Bulle ouvre la voie en matière de psychiatrie

| jeu, 24. avr. 2014
Le Centre de soins en santé mentale s’installe à la Condémine, à Bulle. Il regroupe les soins ambulatoires et une clinique de jour. Fribourg suit la tendance vers une psychiatrie de proximité.

PAR JEAN GODEL

Le 1er avril dernier, le Réseau fribourgeois de santé mentale (RFSM) s’est un peu plus rapproché de ce qui se fait de mieux en matière de psychiatrie moderne. A cette date, le Centre de soins en santé mentale (CSSM) de Bulle, jusque-là situé dans le bâtiment de la Landi à la rue de la Lécheretta 1, investissait ses nouveaux locaux de la rue de la Condémine 60.
Surtout, il accueille désormais sous son toit la Clinique de jour du sud du canton: mise en place en 2007 sur le site de Marsens, elle se retrouve ainsi dans un contexte urbain, plus anonyme, moins stigmatisant. Dotée de 20 lits, elle propose un accompagnement intermédiaire entre le Centre de soins hospitaliers de Marsens et les consultations ambulatoires que proposait déjà l’ancien CSSM de Bulle.
Cette nouvelle structure constitue une «amélioration importante de la prise en charge psychiatrique des patients du sud du canton» en provenance de la Gruyère, de la Glâne et de la Veveyse, a souligné hier, en conférence de presse, la conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre, directrice de la Santé et des affaires sociales et présidente du conseil d’administration du RFSM.


Chemin parcouru
C’est dire le chemin parcouru depuis l’ouverture, il y a trente ans, du premier centre psychosocial par quelques personnes désireuses d’offrir une antenne de psychologie ambulatoire à Bulle. En 2010, le RFSM lui substituait le premier centre de soins en santé mentale du canton – un projet pilote. La population du Sud y trouvait des consultations ambulatoires pour tous les âges (enfants et adolescents, adultes, âge avancé). Par ailleurs, le CSSM de Bulle se voulait déjà généraliste et polyvalent en accueillant une antenne du Service du planning familial et d’information sexuelle et une autre du Service de l’enfance et de la jeunesse.
Mais voilà: la segmentation des espaces du bâtiment de la Lécheretta, pas idéale en termes de synergie et d’exploitation, liée à l’augmentation de la demande de prestations et à la nécessité d’amener en ville la Clinique de jour de Marsens ont poussé au déménagement à la rue de la Condémine. Là, le CSSM dispose de 1200 m2 répartis sur trois niveaux que le RFSM loue au propriétaire, Grisoni Zaugg SA. Le réaménagement des locaux pour un million de francs a été pris en charge paritairement par le locataire et le propriétaire.
Quelque 25 personnes y travaillent (médecins, psychologues, infirmiers, assistants sociaux, thérapeutes spécialisés et personnel administratif), soit une augmentation de trois à quatre unités. Directeur général du RFSM, Serge Renevey y voit de nombreux avantages. Bien sûr, une concentration des prestations, mais aussi une équipe renforcée et une meilleure collaboration avec les acteurs sanitaires de la région, médecins de premier recours, EMS, foyers spécialisés ou encore sites de l’HFR. En revanche, ce déménagement signifie aussi la fermeture de l’antenne de Romont, aux prestations partielles.


Modèle repris à Fribourg
Sur le plan thérapeutique, Philippe Ray, médecin adjoint au CSSM de Bulle, apprécie les nombreuses synergies désormais permises ainsi que la pluridisciplinarité de la prise en charge. Grâce enfin à sa proximité, le CSSM de Bulle jouera un rôle plus performant d’interface avec la communauté – les patients et leurs proches, les justices de paix et les curatelles, les services sociaux, l’AI, etc.
A terme, ce modèle regroupant soins ambulatoires et clinique de jour sera repris à Fribourg pour la population francophone du centre du canton. A Villars-sur-Glâne, un centre de psychiatrie pour la population germanophone du canton sera même créé dans les bâtiments du séminaire diocésain, non loin de l’HFR - Hôpital cantonal. Il regroupera un centre de soins hospitaliers, une clinique de jour et une offre ambulatoire complète.
 

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Construire avec le patient
Il n’est pas si lointain, le temps où l’on redoutait d’être «placé à Marsens». En quelques décennies, le canton de Fribourg a vécu sa révolution psychiatrique. «On est passés d’une punition à une solution de vie», résume Serge Renevey, directeur général du Réseau fribourgeois de santé mentale (RFSM). Ainsi, il y a d’abord eu la psychiatrie centrée sur les soins en milieu hospitalier: «Cette psychiatrie classique où le patient est isolé de son monde a été une erreur fondamentale», rappelle Marco Merlo, directeur médical du RFSM.
On est ainsi passés à une deuxième phase, celle de la psychiatrie de «continuité», basée sur l’intégration de la psychiatrie ambulatoire. Une étape importante en a été la création, en 2008, du RFSM. Mais aujourd’hui, Fribourg – comme d’autres – met en place une psychiatrie de proximité: meilleure accessibilité des soins, développement de structures intermédiaires, renforcement de la prévention précoce et réinsertion sociale en sont les points forts. On est là au cœur de la mission du Centre de soins en santé mentale de Bulle.
Son concept thérapeutique, détaille son médecin adjoint Philippe Ray, vise la continuité du traitement, avec l’instauration par une équipe soignante pluridisciplinaire d’une «alliance thérapeutique» avec le patient. L’idée étant de s’assurer du soutien de son entourage et de son réseau social. Les prestations comprennent ainsi des entretiens individuels, de couple, de famille et de réseau, des thérapies de groupe, des activités thérapeutiques comme l’ergothérapie.


Le défi des visites à domicile
Néanmoins, il reste un domaine dans lequel Fribourg reste un peu en retard: celui des visites à domicile pour les patients adultes qui ont peur de sortir de chez eux – une offre existe pour les moins de 18 ans (PsyMobile) de même que des consultations en EMS. «Chaque cas est différent, il faudrait donc disposer de la plus grande richesse thérapeutique», souhaite Serge Renevey.
A l’autre bout de la chaîne, le Centre de soins hospitaliers de Marsens garde toute son utilité pour les patients atteints de crises graves. Mais les cliniques de jour ont aussi cette vertu qu’elles peuvent soit éviter une hospitalisation à Marsens, soit l’écourter. De fait, la durée moyenne d’un séjour à Marsens est passée de plusieurs mois il y a quelques années à vingt-cinq jours. jng

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