Les cinémas bullois enregistrent leur pire année depuis 1997

| mar, 04. mar. 2014
En 2013, les salles bulloises ont connu une baisse de fréquentation de 14,2%. Ces dernières semaines, une reprise semble cependant se dessiner.

PAR YANN GUERCHANIK

Il a manqué un Intouchables (14266 entrées en 2011), un Bienvenue chez les Ch’tis (12546 en 2008) ou un Sentier des vaches (8308 en 2011). En 2013, pas de locomotive pour tracter la fréquentation des cinémas bullois vers les sommets. C’est même la chute libre. Avec un total de 61535 spectateurs pour 126 films projetés, l’exercice se présente comme le pire depuis l’ouverture du Prado 3 en 1997. En baisse de 14,2% par rapport au précédent.
«Globalement, on n’échappe pas à la morosité sur le marché suisse, commente Xavier Pattaroni. On est pile dans le recul de 15% constaté à ce niveau.» Le programmateur du groupe Cinemotion rappelle que le marché fonctionne en dents de scie. «Cette année, aucun film ne s’est démarqué en drainant un large public.»
La programmation en salle est une affaire complexe. «Nous ne pouvons pas définir la qualité du produit que nous proposons. Dans un restaurant, si le chef cuisine mal, vous pouvez le remplacer. Moi, je ne peux pas dire à Dany Boon de faire comme ceci ou comme cela. Et puis parfois, on a l’impression de faire des choix pertinents, mais le film ne marche pas pour mille et une raisons.»


Genre apprécié en Gruyère
En tête du classement, on trouve Belle et Sébastien (4460 entrées), un film qui a tout pour plaire aux Gruériens. «L’appel de la nature est très fort dans la région. On en souffre quand il fait beau ou qu’il y a de la neige, mais on en profite lorsque les films évoquent la nature, la montagne.» Et Xavier Pattaroni de démontrer l’ampleur du phénomène: «Sur les cinq ou six premières semaines d’exploitation, on a fait plus de spectateurs à Bulle qu’à Neuchâtel et autant qu’à Fribourg. Ceci, avec des capacités de salles plus petites.»
Signalons à cet égard le résultat «exceptionnel» du Vieil homme à la caméra. Projeté en 2012, le documentaire qui brosse le portrait du gruérien Bernard Bovet a joué les prolongations en 2013 (692 entrées). Au total, quelque 2174 spectateurs sont venus le voir dans les salles bulloises.
La suite du «top 10» se dessine de manière classique: à Bulle, ce sont «les films familiaux» qui trustent les premières places. «Une tendance qui s’est encore confirmée», relève le programmateur de Cinemotion. En septième position, Le loup de Wall Street, de Martin Scorsese, fait d’ailleurs figure d’exception, comme une tombée d’acide dans un océan de douceur.
«Il a surpris un peu partout. Un film de trois heures qui montre, dans le contexte économique actuel, des gens qui ont vécu et qui ont continué à vivre dans l’excès… beaucoup ont été étonnés que le film marche à ce point.» A la 35e place, on trouve un chef-d'œuvre de trois heures lui aussi: La vie d’Adèle a attiré 475 spectateurs. «Un beau résultat pour un film pas facile.» A noter que Les garçons et Guillaume, à table!, grand vainqueur des césars vendredi, fait moins bien avec 268 spectateurs.


La 3D fait 35% des entrées
Dans le «top 10», Xavier Pattaroni relève le succès de Gravity (1763 spectateurs), dont le réalisateur Alfonso Cuarón a obtenu l’oscar du meilleur réalisateur dimanche. «Un film grand public, mais plus exigeant qu’il n’y paraît.» Un film en 3D également, une technologie «qui fonctionne bien à Bulle»: «Cela représente un peu plus de 35% des entrées. Il faut dire que cela concerne la plupart des films familiaux.»
Autre remarque à ce propos: «Il y a des gens qui se demandent pourquoi nous ne montrons pas les films en 3D et en 2D. On n’a que trois salles à Bulle, dont deux équipées pour la 3D. Or, je préfère avoir une diversité au niveau des films plutôt qu’au niveau des supports.»
Quant aux versions originales, «on essaie assez souvent d’avoir la VO et la VF», explique le programmateur. «Il faut parfois se battre avec le distributeur. Quand je n’ai pas trop le choix, je passe la VO les mercredi, jeudi et vendredi à 18 h et la VF pour les autres séances. Cela correspond davantage à une demande du public.»
«A Bulle, la VO marchera plutôt pour un Philomena (n.d.l.r.: la dernière comédie so british de Stephen Frears) que pour un film comme le Hobbit.» A noter que Wadjda, prix du public au dernier Festival international de films de Fribourg, réalise un «bon score» avec 413 entrées, sachant qu’il a été projeté uniquement en VO.


Début d’année en fanfare
Les premières semaines de 2014 annoncent une reprise: «Le marché est en augmentation. A Bulle, la hausse est de 40% par rapport à l’année dernière. C’est encourageant, même si je sais que je ne vais pas garder cette progression jusqu’à la fin. Cela dépendra des films à venir.»
Beaucoup d’espoir repose sur le dernier Dany Boon, sorti la semaine passée. «Sur le papier, Supercondriaque devrait faire deux semaines canons. Après, on verra. Les mauvaises langues disent que le trailer, c’est les meilleurs moments du film.»
Sont également attendus The monument men (le 12 mars), le film de et avec George Clooney; Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais – décédé samedi à l’âge de 91 ans: «Un film français populaire et de qualité. J’aimerais bien qu’il fasse plus de 500 spectateurs»; Rio 2 (en avril) et Les vacances du petit Nicolas (en juillet) qui devraient combler les familles. Il y aura encore le nouveau Hunger games (novembre) et la dernière partie du Hobbit, «au final, la série ne fera sans doute pas les mêmes résultats que la trilogie du Seigneur des anneaux». n

 

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Les Disney triés sur le volet


En 2012, Skyfall, le dernier James Bond, signait un carton en Suisse romande. Pourquoi diable le groupe Cinemotion avait-il donc renoncé à le mettre à l’affiche? C’est que le programmateur Xavier Pattaroni s’était engagé dans un bras de fer avec Disney, le distributeur du film.
«En Suisse, le taux de facturation d’un film est dégressif, expliquait-il alors. Les premières semaines, 50% des recettes sont reversées au distributeur et ensuite le taux baisse, mais ne descend pas en dessous de 30%. Or, Disney essaie d’introduire un nouveau système de facturation, avec un taux fixe, plus élevé que la moyenne.»
Changement en 2013: des films comme The lone ranger, justement distribué par Disney, ont été projetés à Bulle. «On est arrivés à une situation de compromis, indique Xavier Pattaroni. J’ai dû plier par rapport à leurs conditions de location. Je ne pouvais pas priver le public plus longtemps. Comme beaucoup de mes collègues, je n’avais pas le choix.»
Le programmateur se laisse cependant une certaine marge de manœuvre: «Je ne joue pas tout le catalogue Disney, j’écrème. Parfois je me trompe, parfois j’ai raison. J’ai bien fait de prendre La princesse des neiges par exemple, un choix certes évident. A l’inverse, le dernier Thor à mieux marché que prévu et j’aurais peut-être dû le prendre.» YG













 

















 

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