Les jeunes succombent aussi à l’appel de la youtse

| sam, 15. fév. 2014
Les aînés alémaniques ne sont plus les seuls à raffoler du schlager. Les jeunes Romands y succombent aussi désormais. Le groupe Oesch’s die dritten cartonne. Il est l’invité en juillet des Rencontres des jeunesses gruériennes, à Broc.

PAR PRISKA RAUBER

Les jeunes s’enflamment pour le schlager, ces mélodies folkloriques nées dans les Alpes. Et pas seulement les jeunes Allemands, Autrichiens – qui revêtent volontiers le costume traditionnel au quotidien et qui affichent fièrement leur fan attitude pour Andreas Gabarlier, star de la chanson populaire – ou les Alémaniques. Les ados romands succombent eux aussi à l’appel de la youtse. Au point que les soirées folkloriques remplacent désormais les soirées rock dans les manifestations de jeunesse.
Chälly-Buebe, ChueLee ou Oesch’s die Dritten, autant de têtes d’affiche qui attirent les foules de ce côté-ci de la Sarine. Les ChueLee se produiront le 21 février lors du Carnaval de Bulle. Quant aux Oesch’s die Dritten, après la Cantonale des jeunesses vaudoises à Colombier en juillet 2013 ou Châtel-St-Denis en août passé lors du giron, ils sont attendus à Broc le jeudi 3 juillet, dans le cadre de la 30e Rencontre des jeunesses gruériennes.
Et c’est peu dire que les organisateurs se sont montrés motivés à l’idée de mettre sur pied cette soirée schlager, rapporte le responsable des festivités, Patrick Devaud. «Avec mon groupe de travail, nous avons proposé au comité central – composé pour moitié de jeunes et pour moitié d’adultes – différents groupes et styles de soirées, humoristiques notamment. Mais ils ont accroché et se sont enthousiasmés pour la soirée folklorique.» Suggérée d’ailleurs par un moins de vingt ans.


Affaire gagnante
«Je dois dire que ça m’a d’abord surpris! confie encore Patrick Devaud. Si c’est moi qui avais proposé une telle soirée, j’aurais parié qu’on m’aurait ri au nez!» Et d’affirmer, à propos du cachet du groupe, qu’«on aurait pu trouver plus cher!» L’affluence promet en outre d’être importante. «Dès que le groupe nous a inscrit sur son site dans les dates de sa tournée, on a reçu des mails pour nous acheter des billets!» s’étonne le responsable des festivités. Une affaire commerciale gagnante.
Lisa Liard, 18 ans, se réjouit déjà de ce concert du 3 juillet. «Ça va être la monstre ambiance! Moi j’adore la musique folklorique, c’est vrai.» Ses copines beaucoup moins, qui trouvent le style «kitsch fois mille». Ses potes partagent davantage son intérêt: «Typiquement, c’est la musique qui passe à Engelberg, où ils vont voir le saut à skis. Ils y font la monstre fête!» Cette ambiance «où tout le monde s’enflamme» lui plaît. «Et aussi, le schlager est pour tous les âges. A Globull par exemple, il n’y aura que des jeunes, ou des plus de 28 ans selon le thème. La musique folklorique, par contre, rassemble les générations, confie Lisa. Et puis, elle est typique de chez nous.»


Romands éclectiques
C’est donc d’abord le côté festif de la musique traditionnelle qui séduit. Quand les Oesch’s die Dritten ont joué à Colombier, l’atmosphère était «délirante», se souvient Béatrice Gass, vice-présidente de la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes. «La cantine était pleine à craquer. Ce fut une superbe idée de les programmer! D’ailleurs, je sais que plusieurs membres de nos jeunesses viendront les voir sur Fribourg.» Pour elle, rien de «ringard» à aimer ce style de musique. «Les jeunes campagnards savent autant apprécier et faire la fête sur de la musique de club, comme Avicii ou Guetta, que lors d’une soirée traditionnelle.»
Il semble en effet que les Romands soient plus éclectiques que les Alémaniques. La chanteuse du groupe elle-même, Mélanie Oesch’s, le confiait à Terre&Nature en octobre dernier, lors de sa prestation au Festival folklorique de La Chaux-de-Fonds. «Les Romands nous font bon accueil. Je constate qu’ils sont capables d’aimer le folklore tout en appréciant d’autres styles de musique. En Suisse alémanique, ce n’est pas pareil. Il y a les amateurs de tradition et les amateurs de modernité.»


«Le savoir du peuple»
Cet engouement pour le folklore pose encore la question de notre rapport au passé. Un rapport qui se fait plus ou moins vif selon le contexte économique, social ou politique. Selon les mutations qui s’opèrent. La nostalgie du passé, référent identitaire comme réaction aux changements, à la mondialisation. Tout peut changer, hormis la nation, «repère rassurant qui permet l’affirmation d’une continuité en dépit de toutes les mutations», écrit Anne-Marie Thiesse dans La création des identités nationales.  
Et le folklore, autrement dit le savoir du peuple – folk en anglais, pour peuple, et lore pour savoir – est garant de cette identité. En disant «la musique folklorique, c’est une musique typique de chez nous», on murmure bien sa fibre patriotique. Pas étonnant que les partis d’extrême droite ou l’UDC la récupèrent. Cela dit, rien de politique dans les soirées agendées en Gruyère. «Il s’agit uniquement de divertissement et de convivialité», assurent les organisateurs.

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