Des défenseurs version 2.0

| sam, 28. juin. 2014
La première phase de la Coupe du monde a vu un record de buts inscrits: 136. Pour les techniciens Philippe Perret, Joël Corminboeuf et Vincent Talio, les défenseurs modernes sont pourtant beaucoup plus forts. Mais ils prennent plus de risques.

PAR KARINE ALLEMANN

Surprenante ou percutante, rageante parfois et étincelante bien souvent, la Coupe du mon­de 2014 passionne depuis déjà deux semaines. Le spectacle est au rendez-vous et il y a de quoi trépigner en attendant le début des huitièmes de finale, ce soir.
Fait particulier au Brésil, le nombre de buts marqués en première phase a battu tous les records, avec un total de 136 réussites, contre 101 en 2010. Si certains attaquants sont flamboyants, force est de constater, aussi, que les équipes souffrent en défense. Sous la chaleur sud-américaine, même les historiques murailles infranchissables ont des failles. On est loin de l’Espagne 2010, de l’Italie 2006 ou de la France 1998, toutes trois championnes du monde avec seulement deux buts encaissés pendant toute la compétition.
Pour comprendre pourquoi personne ne semble à l’abri de prendre des buts, trois techniciens livrent leurs analyses: Philippe Perret, ancien international suisse et entraîneur du FC Fribourg – il a resigné pour deux saisons – Joël Corminboeuf, ancien gardien fribourgeois de Neuchâtel/Xamax et de la Nati, et Vincent Talio, défenseur français de La Tour/Le Pâquier. Ils évoquent ces défenseurs modernes version 2.0, plus forts, plus techniques, plus costauds. Mais dont la prise de risques est plus grande.

Les défenseurs sont plus offensifs

Tous l’ont remarqué: les défenseurs sont moins sur l’hom­me et les espaces s’ouvrent devant les buts. «Par exemple sur l’un des buts encaissés contre le Nigeria, le défenseur central argentin est totalement hors de position. C’est une faute grave, rappelle Philippe Perret. On voit vraiment des positionnements très bizarres.»
Pour Vincent Talio, s’ils semblent moins efficaces, c’est avant tout parce que les défenseurs ont évolué. Plus techniques, ils sont désormais les premiers attaquants. «C’était déjà vrai pour les latéraux, toujours plus offensifs, comme les Suisses Lichtsteiner et Rodriguez, relève le Tourain. Leur tâche n’est plus de simplement bloquer leur couloir. Mais, dé­sormais, c’est également vrai pour les défenseurs centraux. Il y a encore dix ans, le défenseur central devait juste être dur sur l’homme et aller au charbon. Aujourd’hui, comme son niveau technique est plus élevé, il doit être le premier relanceur et construire le jeu depuis l’arrière. Cette saison, j’ai même vu le Brésilien Luiz faire un petit pont!»
Vincent Talio cite les Français Sakho et Varane, «des défenseurs modernes, qui allient la puissance et la vitesse», ainsi que l’Allemand Hummels, «costaud, et impliqué dans la mise en place de son équipe». De son côté, Philippe Perret a apprécié Thiago Silva, «solide et techniquement très fort».
Et le Tourain d’ajouter: «J’ai toujours joué en défense avec cette idée d’être placé de manière à couvrir l’éventuelle perte de balle du coéquipier à côté de moi. Aujourd’hui, les défenseurs évoluent presque comme des milieux de terrain.»
Philippe Perret abonde: «De manière générale, le discours a changé. Et certains défenseurs sont d’anciens milieux reconvertis, comme l’Argentin Mascherano, placé en défense à Barcelone. Cette évolution est positive pour le spectacle, car il y a moins de fautes sifflées. Sans oublier que les joueurs se connaissent tous et évoluent parfois dans les mêmes clubs. Au moment de tacler, on y va moins à la vie à la mort.»

La longue domination de l’Espagne et de Barcelone a changé la donne


Comme le souligne Philippe Perret, des équipes comme l’Espagne et Barcelone «ne peuvent pas avoir gagné autant de titres sans avoir une influence sur le foot mondial.» Pour Joël Corminboeuf, le jeu présenté au Brésil découle directement de cette domination (passée?). «Les Espagnols étaient capables d’endormir tout le monde par leur jeu de passes. Les entraîneurs se sont dit: “Comment on va faire pour les battre?” Et la solution a été un jeu beaucoup plus en verticalité. Regardez l’Atlético, qui a remporté le championnat d’Espagne: ce n’est pas une équipe qui garde beaucoup la balle. Mais elle va très vite.»
C’est ce que l’ancien gardien constate aussi au Brésil. «Ce jeu rapide vers l’avant laisse moins de temps aux équipes pour se regrouper. Le meilleur exemple est les Pays-Bas. L’entraîneur van Gaal était un grand partisan de la possession du ballon. Maintenant, c’est moins le cas. Les Hollandais jouent quasiment à cinq défenseurs, avec des latéraux qui créent le surnombre. Ça détale dans tous les sens vers l’avant.»
Reste que, si Joël Corminboeuf juge normale l’évolution technique des défenseurs, il ne les voit pas aussi importants dans le jeu moderne. Contrairement au numéro 6: «La passe vers l’avant qui va éliminer l’adversaire et l’empêcher de se replacer, elle vient du milieu défensif, à la base du jeu.»

Les gardiens et le ballon ne sont pas en cause


A chaque Coupe du monde, les gardiens ont tendance à pester contre les nouveaux ballons. C’est moins le cas au Brésil. «Le ballon est bien meilleur qu’il y a quatre ans, explique Joël Corminboeuf. En Afrique du Sud, c’était vraiment un ballon de plage, qui flottait beaucoup. Celui-ci reste intéressant dans les effets qu’on peut lui donner, sans  flotter autant.»
Pour nos trois spécialistes, devant l’avalanche de buts, les gardiens ne sont pas non plus en cause. Celui qui a le plus marqué les esprits est le Mexicain Ochoa, qui portait les couleurs d’Ajaccio cette saison. «Tout le monde dit qu’il a réalisé le match de sa vie contre le Brésil, note Joël Corminboeuf. C’est faux. Il avait déjà fait pareil à Paris. Sur sa ligne, il est vraiment excellent.»
Et l’ancien gardien de Xamax de citer également le Colombien Ospina, «un peu fantasque, mais d’un niveau extraordinaire», sans oublier Benaglio. «Il n’a pas été parfait contre la France. Mais il reste une valeur sûre.» Vincent Talio, lui, a été impressionné par le gardien du Nigeria Enyeama. Et Philippe Perret de rappeler: «Les gardiens sont au rendez-vous. S’il y a eu autant de réussites, c’est aussi parce qu’il y a des buts marqués sur des prises de risques exceptionnelles.»

Et la suite?
Reste à savoir si le festival offensif va se poursuivre. Philippe Perret n’y croit pas: «Dès samedi, on verra si les défenses sont vraiment peu efficaces, ou si tout se resserre. Je penche pour la deuxième option. Avec l’élimination directe, la prise de risques est moins grande. L’appel ou la longue course pour demander le ballon, on y réfléchit à deux fois. C’est dans la nature des choses. Aucun entraîneur ne sera assez fou pour dire de prendre tous les risques.»
Sauf peut-être Sampaoli du Chili ou Pinto du Costa Rica, dont les tactiques qu’ils jugent eux-mêmes «suicidaires» ont plutôt bien réussi jusqu’ici. A vérifier dès ce soir avec des huitièmes de finale sûrement spectaculaires et forcément intenses.

 

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La Suisse peut mieux faire
Pour Joël Corminboeuf, au Brésil, la Suisse «était en retard dans cette évolution». Et de préciser: «Elle a voulu faire le jeu lors des deux premiers matches, ce n’était pas la bonne tactique. Contre le Honduras, elle a laissé cette initiative à l’adversaire. Et ce match est tombé pile au bon moment: les Honduriens devaient absolument gagner, et donc faire le jeu, ce qu’ils n’avaient pas le niveau de faire. Et, déjà éliminés, ils étaient beaucoup moins durs. Reste que la Suisse a définitivement un coup à jouer contre l’Argentine. Défensivement, cette équipe n’est pas costaude. Mais elle a Messi…»
Même discours chez Philippe Perret: «J’ai trouvé les performances suisses mi-figue, mi-raisin. Mercredi, l’équipe nationale a livré un match solide. Mais sans donner toutes les garanties nécessaires. En fait, je la juge à l’image de Lichtsteiner, exceptionnel en qualification, mais en dessous au Brésil. Je pense que les Suisses ne sont pas encore complètement entrés dans le Mondial. Alors j’espère qu’ils se lâcheront. Pour avancer, il faut un exploit. Et, pour les Suisses, ce sera d’éliminer l’Argentine.» KA

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