Le dernier moment pour réviser ses classiques de foot…

| sam, 07. juin. 2014
La 20e édition de la Coupe du monde ouvre jeudi. Retour sur quelques matches entrés dans l’histoire. Souvenirs et anecdotes à travers deux livres récents.

PAR ERIC BUILLARD


Silence à Maracanã: Brésil-Uruguay, 1-2, 1950

Il faut imaginer 200000 personnes se taire d’un coup. Ghiggia frappe au premier poteau, le gardien Barbosa anticipe un centre: 1-2, l’Uruguay bat le Brésil chez lui, à Maracanã. Inconcevable.
Il faut imaginer ce Brésil-là, champion d’Amérique du Sud avec des 7-0, 5-1 (contre le même Uruguay), 5-0… La formule de cette phase finale de Coupe du monde veut qu’un nul suffise à la Seleçao. Et personne n’en doute: «La veille, les joueurs brésiliens ont reçu chacun une montre en or sur laquelle a été gravée au dos l’inscription prémonitoire: “Pour les champions du monde”», raconte Guillaume Evin dans Petits ponts et contre-pieds. Les Uruguayens, eux, espèrent ne pas prendre une veste.
Et Ghiggia frappa… Puisque la défaite était impossible, il faut un coupable: ce sera Barbosa, le gardien brésilien (mort en 2000 à 79 ans). Méprisé du jour au lendemain par tout un peuple, il ne s’en remettra jamais. Il a beau avoir reçu le titre de meilleur portier du tournoi, il reste l’homme d’une erreur. Comme Arconada après l’Euro 1984. «Au Brésil, la peine maximale pour un crime est de trente ans de prison, lâchera-t-il, amer, en 1993. Cela fait quarante-trois ans que je paie pour un crime que je n’ai pas commis.»
Aujourd’hui âgé de 87 ans, Ghiggia aussi est resté l’homme d’un geste. Mais lui en est fier: «Il n’y a que trois personnes qui ont réussi à imposer le silence à Maracanã. Frank Sinatra, Jean Paul II et moi.»

Le miracle de Berne: RFA - Hongrie, 3-2, 1954

En 1954, la Coupe du monde se déroule en Suisse et tout le monde connaît le vainqueur: la Hongrie est invincible. «Comme si le PSG de l’ère qatarie avec Zlatan Ibrahimovic et Edinson Cavani évoluait en Ligue 2», écrit Guillaume Evin.
L’«équipe d’or» de Puskás et Kocsis n’a plus perdu depuis quatre ans: vingt-quatre victoires, quatre nuls, 4,25 buts marqués par match… Au premier tour, elle a claqué un 8-3 à cette Allemagne convalescente après le cauchemar nazi, formée d’amateurs ou d’anciens prisonniers.
Ce 4 juillet, la finale commence comme prévu: 6e minute, Puskás, 1-0; 8e minute, Czibor, 2-0. Match plié. Sauf que l’Allemagne recolle à la 10e minute. Sauf qu’il pleut des cordes et que, rappelle Vincent Duluc dans Petites et grandes histoires de la Coupe du monde, «les Allemands ont une arme secrète pour déjouer les pièges de ces conditions atmosphériques: le patron d’Adidas, Adolf Dassler, a créé pour eux les premières chaussures avec des crampons vissés».
Les Hongrois glissent, le gardien allemand Toni Turek arrête tout. Le «miracle de Berne» est en route: Helmut Rahn marque à la 84e. Puskás égalise, mais son but est refusé pour hors-jeu, «par un juge de touche gallois qui condamne ainsi pour l’éternité la grande Hongrie au rôle de perdant magnifique».
Plus tard, beaucoup plus tard, une étude de l’Université de Leipzig relativisera ce «miracle»: les Allemands avaient reçu des piqûres de pervitine, un stimulant à base d’amphétamine qu’on donnait aux pilotes de la Luftwaffe. Quelques jours après la finale, ils ont presque tous eu la jaunisse.

Le match du siècle: Italie-RFA, 4-3 a.p., 1970

Ici, la légende a une image: Franz Beckenbauer avec le bras en écharpe, l’épaule déboîtée depuis la 67e minute. Balancé par l’Italien Cera, il a continué sans broncher et l’Allemagne, menée depuis la 8e minute, égalise dans les arrêts de jeu. Prolongations. Les plus folles de l’histoire de la Coupe du monde.
Beckenbauer annonce sa blessure. Plus de remplacement possible: on lui immobilise le bras, «le Kaiser a des airs de Napoléon, sans la redingote, la main sur l’estomac, posée sur le maillot blanc surmonté d’un aigle», écrit Vincent Duluc.
Mais le «match du siècle», ce n’est pas seulement cette image. C’est surtout un quart d’heure de pure folie: cinq buts entre la 94e et la 111e minute. Avantage à l’Allemagne par Müller. Le défenseur italien Burgnich égalise, Riva marque le 3-2, Müller le 3-3 et Rivera, quelques secondes après l’engagement, le 4-3. Du délire.
Quelque 700 millions de téléspectateurs ont suivi cette demi-finale, pour cette première Coupe du monde diffusée en couleurs. En Europe, elle passe en direct à 23 h, mais, le lendemain, le standard de l’ORTF explose sous la demande: le match est reprogrammé dans l’après-midi. Depuis, au stade Azteca de Mexico, une plaque a été posée pour rappeler «el partido del siglo, 17 de junio 1970».

Pour la vie: France-RFA, 4-5, 1982

«Quand Rocheteau et Platini ont engagé, ils ne savaient pas que c’était pour la vie», confie Michel Hidalgo dans Petits ponts et contre-pieds. Pour la vie, parce que personne ne peut oublier Séville 1982. Et parce que «ce match, c’est une vie, estime Alain Giresse, cité par Vincent Duluc. Il y a la naissance, les coups durs, l’espoir, le bonheur, l’injustice, le drame, la haine, les larmes. La vie.» Et «la vie est dure», ajoute le journaliste.
Tout a été dit sur cette demi-finale entre la plus belle équipe de France de tous les temps et une Allemagne expérimentée, magnifique de solidité et d’organisation. Tout le monde connaît ces images insoutenables de Battiston inconscient après le choc ultraviolent avec Schumacher. Le gardien allemand reste impuni, le défenseur français ne bouge plus. «J’ai cru qu’il était mort», affirmera son ami Platini.
Le mythe, c’est aussi la course sans fin d’un Giresse hurlant de bonheur après avoir marqué le 3-1 en prolongations. Et puis cette formidable remontée allemande, la première séance de penaltys de l’histoire de la Coupe du monde. Les ratés de Stielike et de Six. Et Bossis qui s’avance, les protège-tibias dépassant de ses chaussettes rouges. Le brave, l’irréprochable Bossis. Frappe trop molle, pas assez croisée. Il se relève hagard, ne tirera plus jamais de penalty. Schumacher lève le poing, Hrubesch marque le dernier, saute comme un gamin. Platini dira qu’il a vu ses bras monter «jusqu’au ciel».
Il y a eu tout ça, ce 8 juillet 1982, et il y a eu tout ce que l’on n’a pas vu. Ce vestiaire dévasté, ces hommes en pleurs. Un «Jean Tigana et ses cinquante kilos tout mouillés», qui veut «casser la gueule à tout le monde». Un Horst Hrubesch qui, avant le match, découvre dans l’armoire de son vestiaire une photo de Jésus et lâche: «Les gars, je crois qu’il ne peut rien nous arriver ce soir.» n

Réf:

Vincent Duluc, Petites et grandes histoires de la Coupe du monde,Robert Laffont, 224 pages
Alain Cayzac et Guillaume Evin, Petits ponts et contre-pieds. Histoires insolites sur les 20 Coupes du monde, Editions du Moment, 240 pages.

Ils sont aussi entrés dans la légende

Il y aurait bien d’autres matches de légende, mais ceux-ci font assurément partie de l’histoire:

Etats-Unis - Angleterre, 1-0, 1950: pour la surprise, tellement inconcevable que quand l’agence Reuters annonce ce résultat, certains journaux croient à une coquille et corrigent en 10-0 pour l’Angleterre…
Corée du Nord - Italie, 1-0, 1966: pour la surprise, encore, peut-être la plus grande de l’histoire de la Coupe du monde. Des inconnus ridiculisent les Mazzola, Rivera, Fachetti…
Angleterre - Allemagne, 4-2, 1966: pour le but fantôme de Geoffrey Hurst, en prolongations, validé par un juge de touche kazakh, devenu un héros en Angleterre.
Brésil - Italie, 4-1, 1970: la plus belle finale de la plus belle Coupe du monde, avec un Pelé au sommet. «Avant le match, je me disais: “Pelé est en chair et en os comme moi”. J’ai ensuite compris que je m’étais trompé», lâcha le défenseur italien Tarcisio Burgnich.
RFA - Pays-Bas, 2-1, 1974: pour l’extraordinaire Hollande de Cruyff, pour le but de Gerd Müller, à qui un entraîneur avait prédit: «Tu n’iras jamais loin dans le football…»
RFA - Autriche, 1-0, 1982: le match de la honte. Une fois acquis le score qui les qualifie (et élimine l’Algérie), les deux équipes arrêtent de jouer et se passent la baballe. Dépité, le commentateur autrichien Robert Seeger conseille aux téléspectateurs d’éteindre leur poste et se tait durant toute la dernière demi-heure.
Italie - Brésil, 3-2, 1982: pour le triplé de Paolo Rossi. Vingt ans plus tard, il appellera son autobiographie J’ai fait pleurer le Brésil.
Argentine - Angleterre, 2-1, 1986: pour la «main de Dieu», évidemment, et «le but du siècle» d’un Maradona vertigineux, qui venge tout un peuple de la défaite des Malouines.
France - Brésil, 1-1, 4-3, 1986: pour la chaleur de Guadalajara, le niveau technique ahurissant, l’immense Brésil de Socrates et Zico, le penalty raté de Platini (le premier de sa carrière), celui réussi de Luis Fernandez, les hurlements de Thierry Roland: «Oui, mon petit bonhomme…»
Italie - Argentine, 1-1, 4-5, 1990: Maradona «chez lui», à Naples, élimine l’Italie, devant un public qui l’adule et ne sait trop comment réagir…
France - Brésil, 3-0, 1998: avant le match, Laurent Blanc aurait dit à Zidane, passé à côté de sa Coupe du monde jusqu’ici: «C’est dans une finale qu’il faut être grand, c’est dans une finale qu’il faut marquer…» Deux coups de tête et l’histoire retient que Zidane a été grand.
Italie - France, 1-1, 5-3 tab, 2006: pour le but de Materazzi, son doigt levé au ciel en hommage à sa maman, pour la Panenka de Zidane, pour l’arrêt de Buffon sur une tête de ce même Zidane. Et quoi d’autre? EB

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