Le terrain qui doit refaire pousser l’industrie à Bulle

| jeu, 27. fév. 2014
La commune de Bulle prévoit d’acquérir 103000 m2 le long de l’autoroute A12. Le terrain industriel doit accueillir des entreprises et de nouveaux emplois. Canton et commune ont coopéré intensément.

PAR THIBAUD GUISAN

On fait difficilement plus attractif. Une bande de 103000 m2 à Bulle, le long de l’autoroute A12 entre les deux constructeurs métalliques Sottas SA et Progin SA. Le tout situé en zone d’activité, donc prêt à accueillir des entreprises.
Ce terrain-là, au lieu-dit La Prila, c’est une partie du domaine de l’agriculteur Albert Buchs. La parcelle doit être rachetée par la commune de Bulle. L’annonce a été faite hier en conférence de presse. Le Conseil général bullois devra se prononcer sur un investissement de 12,1 millions de francs lors de sa séance du 17 mars prochain. En cas de feu vert, la procédure sera lancée.
L’objectif est d’accueillir des constructions industrielles amenant des emplois supplémentaires. «Ce n’est pas pour voir pousser des halles de stockage, lance Yves Menoud. Le but est de densifier au maximum cette zone et de créer le plus d’emplois possibles.» Le syndic reste prudent sur le nombre d’emplois que pourrait «générer» ce terrain. «C’est trop difficile à dire. Tout dépend des entreprises qui s’y installeront.»
Yves Menoud précise que le Conseil communal de Bulle ne songe pas seulement à attirer de nouvelles entreprises. «Notre vœu est aussi de satisfaire des sociétés déjà présentes sur le territoire bullois et qui souhaitent s’étendre ou déménager.» Sur les rangs, l’entreprise Sottas SA piaffe d’impatience. «La commune n’a pratiquement plus de terrains en zone d’activité, poursuit Yves Menoud, alors que nous recevons sans arrêt des demandes. De plus, nous sommes obligés de favoriser la création d’emplois si nous ne voulons pas devenir une cité-dortoir.»
La commune n’a pas encore décidé si elle vendra le terrain («à un prix qui oscillerait entre 180 et 220 francs/m2») ou si elle octroiera un droit de superficie aux entreprises intéressées. Dans ce cas de figure, le terrain serait loué pour une durée déterminée, tandis que l’entreprise serait propriétaire des bâtiments qu’elle construirait.


Pas avant 2016
Quid du calendrier? Les premières constructions industrielles ne devraient pas pousser avant 2016 ou 2017. Le Conseil communal devra en effet d’abord établir un Plan d’aménagement de détail (PAD) de la zone, notamment «pour dessiner les accès et finaliser les équipements». Et la mise à l’enquête du PAD ne pourra pas être lancée avant qu’un remaniement parcellaire ne soit adopté.
La commune de Bulle a prévu de financer par emprunt cet investissement de 12,1 millions de francs. De quoi creuser encore la dette. «Oui, mais ce n’est pas comme s’endetter pour construire une école ou une infrastructure qu’il faut amortir, nuance Yves Menoud. En contrepartie de cette opération, on aura du rendement.»

 

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Les dessous de la négociation


Le terrain de 103000 m2 bordant l’A12 est passé de zone agricole à zone d’activité au début des années 2000, après une révision du Plan d’aménagement local. Il appartient à la famille d’Albert Buchs depuis les années 1970. L’agriculteur exploite le champ et la ferme familiale est située sur la parcelle. «Comme lui et ses enfants souhaitent poursuivre l’activité agricole, il doit être relogé, explique Yves Menoud, syndic de Bulle. C’est normal, car on lui demande tout de même de renoncer à une partie de son outil de production.»
La coopération entre la commune et l’Etat de Fribourg a permis de trouver une solution après d’intenses négociations. «Le canton développe une politique foncière active, a exposé Maurice Ropraz, directeur de l’Aménagement, de l’environnement et des constructions. Les collectivités publiques ont ainsi des terrains stratégiques à disposition des entreprises, déjà légalisés et à proximité des axes de transport.»
Dans le cadre du remaniement parcellaire de la H189, le canton avait acquis des terrains agricoles pour dédommager les propriétaires touchés par la construction de la route de contournement. La commune aurait donc pu racheter ces terrains au canton et les échanger avec Albert Buchs. Mais le droit foncier rural interdit, sauf exception, la vente de terrains agricoles d’une entité publique à l’autre. D’où un deal complexe.


Un puzzle à 12,1 millions de francs
Dans une première étape, le canton échangera 145000 m2 de surface agricole dont il est propriétaire contre une bande de 8700 m2 en zone d’activité située sur la parcelle d’Albert Buchs. L’agriculteur disposera de ces 145000 m2, qui seront répartis entre la zone des Coquilles et celle de Planchy Sud. Le remaniement parcellaire, qui doit être mis à l’enquête cet été, établira les limites précises.
Une fois ce dernier validé – pour fin 2014, «si tout va bien» –  la commune rachètera au canton la bande de 8700 m2 pour 1,3 million de francs. Ensuite, la ville achètera 74000 m2 à Albert Buchs pour environ 7,4 millions de francs (à 100 fr./m2). Les 20000 m2 restants font l’objet d’une clause particulière. L’agriculteur s’engage à vendre ce dernier morceau au plus tard quinze ans après la signature de l’acte, au prix minimum de 120 fr./m2 et au maximum à 150 fr./m2. Pour la ville de Bulle, le montant s’élèvera donc au plus à 3 millions de francs. «Ce délai permettra à M. Buchs de construire un nouveau rural et une nouvelle maison d’habitation», explique Yves Menoud. Dernière clause: la commune construira un chemin de mobilité douce et posera une barrière contournant le nouveau domaine d’Albert Buchs, dans la zone des Coquilles. Coût: 200000 francs.
Pour la commune, la facture totale s’élève donc à 12,1 millions de francs pour l’acquisition de 103000 m2 (soit une moyenne d’environ 118 fr./m2). Le montant total comprend encore 235000 francs de frais et honoraires divers. «C’est un puzzle, résume Yves Menoud. Le Conseil général se prononcera en un seul vote.»
De son côté, Albert Buchs ne souhaite pas s’étendre sur la procédure. «Avec mes fils, nous voulons continuer le métier d’agriculteur. Il nous faut des terrains d’échange. On est en tractation, mais rien n’est terminé.» TG
 

Commentaires

Je suis triste par cette nouvelle. Vous parlez de terrain "stratégique", moi je vois l'un des derniers terrains agricoles de la commune et proche des écoles. Je me rappelle que nous allions courir par-là à la gym, qu'il y avait un triathlon... et que nous pouvions voir un peu de vert par la fenêtre de l'école, etc Et j'aime voir cette ferme depuis l'autoroute. C'était un vrai point de repère dans les chamboulements de ces dernières années ! :) C'est triste. Bulle perd son âme à vouloir construire toujours plus de halles de stockage ou d'appartements pour pendulaires vaudois. Cette nouvelle est vraiment triste; vraiment ! C'est à regretter que le WWF ne s'intéresse qu'au Lavaux et pas du tout à notre belle Gruyère...
Tout à fait d'accord. J'allais également courir là-bas. Ce n'est pas la faute du WWF, mais celle des autorités cantonales et communales (surtout) qui ne voient que des halles, bâtiments industriels sans se préoccuper du paysage. Quelle belle carte postale que cela va faire. Ma verte Gruyère fout le camp. Quel gâchis ! Au fait, est-ce que l'on va installer un feu de circulation vers cette halle ou un giratoire ? A bon entendeur ...

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