L’intellectuel oublié de la campagne

| sam, 17. mai. 2014
Dans un nouveau livre, Pierre Rime décrit le parcours de Pierre Léon Pettolaz, un Charmeysan qui a présidé le Sénat de la République helvétique en 1799.

Par Valentin Castella

«Le but de ce livre était de sortir de l’oubli un intellectuel de la campagne qui a vécu quatre coups d’Etat.» Ce personnage, c’est le Charmeysan Pierre Léon Pettolaz. L’auteur Pierre Rime a souhaité le mettre en lumière dans le nouvel ouvrage Pierre Léon Pettolaz, un Fribourgeois dans la tempête révolutionnaire. Un homme qui a connu un destin étonnant, passant de syndic de son village à président du Sénat de la République helvétique en dix ans.

Un parcours éclair dû en partie à la situation politique instable de l’époque, lors de la transition entre l’Ancien Régime, la République helvétique (1798) et la Médiation (1803).

C’est ce qu’a d’ailleurs vécu Pierre Léon Pettolaz. Né en 1765 dans une famille qui s’était enrichie grâce au commerce de fromage avant de perdre son aisance financière, le Charmeysan adopte très vite les principes des Lumières. Des idées prônant la liberté et l’égalité en désaccord avec ses convictions religieuses. Vivant dans un univers rural où «à peine le tiers de nos assemblées primaires a-t-il pu écrire les noms des citoyens qu’ils proposaient», comme l’a écrit Pierre Léon Pettolaz, le notaire se démarque rapidement. Dans une de ses correspondances, il avouera plus tard: «N’ayant personne ici qui aye les mêmes goûts que mois.» Pour s’évader, il enrichit ses correspondances. Il en profite pour exprimer tout son mépris pour le système patricien qui régit alors.

Même s’il se dit adepte de l’helvétisme, de l’union confédéral au-delà des opinions religieuses, il accepte sa nomination, en 1791, en tant que curial (greffier de justice et secrétaire communal) du Pays et Val de Charmey.

L’heure du choix
Une situation en inadéquation avec ses idées qui va durer jusqu’à ce que le voisin français envahisse la Suisse, en 1798. L’heure du choix se profile pour Pierre Léon Pet-
tolaz: «Malgré que je fusse attaché à nos anciens gouvernements par le sentiment du devoir et plus encore par l’amour de la tranquillité dont nous jouissions, je serai bien éloigné d’en pleurer la chute.»

Le 12 avril 1798, la République helvétique est proclamée. «Dès lors, je ne vis que la constitution et hors d’elle tout me parut révolte, désorganisation et malveillance.»
Pierre Léon Pettolaz peut enfin philosopher autant qu’il le désire sur les bienfaits de ce nouveau système. Greffier au Tribunal de canton, il est élu au Sénat de la République le 3 octobre 1799. «A cette époque, on cherchait des têtes bien faites dans le canton et qui n’étaient pas patriciens», relate Pierre Rime.

Une présidence tournante
Il déménage à Berne pour assumer ses nouvelles fonctions. Alors à ses prémices,
la République tremble déjà. Napoléon a pris le pouvoir et laissé de côté la démocratie. Vacillante, la République survit quelques mois. Le temps pour le Charmeysan d’être nommé président du Sénat, à 35 ans. «Il s’agissait d’une présidence tournante, atténue Pierre Rime. Cela prouve toutefois qu’il avait un certain rôle à jouer.»

Mais, le 7 janvier 1800, un premier coup d’Etat a raison de la République de 1798. Partisan du clan des patriotes, qui défendent cette dernière, le Gruérien est bientôt traité de robespierrien.

Nouveau bouleversement en août: un Conseil législatif prend le pouvoir. Le Charmeysan est forcé de s’en aller et de revenir en Gruyère: «Je vais rentrer dans le sein de ma famille et dans les rochers qui m’ont vu naître, j’y rentre avec la satisfaction d’avoir fait mon devoir», écrit-il.

Mais la politique nationale le rattrape en mai 1801, lorsqu’une nouvelle Constitution est établie. Elu comme représentant fribourgeois, il participe à la Diète fédérale en septembre. Un mois plus tard, il est élu sénateur. Sauf qu’il n’a pas le temps d’exercer cette fonction, en raison d’un troisième coup d’Etat, survenu même pas un mois après son retour.

L’histoire se répète et il revient à Charmey, là où il doit faire face à une situation financière délicate. Ce qui ne l’empêche pas de retrouver le devant de la scène politique, régionale cette fois-ci. Un quatrième coup d’Etat, le 17 avril 1802, va toutefois mettre fin à ses espérances.

En 1803, la République est enterrée par l’acte de Médiation. Une fin qui sonne le glas des espoirs du Charmeysan. Même s’il est nommé membre à vie du Grand Conseil, il est mis de côté par des patriciens à nouveau majoritaires. Ses idées ne sont plus les bienvenues.

Déprime et maladie
Ses dernières années sont placées sous le signe de la déprime et de la maladie. Et c’est dans son village, «entouré des illusions de mon enfance, rêvant de l’instabilité des hommes contrastant avec la stabilité des rochers» qu’il vit ses dernières heures, au printemps 1811, à 46 ans.
Ruiné, Pierre Léon Pettolaz laissa un héritier, provenant d’une relation extraconjugale. Sa famille va à nouveau faire parler d’elle une génération plus tard, lorsque des habitants de La Roche se plaignent de mendiants. Des Pettolaz.

Pierre Rime, "Pierre Léon Pettolaz,
un Fribourgeois dans la tempête
révolutionnaire", Cabédita, 218 pages

Commentaires

J'aimerais bien lire ce livre et connaitre l'auteur

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