L’art de la pop existentielle

| jeu, 06. fév. 2014
Florent Marchet sort l’album français le plus surprenant de ce début d’année. Bambi Galaxy se présente comme une odyssée pop, entre science-fiction et réflexion existentielle. Entretien en attendant sa venue aux Francomanias.

PAR ERIC BULLIARD

’il fallait une étiquette, on pourrait dire pop électro-spatiale décomplexée. Ou space opera rétro-futuriste. Après les chansons élégantes de Rio Baril (2007) ou de Courchevel (2010), Florent Marchet surprend avec Bambi Galaxy: cet album concept suit un personnage du futur à la recherche d’une place en société. Sa quête passe par les drogues (Que font les anges?), l’hédonisme hippie (Heliopolis), Raël (Space opera) ou un départ dans l’espace (Apollo 21). Un univers original que Florent Marchet déclinera sur scène, aux Francomanias de Bulle, le 29 mai.

La critique couvre de louanges ce Bambi Galaxy, vous avez fait la une des Inrockuptibles, vous avez été invité à On n’est pas couché sur France 2: vous devez être ravi…
On ne peut pas rêver mieux quand on travaille longtemps sur un album. L’angoisse, c’est que ce travail ne rencontre ni les médias ni le public. Je le vis comme un soulagement, parce que je sais tous les enjeux qu’il y a derrière, notamment cette envie de partir sur les routes, de monter un spectacle qui, pour moi, est l’extension nécessaire de l’album.

Comment s’est effectué le virage entre une chanson plus traditionnelle et cette électro-pop?
Tout se fait sur la longueur. Au moment de terminer la tournée Courchevel, je pensais avoir fait le tour de la question, ou plutôt de l’angle. J’avais envie de changer d’axe. Ensuite, je baigne dans des réflexions différentes parce que, depuis cinq ans, je suis papa de deux enfants et que je ne regarde pas le monde de la même manière. Le questionnement sur le sens de l’existence reste omniprésent, mais par un autre biais. Non plus les racines, mais plutôt: qu’est-ce que l’on va transmettre aux générations futures?
Ça me renvoyait aussi à ma propre enfance: dans les années 1980, l’an 2000 faisait rêver. On pensait que la technologie irait de pair avec plus de partage.
Aujourd’hui, quand on se projette dans cinquante ans, nous ne sommes plus aussi optimistes… En même temps, nous sommes dans une société où les adultes se comportent comme des enfants et qui fabrique constamment du divertissement, comme s’il fallait brouiller les pistes.

D’où ce Bambi, qui renvoie à Disney et à Michael Jackson…
Oui, c’est l’idée de l’adulte en enfant irresponsable, qui a souvent plus de jouets que ses propres enfants! Et Michael Jackson posait la question de l’homme du futur: on disait qu’il vivait dans un caisson à oxygène, qu’il pourrait vivre 150 ans, voire qu’il serait immortel…


Traiter de tels thèmes en chanson, n’est-ce pas faire preuve d’une très haute estime de l’auditeur?
Gainsbourg a beaucoup apporté à la chanson, mais le fait d’avoir dit qu’il s’agit d’un art mineur est une énorme connerie… Il n’y a pas de médias artistiques mineurs. Ce n’est pas parce qu’on fait de la musique classique ou de la peinture que ce sera majeur.
Tous les arts peuvent tirer les hommes vers le haut et doivent être un moyen de réflexion. Ça doit tenir chaud, les créations, et non pas être des drogues pour oublier le quotidien. Quand j’écris des chansons, c’est pour décrire le monde tel que je le vis. Je ne vois pas pourquoi ce serait réservé au cinéma et à la littérature.

En entendant juste le single à la radio, on risque de passer à côté de tout ça…
J’aime bien cette phrase de Bashung: «On entre dans une chanson par la musique, mais on y reste par le texte.» C’est devenu malheureusement rare que les gens se concentrent sur un album qui ne dure que 40 ou 45 minutes… Nous sommes dans une société qui zappe plus la musique que les autres disciplines, mais il reste des gens qui entrent dans l’album et l’écoutent dans l’ordre. On peut écouter les chansons séparément, mais j’avais envie de proposer une histoire et une réflexion globales.

Malgré le côté électronique, le son reste très chaud…
Je n’ai utilisé que des instruments acoustiques, électro-acoustiques ou analogiques et pas de numériques, parce que je préfère l’original à la copie. Les instruments analogiques ont fait l’histoire de la pop et, malheureusement, beaucoup ne sont plus fabriqués. Ils ont été recopiés de manière numérique, mais il y a un côté faux, trop froid. J’ai besoin de pouvoir manipuler les boutons…

Le premier morceau, Alpha centauri rappelle la musique du monolithe dans 2001: l’odyssée de l’espace. Cette œuvre vous a-t-elle marqué?
Oui, le film a énormément compté, mais aussi le compositeur, György Ligeti. Cette musique atonale était censée être la musique du futur: c’est intéressant cette proposition de créer une nouvelle façon d’entendre les sons non pas de manière harmonique et tonale, mais en supprimant tout ça pour parler de sensations et de matière. Du coup, c’est devenu une musique élitiste, mais qui n’est pas celle d’aujourd’hui. Je l’associe à un futur intemporel. On remarque aussi que, pour décrire quelque chose d’extraterrestre, on utilise la voix humaine, les chants choraux.

A l’autre bout de l’album, Ma particule élémentaire renvoie à Houellebecq: un auteur qui compte pour vous?
Oui, je l’ai découvert dès son premier roman et même avant, avec ses recueils de poésie. C’est un des premiers auteurs à avoir fait entrer la physique quantique en littérature. Sa manière de regarder d’autres propositions de société m’a aussi intéressé. Il cherche, il interroge et n’est pas dans le divertissement. Il dit des choses dérangeantes, mais réalistes, comme le fait que l’on soit en train de fabriquer une société basée uniquement sur l’argent et le sexe.


Florent Marchet, Bambi Galaxy, PIAS / Musikvertrieb
En concert aux Francomanias de Bulle: www.francomanias.ch. Retrouvez l’interview en intégralité sur www.bloglagruyere.ch

 

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