Ados du CO de La Tour pincés pour diffusion d’images porno

| mar, 20. mai. 2014
La Brigade des mineurs a débarqué la semaine dernière au CO. Une dizaine de jeunes de 13 à 15 ans ont été interrogés. Ils ont fait circuler sur les réseaux des images de porno hard et des scènes impliquant des élèves.

PAR JEAN GODEL

Une affaire de diffusion, par de jeunes élèves, d’images de pornographie dure met en émoi le CO de La Tour-de-Trême. Mardi et mercredi derniers, la Brigade des mineurs de la Police de sûreté a débarqué dans l’institution pour y auditionner une dizaine de jeunes. Principalement des élèves de 1ère et 2e année, âgés de 13 et 14 ans, confirme le directeur Frédéric Ducrest. Il semblerait que dans ce flot d’images, du porno hard tiré d’internet dont des scènes de zoophilie, mais aussi des vidéos pornographiques mettant en scène des élèves aient circulé sur les réseaux sociaux.
«Je n’ai personnellement pas vu ces images, précise Frédéric Ducrest, mais nous avons ouvert une enquête préliminaire qui a confirmé ces faits. Comme certains tombent sous le coup de la loi, nous avons transmis le dossier aux autorités compétentes.» Si une dizaine d’élèves ont été auditionnés, on n’a aucune idée du nombre de jeunes qui ont vu ces images.


Le juge Lachat confirme
Président du Tribunal des mineurs, le juge Michel Lachat, qui a donné mandat à la Brigade des mineurs d’auditionner les suspects, confirme les faits: vidéos hard tirées du net, zoophilie, actes sexuels commis par des élèves consentants – personne n’aurait été filmé sous la contrainte.
Parmi la petite dizaine de jeunes auditionnés figurent aussi des élèves de 3e année, de même que des filles. A entendre Michel Lachat, ce serait même l’une d’entre elles qui aurait envoyé les scènes les plus dures.
L’enquête est en cours. Selon le juge, il n’y aurait pas de récidiviste. «C’est apparemment une affaire que l’on devrait pouvoir traiter par la médiation», pronostique sans certitude Michel Lachat.
La direction du CO va envoyer dans les prochains jours une information aux parents les appelant à user de prévention et surtout d’un contrôle bien plus serré sur l’accès internet des téléphones de leurs enfants. Mais Frédéric Ducrest ne se fait pas d’illusions: «Beaucoup sont dépassés et ignorent totalement que leurs enfants sont capables de surfer librement sur internet avec leur téléphone.»
Pourtant, certains parents attentifs avertissent parfois l’école de la présence de photos pornographiques sur le mobile de leur progéniture. Dans d’autres cas, le personnel enseignant découvre de tels agissements lors d’entretiens avec des élèves victimes de mobbing en classe ou sur les réseaux.


«Ça n’arrête pas»
«Ça n’arrête pas», se désole Frédéric Ducrest, visiblement touché par cette affaire qui, de son propre aveu, sort de l’ordinaire. «Des histoires de ce genre se passent fréquemment, même si elles sont la plupart du temps moins graves.» Ainsi, il y a un an et demi, des mises en scène sexuelles avec une élève du CO de La Tour avaient circulé sur la toile et une information aux parents avait déjà été envoyée.
Plus récemment, la direction avait eu vent que des images porno pourraient circuler sur les réseaux sociaux. N’ayant rien pu prouver, elle s’en était tenue à un dialogue de prévention dans les classes. «C’est partout pareil, confirme le juge Lachat: il ne faut pas stigmatiser le CO de La Tour-de-Trême!»
Frédéric Ducrest parle même d’une «gangrène profonde» qui touche toutes les écoles avec des ados. «Le blabla du directeur devant les classes ne suffit pas.» Lui espère tout au plus que la descente de la Brigade des mineurs aura permis de faire le ménage dans les téléphones portables. «Au moins pour quelque temps…»
Il en appelle malgré tout à une vraie prise de conscience des dangers d’internet pour les jeunes: «La liberté ne s’octroie qu’à ceux qui ont une certaine maturité. Le libre accès à internet à 13 ans, c’est tout simplement monstrueux!» A l’entendre, les ados y sont accros et s’y exposent 24 heures sur 24. «Sans vouloir être fleur bleue, il est important de leur rappeler la valeur de leur jardin secret.»
Selon l’hebdomadaire français L’Express de cette semaine, consacré au sexe chez les jeunes, un tiers des consommateurs français de sites pornographiques sont des ados, parmi lesquels 75% ont moins de 12 ans.

 

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«S’il n’y avait que le sexe, on s’ennuierait»
analyse. Le Dr Steven Reichenbach est psychiatre, pédopsychiatre, sexologue et thérapeute de couple à Bulle.

Est-ce que ce cas vous étonne?
La pornographie s’est banalisée, chez les adultes comme chez les enfants: selon des études françaises,
80% des garçons et 45% des filles de 13 ans ont vu un film porno. Chez les 9-10 ans, c’est le cas de 50% des garçons et de 25% des filles. Je ne dis pas que c’est bien! C’est un constat.

Quelles séquelles pourraient subir les jeunes qui ont découvert de telles images?
Chez les enfants de moins de 12 ans, de telles images peuvent choquer, car elles contiennent de la violence. Surtout les filles qui peuvent alors projeter cette peur sur leur entourage, notamment sur leur père qu’elles voient soudain comme un animal. Entre 8 et 12 ans, tout ce qui est sexuel est plutôt perturbant: les enfants ne sont pas mûrs pour prendre cela en charge.

Et chez les adolescents?
Il y a chez eux une maturation, une curiosité sexuelle. Chez les garçons surtout, le porno entre dans la catégorie des fantasmes masturbatoires. Les filles s’intéressent bien sûr à la sexualité, mais la plupart sont dégoûtées par la manière dont le porno traite les femmes. Là aussi, il faut en parler, avec les parents ou les profs, dans le cadre de l’éducation sexuelle ou ailleurs: cela permet de mettre l’accent sur ce qu’est la relation sexuelle et insister sur son aspect relationnel, le respect de l’autre: s’il n’y avait que le sexe, on s’ennuierait.

Il y a aussi ceux qui sont filmés dans ces vidéos…
Oui, ça peut être très traumatisant pour eux, vécu comme une agression sexuelle par des femmes qui ont du mal à dire non. On en a vu se suicider pour cela. Les cours d’éducation sexuelle ont aussi pour rôle de dire qu’il ne faut jamais faire ce que l’on ne veut pas.

L’éducation sexuelle à des adolescents d’aujourd’hui reste-t-elle d’actualité?
Ce sont des pistes de prévention. On a parlé des victimes, mais il faut aussi parler des auteurs de tels faits. Cette sexualité déviante entre typiquement dans les conduites adolescentes: le sexe, la violence, les vols, les drogues, notamment l’alcool. Ce sont des comportements exagérés et addictifs. Certains appellent ça un acte initiatique pour entrer dans l’âge adulte, un comportement ordalique, à haut risque (ça passe ou ça casse). Les ados en ont besoin pour s’identifier au groupe de pairs (les copains). On se teste, mais au détriment des victimes.

Cette vision déformée de la sexualité se normalise-t-elle à l’âge adulte?
Oui, mais je vois pourtant toujours plus de personnes avec une sexualité autosuffisante. Des hommes incapables de rencontrer des femmes ou des femmes qui entrent dans ce modèle de la partenaire qui crie toujours en jouissant, qui est toujours contente. Elles en oublient leurs propres désirs et on les retrouve à 30 ans sans désir ni plaisir. En gros, elles en ont marre de simuler. Pourtant, il faut rassurer: les jeunes sont plus raisonnables qu’on ne le pense. Depuis vingt ans, l’âge moyen du premier rapport sexuel n’a pas varié: 17 ans chez l’homme, 18 chez la femme.

Quelle prévention faire passer?
Avant que les problèmes apparaissent, il faut surveiller ce que vos enfants font sur internet, surtout avant l’adolescence. L’éducation sexuelle et sentimentale doit aussi intervenir. De même, il faut être à l’écoute de son enfant, mettre tout de suite des mots sur ce qu’il pourrait voir et qui ne relève pas de la sexualité réelle. Enfin, des parents qui donnent une bonne image de leur relation amoureuse, ça aide grandement…

Et une fois les problèmes rencontrés?
Pareil: mettre des mots sur les images, et aussi rappeler qu’il y a des lois. Reste enfin la prise en charge psychologique, car de telles images peuvent réactiver des abus dont les jeunes auraient eux-mêmes été victimes. Beaucoup d’agresseurs sexuels ou de ceux qui envoient de telles photos ont eux-mêmes été victimes un jour. Et il y a alors chez eux un besoin de reproduire ça, c’est un grand classique. jng

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