Le Sonderbund vu du côté fribourgeois

sam, 21. juin. 2014
Une journée consacrée à la guerre du Sonderbund est organisée aujourd’hui à Fribourg. Son but: dépoussiérer la vision de cet épisode.

PAR VALENTIN CASTELLA


Novembre 1847. A la tête de l’armée des Confédérés, le général Dufour marche en direction de Fribourg. Le point de départ militaire de la guerre du Sonderbund, la dernière bataille entre Suisses. D’un côté, les radicaux, de l’autre, le clan des conservateurs catholiques, dont fait partie le canton de Fribourg, qui refuse un futur Etat fédéral et la modernité prônés par le camp adverse. L’histoire est connue, avec le succès écrasant des libéraux. La légende Dufour, celle qui met en exergue un général modérateur, était également née.
Aujourd’hui à l’Hôtel de Ville de Fribourg et aux Archives de l’Etat, les Salons Dufour, en collaboration avec la Société d’histoire du canton de Fribourg, organisent une journée consacrée à ce sujet, à cet événement qui a marqué le canton et établi les bases de la Suisse moderne. L’objectif: y apporter un nouvel éclairage. Professeur ordinaire en histoire contemporaine, générale et suisse de 1993 à 2012 à l’Université de Fribourg, Francis Python, qui participera en tant qu’orateur à cette journée, revient sur cette page de l’histoire.

Le récit de la guerre du Sonderbund que l’on décrit aux écoliers est-elle juste ou enjolivée?
 La version officielle est correcte. Sauf qu’on insiste plus volontiers sur le côté modérateur des vainqueurs, qui ont également pris en compte les idées du camp opposé en laissant un certain pouvoir au canton. D’un côté, les conservateurs ont eu un peu honte d’avoir essayé de convaincre des forces étrangères d’intervenir. De l’autre, les libéraux n’étaient pas fiers d’admettre qu’une guerre civile soit la genèse du nouvel Etat fédéral. On préfère mettre en avant la modération de 1848 plutôt que la guerre de 1847.

C’est pour cette raison que le général Dufour a autant été mis en lumière?
Dufour était un modéré et il souhaitait éviter une guerre civile. Cela s’est vérifié dans ses écrits. Par contre, il a toujours dit qu’il ne s’occuperait que de la question militaire et pas de politique. On oublie trop souvent le rôle des sept premiers conseillers fédéraux.

Cette page de l’histoire comporte-t-elle quelques mystères?
Oui, notamment en ce qui concerne le Fribourgeois Philippe de Maillardoz, chargé de la protection du canton pour le camp des conservateurs. Des soupçons de trahison planent toujours sur lui. Lui-même s’est défendu contre cette idée. Mais, aujourd’hui encore, personne ne peut savoir s’il était sincère. Premièrement, c’était un personnage plutôt libéral qui a été nommé par des conservateurs. Et puis, son plan de défense de la ville de Fribourg, qui était de placer deux brigades à l’ouest, côté vaudois, et une à l’est, en direction de Berne, était connu de ses adversaires. Il était persuadé que l’attaque viendrait de l’est et il n’a placé qu’une brigade. Pourquoi a-t-il fait ce choix? C’est la question.

Finalement, Fribourg a capitulé sans combattre…
Au départ, de Maillardoz espérait un appui de forces étrangères. Sauf qu’elles ne sont pas venues. Dès lors, il savait pertinemment qu’il allait perdre, étant donné qu’il possédait beaucoup moins de soldats que ses adversaires. Ce dénouement a été perçu comme une humiliation pour le canton. Les soldats étaient très déçus. Ils ont cassé leurs fusils et s’en sont pris aux officiers. Les autorités politiques et religieuses avaient organisé des pèlerinages pour faire croire aux Fribourgeois que Dieu allait les aider à gagner. Lors de la capitulation, il a fallu trouver une excuse à ce dénouement. Et de Maillardoz a peut-être été le bouc émissaire idéal.

Les Fribourgeois étaient-ils tous engagés dans cette bataille au côté de leur gouvernement?
Non. L’adhésion au Sonderbund en 1845 a été effectuée en secret. Puis, cette décision a été combattue au Grand Conseil par les radicaux, les libéraux et les modérés. Il y a eu ensuite des protestations populaires en Broye, en Gruyère et en ville de Fribourg. Une tentative de putsch a même eu lieu. Des personnes provenant de Morat, Estavayer-le-Lac et de Bulle ont essayé de renverser le pouvoir. Le gouvernement a cédé à la surenchère confessionnelle et n’aurait pas dû adhérer au Sonderbund. Il était trop isolé. Cela a été une grave faute politique.

Quand est-ce que cette opposition religieuse a pris fin en Suisse et dans le canton?
Les tensions ont repris lors de la révision de la Constitution, entre 1872 et 1874. Puis, il a fallu attendre 1891 pour qu’un conservateur intègre le Conseil fédéral. Le deuxième a été le Gruérien Musy, élu seulement en 1919. De manière générale, les deux Guerres mondiales ont apaisé les différences, tout comme Vatican II. En 1966, les conservateurs ont finalement perdu la majorité au gouvernement et le canton est sorti de ce schéma des deux camps.

 

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Des conférences sur le sujet
Le canton de Fribourg, et plus spécialement sa capitale, ont été le théâtre de la première bataille de la guerre du Sonderbund. Les Salons Dufour, en association avec la Société d’histoire du canton, se penchent aujourd’hui à nouveau sur cet épisode qui a marqué le pays. Dès 9 h 15 à la salle du Grand Conseil de l’Hôtel de Ville de Fribourg et l’après-midi dès 14 h 30 aux Archives de l’Etat seront organisées plusieurs conférences sur le sujet. L’objectif de cette journée est, selon la Société d’histoire du canton de Fribourg, de dépoussiérer une vision du Sonderbund balisée par une historiographie trop partisane. Cette journée est ouverte à tous. Davantage d’informations sur www.shcf.ch. vac

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