Toutes les richesses d’un art puisé dans une double culture

| mar, 08. avr. 2014
Massimo Baroncelli, Jacques Cesa et Flaviano Salzani exposent des œuvres originales au Musée gruérien. Les artistes y subliment leur lien avec l’Italie. Un programme varié permet d’aller plus loin dans la découverte des histoires de migrations.

PAR SOPHIE MURITH

Trois artistes de la Gruyère mêlent leurs regards et mettent à nu leurs racines: l’Italie. Terre de leurs ancêtres et d’émotions, source d’inspiration pour des œuvres inédites exposées du 13 avril au 28 septembre au Musée gruérien, à Bulle.
La part d’Italie présente en eux s’exprime ici, dans Identités italiennes, ouvrant une porte sur des histoires de migration. Un sujet jamais simple à évoquer et que Massimo Baroncelli, Jacques Cesa et Flaviano Salzani ont abordé par le ventre, la culture, les souvenirs de l’enfance et les voyages. «Avec Jacques, nous n’avions jamais exposé ensemble et nous avons proposé ce projet, explique Massimo Baroncelli. Il nous a semblé naturel d’y associer Flaviano.» Il a ensuite fallu, selon Isabelle Raboud, directrice du Musée gruérien, «choisir, tamiser et calibrer les mètres que chacun pouvait utiliser». Un équilibre subtil qui laisse à tous l’espace pour s’exprimer de façon très personnelle.
Plus qu’une galerie d’œuvres, l’exposition, à laquelle Pro Fribourg (La Gruyère du 3 avril) a consacré une partie de son dernier numéro, va plus loin. En activant leurs contacts, les artistes ont proposé un programme d’animations autour de l’exposition. Cette dernière s’ouvrira et se clora sur la projection de deux films au centre culturel Ebullition: Azzuro, de Denis Rabaglia (12 avril) et Pain et chocolat, de Franco Brusati (28 septembre), présentés par l’historien lausannois Raymond Durous. Le repas gastronomique concocté par Orlando Grisoni, le 13 avril, est déjà complet. Une journée de conférences, de témoignages et de visites avec la Société d’histoire du canton de Fribourg et les Amis du musée aura lieu le 17 mai, et se terminera par une excursion à Semsales pour y voir la fresque de son église. Autre morceau de choix: la performance du comédien Jacques Roman qui offrira une lecture intégrale de la Divine Comédie, en trois temps, les 13, 20 et 27 septembre.


Plus d’infos: www.musee-gruerien.ch

 

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«Peintre et graveur avant d’être artiste»


Articulée en quatre parties, la contribution de Jacques Cesa à l’exposition offre une vision variée de son rapport personnel à l’Italie, une source multiple d’inspiration. Dans la série «lirico-dramatique» se retrouve son intérêt pour l’opéra, éveillé très jeune par son père: «A 5 ans, le dimanche matin, il fermait les rideaux turquoises et nous annonçait, en passant la tête, l’opéra du jour.» Assis sur le divan, les pieds battant l’air, il apprécie. Une première vibration prolongée dans son acte de peindre. Dans ce travail sur le vif, il mélange sa vie à l’opéra, le portrait de son père, son autoportrait à celui d’une diva.
A dix ans, premier voyage en Italie. Il découvre alors Cervarolo, le village de son grand-père. Il y a les zia, les vaches, l’odeur du foin. Mémoire du passé et du présent, il dessine cette vie agricole qui s’étiole. Une fresque de Gaudenzio Ferrari et il veut devenir peintre d’église. Il a ensuite perdu la foi. «Je retrouve aujourd’hui mon rêve dans l’église de Villars-sous-Mont.»  
De ses voyages en Italie, ses «visitations», Jacques Cesa rapporte aussi des paysages d’Ombrie, de Bari, de Rome, d’où surgissent parfois des références artistiques, comme Virgile. Il puise dans l’œuvre photographique de son grand-père, plâtrier-peintre, et picturale de son père. Une émouvante vitrine met en scène le matériel conservé de l’atelier de ce dernier, peintre en lettres. Un témoignage de l’origine artisanale de l’œuvre de Jacques Cesa, lui qui dit toute l’importance du métier. «Je suis peintre et graveur avant d’être artiste.» Son propre atelier reconstitué de photos, d’esquisses, se donne aussi à voir au musée comme le creuset d’autant d’œuvres en gestation. SM

 

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«Je n’ai rien ramené, c’est ma vie»


«Je suis arrivé en Suisse il y a 57 ans, lâche Flaviano Salzani, Véronais pourtant né à Courtepin. J’ai toujours eu le cul entre deux chaises.» Nourri d’air, il donne l’impression de ne pas avoir tout à fait atterri, vivant dans le voyage et la liberté. Il évoque avec finesse sa non-appartenance par la présence de roulettes sur ses œuvres d’objets assemblés comme des souvenirs d’enfance. «Il faut que je les monte pour voir s’ils tiennent.»
De bois, de fer, ses sculptures se parent d’un rouge ponctuel. Un rouge de jouet, de baby-foot de café. «La couleur, ce n’est pas mon truc. Une fois, j’ai dû acheter un bidon de rouge et voilà.»
De son enfance, il a gardé l’esprit vagabond. «Lorsque j’étais petit, pour me punir, mon père m’obligeait à rester sur une chaise. J’étais obligé de regarder autour de moi.» Le papier peint pop de sa mère notamment, importé d’Italie. «Il s’est vite rendu compte que cela n’était pas une punition.»
Un souvenir qui place la chaise au cœur de son œuvre. «Mon père a été très présent, il m’a vraiment marqué, il me permet de relier ma vie et mes racines.» Il garde une réminiscence tenace de son premier voyage à Venise: «Nous avions mangé des tournedos Rossini. Les violons. La place Saint-Marc.» Dans son œuvre, Venise est là, son brassage de cultures, son côté clinquant, illustré par le strass qui parsème toiles et sculptures de terre, pas étrangères à la poterie étrusque. «J’aime le côté beau, mais pas fini.» Il strie de marques et de blessures visibles les objets. «La trace de Venise.» Il se sent constitué de ses voyages, de ses souvenirs en Italie. «Je n’en ramène rien, je ne collectionne pas, c’est ma vie.» SM

 

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«J’ai peur de ne pas en faire assez»


Si Pippo Inzaghi est né hors-jeu, Massimo Baroncelli est venu sur terre anxieux. «J’ai toujours peur de ne pas en faire assez. Pas en quantité ou en qualité, dans l’absolu.» Il ne s’en est pas moins attaqué à un monument fondateur de la culture italienne en offrant sa lecture des près de 15000 vers de la Divine Comédie, de Dante. Un chef-d’œuvre reformulé, après deux lectures, dans une édition française et italienne. «La première a été rapide, explique l’artiste né à Savona en 1950 et arrivé en Suisse à l’âge de 7 ans. A la seconde, j’ai choisi des vers qui me touchaient.»
Massimo Baroncelli a également pris des risques sur la forme. Il a principalement travaillé ses sujets sur des aquarelles, «plus spontané», sur un papier fin de grande taille. Les formats s’arrondissent de l’enfer au paradis. D’allongés – pour donner «l’idée du creux de l’Etna, décrit par Dante» – ils deviennent carrés au purgatoire et finalement circulaires.
La couleur est très présente, même dans le drame, comme à la Renaissance italienne. «Je n’ai pas trop regardé ce qui s’était fait avant.» Il s’est toutefois attardé sur les illustrations de Gustave Doré et Botticelli. Peu de paysages: «J’ai eu plus d’intérêt pour les pécheurs que pour les péchés», précise encore le peintre. Au purgatoire, place aux sept péchés capitaux, personnalisés par des attitudes et des visages contemporains. Le paradis a été plus difficile, d’autant qu’il considère qu’il a disparu au XVIIIe siècle. «C’est le texte le moins intéressant, le moins expressif. J’ai eu recours à l’ironie.» Beaucoup plus exigeant avec lui-même sur ce chapitre, il a été jusqu’à brûler une partie de ses œuvres. SM

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