On sait enfin pourquoi Fribourg chante toujours le Premier Mai

| mar, 29. avr. 2014
Les Editions La Sarine publient "Il est de retour le joyeux mois de mai". Chanter le Premier Mai a bien failli disparaître. Les historiens pensent que la tradition a survécu à Fribourg notamment grâce à l’enseignement obligatoire de chants à l’école.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

Le saviez-vous? Dans le canton de Fribourg, le 1er mai n’est pas officiellement congé pour les élèves! Mais, tout le monde le sait depuis la nuit des temps, les enfants consacrent cette journée à une «activité particulière» (selon les termes de l’Instruction publique): chanter de porte en porte le retour du «joyeux mois de mai».
Depuis la nuit des temps? «De tout temps et partout, le mois de mai a suscité des réjouissances marquant le retour de la belle saison», expliquent Anne Philipona et Jean-Pierre Papaux, les auteurs d’Il est de retour le joyeux mois de mai, sorti hier de presse aux Editions La Sarine. «Dans le monde romain, le mois de mai était dédié à Maia, déesse du printemps et de la croissance.» Tout comme l’on retrouve Maïa, la mère d’Hermès, dans la mythologie grecque…
Comme il était de tradition d’offrir du muguet à la cour de France, le mois de Marie voit fleurir des fêtes aussi bien religieuses que profanes. Depuis la fin du Moyen Age, diverses régions d’Europe connaissent la tradition de la tournée et du chant de quête. «A Fribourg, lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, des groupes de chanteurs passaient d’une maison à l’autre pour souhaiter la bonne année», rapporte-t-on dans les Nouvelles Etrennes fribourgeoises de 1899.


Couronnes de fleurs
En cette fin du XIXe siècle, les mayintsè chantent le premier dimanche de mai pour quelques sous ou des récompenses en nature. «Les garçons étaient alors invariablement coiffés d’un bonnet de police et quelques-uns étaient armés d’un vieux sabre.» Quant aux jeunes filles, elles étaient «endimanchées, enrubannées et couronnées de fleurs». Connue dans presque toute la Suisse, cette coutume est cependant alors sur le déclin. «L’usage s’en va, hélas! tout disparaît», s’inquiète déjà Ferdinand Perrier en 1865. Trente ans plus tard, La Gruyère illustrée consacre un numéro aux chants et coraules et ne fait plus mention que d’une «tradition passée».
Dans une très intéressante esquisse de l’histoire de l’enseignement du chant à l’école, Anne Philipona tente de comprendre comment cette coutume est revenue au premier plan. «Dans les années 1820, l’enseignement du chant était lié aux services religieux, explique la présidente de la Société d’histoire du canton de Fribourg. Mais il faut attendre 1848 et l’arrivée au pouvoir des Radicaux pour qu’il devienne obligatoire à l’école primaire.»
Dès la fin du XIXe siècle, le programme scolaire donne en effet chaque année les chants obligatoires à étudier. En 1896, ils sont au nombre de quatre: Salut glaciers sublimes, Sur nos monts quand le soleil, Au pays, ah qu’il fait beau et Grand Dieu, nous te bénissons. Trois chants patriotiques et un chant religieux. Fribourg vit alors en plein la République chrétienne de Georges Python…


Bovet politiquement correct
Mieux encore: en 1897, un chant n’est obligatoire que pour les garçons, Sur les bords de la libre Sarine. Hymne patriotique fribourgeois, il a été écrit en 1843 pour le Tir cantonal de Bulle par Marcellin Bussard, sur une musique de Jacques Vogt. Repris en chœur par les Radicaux en 1848, il sera modifié une première fois, avant que l’abbé Bovet n’en écrive une nouvelle version en 1911, plus «politiquement correcte», avec un dernier couplet en forme de prière.
Malgré cette «récupération à des fins politiques», l’influence de Bovet sur l’enseignement du chant sera considérable. Professeur à l’Ecole normale d’Hauterive, il publie des recueils de chansons (Le Kikeriki en 1933, puis L’écolier chanteur en 1936) et Le livret musical, «véritable guide pour l’enseignement du chant». Pas étonnant donc que la tradition du Premier Mai ait ainsi retrouvé un second souffle, qui perdure encore aujourd’hui.
En plus de leurs recherches historiques, les auteurs ont recueilli de nombreux témoigna-ges oraux sur la pratique du Premier Mai dans le canton. On y apprend l’influence des Poppys (Non, non, rien n’a changé) sur les petits chanteurs, qui n’hésitent plus à reprendre Marie Myriam (L’oiseau et l’enfant) ou Hugues Aufray (Santiano). Dès les années septante, l’obligation d’apprendre cinq chants par année tombe enfin. Entre-temps, la tradition a eu le temps de reprendre racines à Fribourg, au contraire d’autres régions suisses où la coutume s’est perdue. On y entend même parfois des chansons modernes (taper «Ken Lee» sur Google) aux côtés des chants traditionnels qui appartiennent désormais au patrimoine immatériel du canton.

Anne Philipona et Jean-Pierre Papaux, Il est de retour le joyeux mois de mai, Editions La Sarine

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