accident, en 1994, l’ascension du K2, l’Everest. Puis logiquement: l’hôpital Pasang Lhamu et Nicole Niquille à Lukla, dans la région du Khumbu, au Népal. «Lorsque j’ai touché mon capital invalidité, ça me faisait une belle jambe! J’ai donc décidé de l’investir pour une cause qui me tenait à cœur, l’hôpital.»


Un groupe solidaire
Outre la montagne, un autre élément était forcément présent grâce à Nicole Niquille: la chaise roulante. Dès le début du bivouac, le groupe a fait preuve d’une grande solidarité. Par exemple, lorsque l’un d’entre eux a porté Nicole Niquille sur le dos lors de l’entrée dans le train menant aux Rochers-de-Naye, ou en tirant, à trois, sa chaise dans la neige pour atteindre les yourtes. «Cette expérience m’a permis de voir tous les petits à-côtés, les détails qui rendaient son quotidien compliqué, décrit Evelyne. Mais avec elle, tout semble possible. C’est une sacrée leçon de vie.»
«Grâce à vous, je ne me suis pas sentie handicapée», a remercié Nicole Niquille. Pour certains, les rôles ont même été inversés. «Nous étions confrontés à des situations inhabituelles. C’est plutôt nous qui étions un peu handicapés, déclare Isabelle. J’ai plutôt l’impression que c’est Nicole qui nous a aidés.»


Rochers de Naye, Bivouac avec Nicole Niquille, 20 février et 6 mars. Infos et réservations sur http://gruyerepaysdenhaut.ch/news/bivouac-avec-nicole-niquille

 

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«Un bivouac de luxe»
Jeudi, les douze participants au premier bivouac avec Nicole Niquille ont rendez-vous à 15 h sur le quai 8 de la gare de Montreux, secteur Goldenpass. «C’est la première fois que je reconduis des valides depuis mon accident, déclare la cheffe de groupe. Mais lorsqu’on m’a proposé une activité en montagne, je ne pouvais pas dire non.» Le temps de faire les présentations et le train à destination des Rochers-de-Naye était sur le départ. En un peu moins d’une heure de trajet, le groupe passe d’une ambiance citadine à un environnement montagnard. Température extérieure: – 5 Co, sans compter le vent.
Mais pas le temps d’avoir froid. Le groupe commence sans tarder à préparer le repas. Au vu des conditions climatiques, Nicole Niquille et l’accompagnatrice de moyenne montagne Pascale Fesquet décident de faire le feu près du restaurant des Rochers-de-Naye et de préparer à manger dans le hall du bâtiment, porte ouverte. «C’est un peu un bivouac de luxe, mais on nous propose l’hospitalité», commente Nicole Niquille. Malgré cette décision, allumer un feu s’avère difficile pour Georges, l’un des participants. Prévoyant, il a toutefois amené un pare-vent en aluminium, qui lui facilite grandement la tâche. Bingo! L’eau pour le thé s’est mise à bouillir.


Neige et brouillard à couper au couteau
Suivant les conseils de Nicole Niquille, un groupe s’active à la préparation des macaronis de chalet: «Il faut aller laver le poireau aux toilettes. On peut couper les oignons, puis les faire revenir dans le beurre.» Chacun met la main à la pâte, les femmes plutôt côté cuisine, tandis que les hommes s’occupent du feu, dehors. Par la vitre, ils aperçoivent le gérant du site touristique vaudois, bien au chaud dans le restaurant, qui pianote sur son ordinateur. Ont-ils envie de le rejoindre? «Pas du tout, répond Jacques. Dehors, on respire. Et il y a longtemps que je n’ai pas eu froid!»
Tous sont pourtant heureux de prendre le repas dans le carnotzet du restaurant, gentiment mis à disposition par le gérant, qui a même offert trois bouteilles de rouge. Le groupe n’est pas non plus mécontent de pouvoir passer la nuit dans des yourtes chauffées et munies de matelas fins, mais confortables. Vendredi matin au réveil, trente centimètres de neige et du brouillard à couper au couteau attendent les participants. Pas de quoi dissiper la bonne humeur générale, mais pour la vue, on repassera. AR
   
 

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