Les régimes font grossir

| sam, 10. mai. 2014
A chaque printemps son nouveau régime à la mode pour perdre quelques kilos avant l’été. Or, il est désormais acquis que, sur le long terme, les régimes font grossir, pas maigrir. Deux spécialistes expliquent.

PAR KARINE ALLEMANN


Impossible d’y échapper. Au printemps, les femmes, principalement, sont traquées avec insistance. Quand elles regardent la télévision, choisissent un magazine au kiosque ou consultent leurs e-mails: «Régime minceur, retrouvez un ventre plat pour l’été!» Une publicité omniprésente et intrusive qui sonne comme un coup de semonce. Et gare à la mauvaise conscience chez celles qui ne s’y plieraient pas.
Et pourtant… Depuis quelques années, les voix des professionnels s’élèvent contre ces régimes express, qu’ils accusent d’être à l’origine des troubles alimentaires des personnes en surpoids. C’est l’avis notamment du médecin Vittorio Giusti, responsable du centre métabolique qui a ouvert cet hiver à Estavayer-le-Lac pour traiter l’obésité de manière globale. Le spécialiste et Sylvie Kientz, diététicienne à Bulle, répondent aux questions qui se posent au moment de se lancer, ou non, dans un régime. Entre fausses croyances et vrais dangers.


Les régimes permettent de perdre du poids. FAUX
Face à la surpublicité pour les régimes express, le docteur Vittorio Giusti est très clair: «Non seulement ils ne sont pas efficaces, mais en plus ils sont dangereux! Il y a deux types de cas: la personne en surpoids et la personne dite “normale”, qui veut perdre quelques kilos avant l’été. La personne obèse souffre très probablement de troubles alimentaires. Et, souvent, d’anxiété, d’un manque d’estime de soi, de confiance, et parfois d’état dépressif. Suivre un régime va aggraver ces troubles. Sur le long terme, elle ne va pas maigrir, mais prendre du poids. Ce qui va augmenter son sentiment de culpabilité, d’échec et de frustration. Et donc renforcer ses compulsions alimentaires.»
Pour quelqu’un dont le poids est dans la norme, il y a moins de risque immédiat. «Par contre, en se penchant sur le parcours pondéral d’une personne en excès de poids, en découvre souvent que sa corpulence était tout à fait normale lorsqu’elle a suivi son premier régime.»

L’effet yoyo est inéluctable. VRAI
La diététicienne Sylvie Kientz parle de «spirale infernale». «La plupart du temps, après un régime restrictif, on reprend le poids perdu, ainsi qu’un ou deux kilos en bonus. Donc on refait un régime, et on reprend des kilos supplémentaires.»
Pour en connaître la raison, le médecin de l’Hôpital intercantonal de la Broye explique l’effet d’un régime sur le corps: «Quand on perd trois kilos grâce à un régime restrictif, on perd de la graisse, mais aussi des muscles, qui brûlent habituellement les calories. Et, comme le métabolisme a changé, le corps va griller moins de calories et prendre plus de poids dès que la personne va remanger normalement. Cela se reproduira à chaque nouveau régime. C’est l’effet yoyo.»
Sans oublier les conséquences psychiques. Vittorio Giusti: «Pour maigrir vite, il est proposé de manger très peu. Donc on va mettre notre organisme en état de restriction volontaire, ce qui augmente notre frustration. C’est bien connu: dès qu’on termine un régime, on se récompense par un bon repas. C’est complètement contradictoire, mais c’est notre organisme qui nous pousse à compenser. Plus on suit un régime, plus la tension et le besoin de manger deviennent grands.»

Une personne «normale» peut se lancer dans un régime. VRAI
Pour Sylvie Kientz, une femme de «poids normal» qui souhaite perdre trois ou quatre kilos pour entrer dans sa robe de mariage, par exemple, peut se lancer dans un régime express et restrictif. «A titre ponctuel», précise la diététicienne.
Le docteur Vittorio Giusti est plus prudent: «Le problème est qu’une personne qui fait cette démarche pour un mariage aura souvent la même pour un anniversaire, une fête…. Parce qu’elle souhaite avoir une meilleure image d’elle-même. Ce comportement automatique est le début de l’effet yoyo. Toutefois, une personne bien structurée, qui n’a pas de compulsion alimentaire, dont le rythme de vie n’est pas trop stressant et qui fait régulièrement de l’activité physique, peut contrôler son alimentation quelques semaines. C’est beaucoup plus risqué pour une personne stressée.»

Des pilules ou des machines miracles permettent une perte de poids facile et rapide. FAUX
Même mise en garde de la part du spécialiste de l’obésité à propos des produits à consommer comme les pilules amincissantes ou les coupe-faim: «Aucune de ces pilules ne marche! Si c’était le cas, nous serions les premiers à les utiliser. Il ne faut pas oublier que c’est un business. Maintenant, il faut différencier les produits que l’on trouve en pharmacie, qui contiennent beaucoup de fibres et qui peuvent avoir un effet, mais très modéré. Et les produits qui s’achètent par internet, qui sont extrêmement dangereux. On constate d’ailleurs que ces sites ne sont jamais localisés en Europe. On ne peut donc pas les attaquer. Ces produits sont à éviter absolument, car ils contiennent des amphétamines, des diurétiques…»
Quid des machines style powerplate? «Ça ne marche pas davantage, assure Vittorio Giusti. Si vous allez dans un fitness pour suivre ce type de programme, on vous proposera souvent de suivre d’autres programmes en parallèle, avec des propositions de produits à consommer. C’est ce qui fera maigrir. Mais avec des risques élevés pour la santé.»

On peut manger de tout et perdre du poids. VRAI
Les deux spécialistes sont d’accord pour dire que l’excès n’est pas dans la commande d’un dessert un soir de fête, mais dans une alimentation trop grasse au quotidien. «Tout est une question de quantité, rappelle la diététicienne Sylvie Kientz. Une barre de chocolat de quatre carrés, ce n’est pas plus calorifique qu’une grosse pomme.»
Et Vittorio Giusti d’ajouter: «Ce sont les mauvaises habitudes qui font prendre du poids. L’aide d’un diététicien peut aider dans l’analyse personnalisée de ce que l’on mange. On peut gagner énormément de calories cachées dans la consommation d’huile ou les grignotages.»
Autre astuce de Sylvie Kientz: «Pas de précipitation! Il faut se donner le temps de modifier gentiment ses habitudes alimentaires et bouger davantage. Et il faut agir là où c’est le plus simple. Une personne qui a plus de facilité à faire du sport va axer son comportement là-dessus. Et quelqu’un qui n’aime pas du tout le sport doit plutôt miser sur une meilleure alimentation.»

Traiter le stress en parallèle d’un régime est primordial. VRAI
Les personnes en surpoids ont très souvent des troubles alimentaires compulsifs liés au stress ou à des anxiétés. Dès lors, toute technique de relaxation en parallèle d’un régime est bienvenue. Yoga, sophrologie, tai-chi ou massages: à chacun de trouver ce qui lui convient. «Absolument! soutient Vittorio Giusti. Un soutien est primordial. Plusieurs techniques sont efficaces, la sophrologie notamment.»
Même discours chez Sylvie Kientz: «Souvent, la diététique ne suffit pas. Dès lors, la relaxation est un bon complément. On peut même avoir recours à un psychologue dans certains cas. Mais ce n’est de loin pas la majorité.»

Pizzas et hamburgers interdits. FAUX
Le plaisir de se faire plaisir est important, quand il s’agit d’apprécier un bon repas, et non pas de compenser une frustration ou un stress par la nourriture. Dès lors, pour le docteur Giusti, les pizzas ou les hamburgers ne sont pas forcément à proscrire. «L’important est de manger varié et équilibré. Il faut manger de tout, en favorisant bien sûr les légumes, les salades et les fibres alimentaires. Une pizza, ce n’est pas forcément le repas le plus équilibré. Mais une fois, voire deux fois par semaine, pourquoi pas.»
Pour Sylvie Kientz, la recette est simple pour retrouver la forme: «Manger équilibré et faire du sport. Il n’y a rien de miraculeux!»

 

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Pas facile avec les enfants
En Suisse, plus de 20% des enfants sont déjà en excès de poids, et 5 à 8% sont atteints d’obésité. «La prise de poids chez les enfants est souvent liée aux longues heures passées devant l’écran et le manque d’heures de sommeil liées à ça, rappelle Sylvie Kientz. Il faut donc les amener à faire des efforts physiques. Les parents peuvent montrer l’exemple en planifiant des balades à pied ou à vélo en famille.»
Reste que la situation est difficile à gérer pour les parents. «S’ils s’impliquent dans le contrôle de l’alimentation de leur fils ou de leur fille, cela peut avoir l’effet contraire, souligne le docteur Vittorio Giusti. A la maison, il ne faut jamais imposer de restriction aux enfants.» Et puis, les parents doivent surtout éviter de les culpabiliser. «En effet. Cela risquerait d’augmenter encore la prise de poids et les troubles du comportement alimentaire. Dans le cas d’enfants obèses, ils doivent absolument s’adresser à un spécialiste.» KA

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