Bernard Romanens, l’armailli confronté à la gloire

| sam, 01. fév. 2014
Le mythe Bernard Romanens est toujours vivant, trente ans après sa mort. Retour sur la personnalité du chanteur de la Fête des vignerons de 1977. Deux concerts sont organisés ce week-end en hommage au ténor de Marsens.

PAR ANGELIQUE RIME

La nouvelle se répand comme une traînée de poudre, ce lundi 30 janvier 1984. Bernard Romanens, le chanteur du Ranz des vaches de la Fête des vignerons de 1977, est retrouvé sans vie dans la chambre qu’il louait à la laiterie de Villarimboud. Trente ans après sa disparition, à l’âge de 37 ans, l’armailli de Marsens tient toujours du mythe. Ce week-end, le Chœur des armaillis de la Gruyère et la Chanson du pays de Gruyère, «ses chœurs», s’unissent pour deux concerts hommage.
Outre sa notoriété régionale, Bernard Romanens occupe une place de choix sur internet. Une page sur l’encyclopédie Wikipédia lui est consacrée et, à ce jour, une des vidéos de sa prestation à Vevey postée sur YouTube dépasse les 155000 vues. Au-delà de ces images mondialement connues, qui était-il vraiment? L’un de ses frères et ceux qui l’ont côtoyé s’en souviennent.
«Enfant déjà, il était doué pour le chant. Tous ses copains voulaient être dans son groupe pour le 1er mai. Au village, les gens l’attendaient. S’il loupait une maison, les habitants téléphonaient chez nous et il devait s’y rendre le lendemain!» se rappelle son frère Jean-Marie. A 16 ans, Bernard Romanens intègre la chorale de Marsens. Il renforce ensuite les rangs du Chœur des armaillis de la Gruyère et de la Chanson du pays de Gruyère. «Il avait une magnifique voix de ténor. Sa façon de chanter était très émouvante», décrit Michel Corpataux, directeur des deux formations.
En 1976, Jean-Marie Romanens vient chercher son frère à l’alpage, au col de Jaman, pour l’emmener à Corcelles-le-Jorat chez Jean Balissat, alors directeur de la Landwehr. Bernard Romanens y passe une audition qui va changer le cours de sa vie. «Il a beaucoup hésité à y aller, raconte son frère. Il disait que ce n’était pas pour lui. Lorsqu’il a vu la masse de véhicules stationnés devant la maison, il m’a dit de faire demi-tour. Mais je l’ai encouragé à se présenter. Il fallait juste quelqu’un pour le motiver.» Le jour même, le Gruérien apprend qu’il sera l’un des solistes de la Fête des vignerons à venir.


Maman comme «manager»
S’ensuit une notoriété grandissante, qui s’accentue lors de la manifestation, en 1977. «On ne pensait pas que cela allait prendre autant d’ampleur. A la maison, on recevait de nombreux cadeaux pour lui, des lettres, des vitraux, des objets en bois. On en a encore des buffets pleins, sourit Jean-Marie Romanens. Les gens étaient vraiment touchés par sa prestation.»    
Le ténor de Marsens avait-il le trac avant d’entrer en scène? «Oui, surtout la première fois. Mais, quand on se produit devant 16000 personnes, c’est normal! Dès qu’il commençait sa prestation, Bernard était tout à fait naturel», se souvient Jean-Daniel Papaux, le deuxième soliste de 1977.  
Bernard Romanens a profité de «l’effet» Fête des vignerons durant les sept années qui ont suivi. Il a notamment été invité à voyager aux Etats-Unis (en 1976) et en Chine (en 1980) avec la Landwehr. Enormément sollicité, il n’acceptait pas toutes les demandes: «Si c’était trop loin, il n’y allait pas. Notre maman était en quelque sorte son manager. Elle prenait les téléphones et s’occupait de son costume», reprend son frère.


Soigné depuis ses 9 ans
Puis, ce décès brutal. A l’époque, des rumeurs ont circulé. «J’ai l’impression que, intérieurement, la notoriété était assez pénible pour lui», dit Raoul Colliard, participant à la Fête des vignerons de 1977 et ami de Bernard Romanens. Dans la nécrologie parue dans La Gruyère le 2 février 1984, Michel Gremaud écrivait qu’il avait été emporté par «l’ouragan de la gloire». «Je l’ai dit à l’époque et je pense qu’on peut le maintenir aujourd’hui, soutient l’ancien rédacteur en chef du journal. La Fête des vignerons a certes eu un côté positif, mais des amis, ou plutôt de faux amis, l’ont entraîné à se projeter dans des attitudes qui n’étaient pas naturellement les siennes. Certains s’ingéniaient à le faire boire.»  
Faux, rétorque Jean-Marie Romanens: «Bernard était toujours le même. C’était un homme de la terre et il l’était resté. Son cœur a simplement lâché. Depuis ses neuf ans, il prenait des médicaments. Ma maman voyait tout de suite quand il n’allait pas bien et elle l’aidait. Ce jour-là, il était seul.» Jean-Daniel Papaux explique d’ailleurs qu’après les représentations de la Fête des vignerons, Bernard Romanens rentrait directement: «On était invités partout, il fallait vite boire un verre avec tout le monde. Il voulait éviter ça.» Tous s’accordent pourtant sur un point: Bernard Romanens a sublimé le Ranz des vaches.

 

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«Je suis fière d’être sa fille»
En Gruyère, rares sont ceux qui savent que Bernard Romanens a une fille. Née en juin 1984, Marie-Hélène n’a jamais connu son père, décédé quelques mois avant sa naissance. Etablie dans les Grisons, la jeune femme porte le patronyme de Durschei. «J’ai pris le nom du mari de ma maman. Mais je reste une Romanens», raconte-t-elle dans un français teinté d’une pointe d’accent suisse allemand. Jusqu’à l’âge de quatorze ans, Marie-Hélène Durschei ne savait pas que son père était une personnalité connue.
Depuis, elle a appris à le connaître au travers des histoires que sa maman lui a racontées et des enregistrements qu’elle a visionnés ou entendus. «Aujourd’hui, je suis fière d’être sa fille. J’ai travaillé durant une période à Montreux. Certaines personnes me disaient qu’elles le connaissaient, me racontaient des souvenirs. C’était assez spécial. Mais j’aime bien quand on me parle de lui. Car ma maman ne me dit pas tout. C’est encore assez dur pour elle d’en parler.»
Si, dit-elle, elle n’a pas hérité de la voix de son père, Marie-Hélène Durschei est, comme lui, très attachée à la nature. «Dès que j’ai du temps libre, je suis dehors. J’adore la montagne, les vaches, marcher, skier, grimper.» La Grisonne est toujours en contact avec sa famille qui habite dans le canton de Fribourg. «Je prévois de venir les trouver cette année encore. C’est une année particulière.» AR

 

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Deux concerts hommage en l’église de Vuippens
L’église paroissiale de Vuippens sera le théâtre, samedi et dimanche, de deux concerts en hommage à Bernard Romanens. Ils seront donnés par le Chœur des armaillis de la Gruyère et la Chanson du pays de Gruyère. «Nous allons interpréter des chants qu’il aimait. Quelques pièces religieuses avec les armaillis et des œuvres de la Renaissance avec l’autre ensemble. L’accent sera toutefois mis sur la musique populaire, avec notamment des compositions de Pierre Kaelin et de l’abbé Bovet. Nous terminerons par le Ranz des vaches et le Vieux chalet», explique Michel Corpataux, directeur des deux formations.
Ces concerts ont été organisés en collaboration avec la famille de Bernard Romanens. A noter que deux de ses cinq frères, Daniel et Jean-Marie, chantent au Chœur des armaillis. Les bénéfices seront reversés à la fondation Théodora ainsi qu’à la Fondation pour l’aide aux familles de la Gruyère. AR

Vuippens, église paroissiale, samedi 1er février, 20 h, et dimanche 2 février, 17 h

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