A quel club profitera le nouveau rapport de force?

| jeu, 05. juin. 2014
Les relégations du FC Bulle et du CS Romontois ont redistribué les cartes dans la région. Anciens rivaux, Bulle et La Tour/Le Pâquier misent sur un pacte de non agression pour recruter. En Glâne, situation tendue entre Romont et Ursy.

PAR KARINE ALLEMANN
Avec la relégation des deux clubs phares des districts de la Gruyère et de la Glâne, Bulle et Romont, le foot régional affiche un nouveau rapport de force. Trois équipes de 2e ligue inter dans un rayon de quelques kilomètres, Bulle, La Tour/Le Pâquier et Gumefens/Sorens – auxquelles il faudra peut-être ajouter Farvagny/Ogoz – avec Broc dans la catégorie inférieure, et deux clubs en 2e ligue en Glâne: Romont et Ursy.
Si, en Glâne, c’est quasiment la guerre ouverte entre Romont et Ursy (lire ci-dessous), en Gruyère, les clubs disent tous vouloir s’entendre et discuter des transferts. Les dirigeants concernés répondent aux quatre questions qui se posent.

En quoi la relégation de Bulle change la donne?
Excepté l’aspect sympathique des nombreux derbys à venir, tous s’accordent pour dire que la relégation vécue à Bouleyres est une catastrophe pour le foot régional. «Aujourd’hui, il n’y a plus de pyramide pour la filière Team La Gruyère. Juste un rectangle», image Jean-Pierre Wehren, président de La Tour/Le Pâquier.
Militant dans ce qui devrait être le socle de l’édifice, le FC Broc regrette lui aussi cette relégation. «Je trouve vraiment dommage qu’une ville comme Bulle, avec 20000 habitants et beaucoup de soutien autour du club, n’arrive pas à rester en 1re ligue, souligne le président Jacques Pasquier. La concentration d’équipes du même niveau est trop grande. Maintenant, si nous parvenons à nous maintenir, il n’y a plus qu’une ligue entre Bulle et nous. Et Haute-Gruyère, qui va jouer les promotions, va peut-être se retrouver en 2e ligue aussi.»
A la question de savoir qui doit assumer le rôle de club phare dans la région, la réponse fuse: Bulle. D’ailleurs, aucun autre ne revendique ce statut. «Le club phare doit être celui qui possède toute la filière juniors», précise Jean-Pierre Wehren. «Bulle en 2e ligue inter, c’est une période de transition», estime pour sa part Eric Rorpaz, président de Gumefens/Sorens.

Quelle sera la politique du FC Bulle la saison prochaine?
Sur ce point, la position du président bullois Philippe Kolly est on ne peut plus inconfortable. «Aujourd’hui, je n’ai ni entraîneur, ni joueurs», admet-il avec franchise. Sa priorité: finaliser l’entraîneur. Et son souhait est, malgré la relégation, de conserver Hervé Bochud. «Il est en formation à Macolin toute la semaine. Pas facile de discuter. Mais il doit se déterminer rapidement. Car nous avons besoin de savoir s’il sera à 100% acquis à l’idée de repartir avec une équipe régionale. Et, une fois l’entraîneur connu, nous pourrons aller parler aux joueurs.»
Car le souhait du président bullois est clair: «L’avenir doit  être fait avec les frères Yenny, les cousins Jaquet et d’autres jeunes de chez nous. Avec l’idée de renforcer cette équipe avec trois renforts de qualité, un par ligne.»
Reste que certains jeunes, mis sur la touche pour laisser leur place à des «renforts extérieurs» finalement relégués, pourraient choisir d’aller voir ailleurs. «On ne peut pas forcer un joueur à rester, reconnaît Philippe Kolly. Et je sais qu’il y avait déjà eu des contacts. Toutefois, tout ce que je leur demande, c’est de ne pas prendre de décision avant que nous ayons eu le temps de parler avec eux.»


La puissance financière de Bulle fait-elle peur en 2e ligue inter?
Outre la tristesse de voir le club phare relégué, le président de Gumefens/Sorens ne voit pas d’un bon œil l’arrivée en 2e ligue inter d’un club aussi important que Bulle. «Cela ajoute un peu de pression sur tous les autres, estime Eric Ropraz. Car Bulle sera de toute façon très fort. Quand des équipes sont ultra dominantes comme Team Vaud ou La Chaux-de-Fonds, nous sommes pressés de les voir remonter. Nous n’avons pas les moyens financiers que peuvent avancer Bulle et La Tour/Le Pâquier.»
De son côté, Jean-Pierre Wehren assure ne pas craindre cette concurrence. «Je suis assez serein. Notre image est à nouveau plutôt positive. Et, la saison prochaine, nous avons l’objectif de présenter une belle équipe, avec des ambitions. Notre contingent compte 19 joueurs et 16 ou 17 d’entre eux vont rester. Alors ce n’est pas comme si nous avions toute une équipe à reconstruire. Contrairement à Bulle, où c’est le flou.» Et de sourire: «Bon, peut-être que, dans un mois, je dirai que j’ai été vraiment naïf…»
Du côté de Bulle, on va revoir le budget à la baisse. «C’est sûr que nous bénéficions du soutien de sponsors et de parrains, rappelle Philippe Kolly. Mais, forcément, nous allons devoir rediscuter avec les partenaires de la première équipe. Reste que, si nous voulons avoir quelques vrais renforts pour jouer le haut du tableau, ça coûtera quelques sous. Mais, une chose est sûre: le budget sera drastiquement revu à la baisse.»


Faut-il craindre que les joueurs profitent de la situation pour faire monter les enchères?
Le recrutement s’annonce compliqué. Et certains, forcément, vont en profiter pour se montrer gourmands. «C’est une crainte que nous avons, reconnaît Jacques Paquier. Nous nous en sommes rendu compte à Noël, quand nous cherchions des renforts. Certains, la première question qu’ils posent, c’est: “Combien vous donnez?” Même en 2e ligue. Il y aura certainement un brassage de joueurs entre les différentes équipes, alors même que le niveau risque de se tasser. Comme nous n’avons pas les moyens d’entrer dans ce jeu-là, nous pourrions être appauvris de cette situation.»
A Gumefens/Sorens, on aurait bien accueilli quelques jeunes qui n’avaient pas forcément le niveau de 1re ligue. Depuis samedi soir, la donne a changé. «Ça va freiner un peu le recrutement. Surtout si Bulle veut jouer avec des jeunes, souligne Eric Ropraz. On espère toutefois qu’il y aura une bonne entente entre les clubs. Même si, en basse Gruyère, on se sent un peu éloignés des deux autres.»
Jean-Pierre Wehren l’assure: «La guerre des tranchées à travers la Trême, c’est terminé! Excepté peut-être pour quelques vieux grigous de chaque côté. Pour moi, il est très clair que je dois faire mon équipe sans compter sur la venue de joueurs de Bulle. On ne va donc pas aller chercher dix gars là-bas. Des jeunes comme les Jaquet auront sûrement leur chance à Bouleyres.»
Même pacte de non agression du côté de Philippe Kolly: «Je me suis engagé auprès de Jean-Pierre (Wehren) de ne rien entreprendre sans en discuter avec lui. Cette saison, en accord avec nos voisins, nous avions proposé de placer chez eux Haziri et Asaj, qui ont fait les beaux jours de La Tour ce printemps. Et je m’en réjouis. Même si ce n’est pas sûr du tout qu’ils souhaitent maintenant revenir à Bulle.»
Les quatre présidents sont unanimes: pour éviter de laisser aux joueurs la possibilité de profiter de la situation, il faudra qu’ils se mettent d’accord. «Aux dirigeants d’être intelligents», clament en cœur Philippe Kolly et Jean-Pierre Wehren. Et puis, l’expérience le montre régulièrement, un joueur qui joue la trignolette pour quelques francs de plus ne serait de toute façon pas un grand renfort.
Histoire de mettre les choses à plat, une séance entre les présidents de Bulle, La Tour/Le Pâquier, Gumefens/Sorens et Broc est d’ores et déjà agendée la semaine prochaine. Une invitation a été envoyée depuis Bouleyres à la première heure lundi matin.

En Glâne, c’est la guerre, mais «de bonne guerre»
Peut-être parce qu’ils n’ont pas encore connu de grandes batailles dans la même ligue et les dégâts que cela peut avoir sur le long terme, le CS Romontois et le FC Ursy n’ont pas l’air de tellement vouloir discuter. Le premier est fraîchement relégué en 2e ligue et le deuxième y réalise actuellement une excellente saison. Entre les deux clubs, c’est quasiment la guerre ouverte. «Les dirigeants d’Ursy viennent taper à la porte de beaucoup de nos joueurs et ils le faisaient déjà avant la fin du championnat. Ce qui est assez désagréable, regrette le président romontois Jean-Yves Python. Ils connaissent le fond de ma pensée, je peux donc en parler ouvertement.»
«C’est de bonne guerre, sourit pour sa part l’entraîneur d’Ursy Cédric Martin. Romont contacte aussi certains de nos joueurs.» L’entraîneur vaudois ne craint pas forcément que cette surenchère ne profite aux plus gourmands. «Il y a aussi une part d’intox chez les joueurs. Certains prétendent être en contact avec 36 clubs. Personnellement, cela ne m’empêche pas de dormir.»
Même budget à Romont
Bien que relégué, Romont va garder le même budget. «Mais il faut savoir que notre budget était petit pour un club en 2e ligue inter, souligne Jean-Yves Python. Nous allons poursuivre avec Yves Bussard (La Gruyère de mardi) et son objectif est clair: il veut remonter tout de suite. Maintenant, cela dépendra si l’on parvient à finaliser l’équipe que nous souhaitons.»
Quant au président d’Ursy, il assure ne pas revendiquer le statut de numéro un en Glâne. «Nous restons un club de campagne alors que Romont est le club du chef-lieu, rappelle Gilbert Demierre. Certains bruits courent que nous voulons prendre la place au sommet de la pyramide, c’est faux. Nous n’en avons pas les moyens financiers. Si nous parvenons à nous installer en 2e ligue tout en faisant jouer un maximum de joueurs du club, ce serait déjà pas mal. Cette saison, nous nous sommes donné les moyens d’avoir une équipe solide. On ne sait jamais si on pourra refaire la même chose la saison suivante.»
Le discours de Cédric Martin oscille entre l’ambition légitime d’un entraîneur et la prudence du connaisseur: «Quand une promotion se présente, on ne la refuse jamais. Mais, la dernière fois que je suis monté en 2e ligue inter avec un club, ça nous avait pris dix ans. Pour réussir sa promotion, il ne faut pas seulement avoir des joueurs aguerris. C’est l’équipe, qui doit être aguerrie.» KA

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