Jacques Cesa a dévoilé un retable ouvert sur le monde

| mar, 13. mai. 2014
Ce week-end à la Part-Dieu, Jacques Cesa vernissait son Retable du Père Josef. Le fruit d’une amitié et d’une longue maturation.

PAR ERIC BULLIARD

«Le retable est là… Le retable va s’ouvrir… Le retable va vous être dévoilé…» Jean-Paul Oberson a manié le lyrisme et l’anaphore pour présenter l’œuvre de Jacques Cesa, finalement visible après des mois de travail, des années de réflexion, de recherches, de préparation. Le public ne s’y est pas trompé, qui a assisté en foule au vernissage, samedi à la Part-Dieu: l’exposition de ce Retable du Père Josef apparaît comme l’un des temps forts du festival Altitudes.
«Un ami, ça sert aussi à faire des retables», lâche de son côté un Jacques Cesa souriant et ému. Vrai que cette œuvre peu commune (neuf volets de 2,30 m de hauteur) est née d’une histoire d’amitié entre le peintre
et le Père Josef Tschugmell. Ils se sont rencontrés en 1972 à l’école de La Salette de Bouleyres, à Broc, établissement autogéré dont le prêtre était responsable.
Entre le théologien d’origine autrichienne (qui a grandi au Liechtenstein et effectué des études à Saint-Gall et Fribourg) et le peintre gruérien, les liens ne se sont jamais défaits. Ils comprenaient discussions théologiques et artistiques, réflexions autour de la Bible, exégèses des textes sacrés.
Peu avant sa mort, en 2007, à 83 ans, le Père Josef lègue à Jacques Cesa un classeur bleu. Il contient des photocopies de passages de la Bible et, écrites à la main, ses visions théologiques personnelles ainsi que ses indications pour un futur retable.


La femme au centre
Au cœur de son interprétation, cette idée fondamentale: la femme est une figure centrale de l’Eglise. «Il rappelait souvent qu’une femme a reçu pour la première fois ce message: c’est le Christ qui est devant toi», souligne Jacques Cesa. Dans le retable achevé, Marie-Madeleine apparaît comme un des personnages les plus marquants. La voici en larmes devant le tombeau, émouvante de solitude. «Je trouve ce récit biblique magnifique: pour pleurer, il faut être entièrement seul.»
«Comme Chagall, Jacques Cesa revisite son pays natal. Comme Piero della Francesca à Arezzo, il ancre le message biblique dans l’ici et le maintenant», relève Jean-Paul Oberson. De la Genèse (où l’histoire et la foi se rejoignent, puisqu’on y voit des hommes préhistori-ques allumant un feu) à l’Apocalypse, les scènes se déroulent en effet dans ces paysages gruériens qui ne cessent de toucher le peintre. Avec leurs montagnes, leurs sapins, leurs ciels colorés…
Comme perdue dans cet imposant décor des Préalpes, l’évocation du Golgotha, par exemple, prend une étonnante et mystérieuse force. La représentation se révèle d’autant plus puissante que, pour le corps de Jésus (plaqué contre un arbre qui reprend vie), Jacques Cesa a représenté le fascinant Christ de Treyvaux, la plus ancienne sculpture en bois du Musée d’art et d’histoire de Fribourg (vers 1200). A ses côtés, un saint Jean-Baptiste inspiré du célèbre retable d’Issenheim, de Grünewald, chef-d’œuvre du début du XVIe siècle.


Le choc de l’Apocalypse
Le parcours s’achève par un choc, une Apocalypse monstrueuse, avec cette bête à sept têtes qui s’apprête à dévorer un enfant. Une peinture envoûtante, aux allures quasi chamaniques. A sa droite, la figure de saint Jean: «Josef le considérait comme un immense poète. Cet écrivain, à cause de ses idées, a été chassé et, en exil sur son île, a écrit l’Apocalypse, un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature.»
L’œuvre de Jacques Cesa fusionne ainsi ancrage dans la région et dialogue avec l’histoire de l’art comme avec les textes bibliques. Du retable traditionnel, il garde non seulement les grisailles et des rappels du fond d’or, mais aussi l’articulation complexe.
La mise en espace, conçue avec Adrien Cesa, fils du peintre, s’appuie elle aussi sur la tradition, mais dans une perspective contemporaine. Ne serait-ce que par l’utilisation de cadres métalliques et de cette structure en prismes à base triangulaire qui s’emboîtent quand le retable se ferme. A noter que, par la suite, l’œuvre devrait voyager pour être présentée dans diverses écoles et institutions.


De la Bible à l’actualité
A travers cette exposition à la Part-Dieu, le visiteur ne découvre pas seulement le retable achevé, mais aussi ses sources, avec l’impression d’entrer dans le processus de création. Du fameux classeur bleu aux tableaux finals, en passant par des dessins, des collages de photos d’actualité.
Parce que Jacques Cesa n’a rien de l’artiste hors du monde: son Retable du Père Josef donne aussi écho à l’actualité et à sa cruauté, à travers des scènes en grisaille. L’ensemble forme un tourbillon où tout est lié, où s’entremêlent message biblique, «immense débâcle du monde» et «morceaux d’espoir: la nature, les arbres, le temps qu’il fait, une source vive…»


La Part-Dieu, jusqu’au 25 mai. Jeudi-vendredi de 14 h à 19 h, samedi-dimanche de 11 h à 19 h. www.altitudes2014.ch
 

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