Recycler le surplus d’électricité en carburant pour la mobilité

| jeu, 12. juin. 2014
La première édition d’Energirama, une journée pour parler énergie, a lieu samedi. Massimiliano Capezzali, directeur adjoint du Energy Center de l’EPFL y abordera les «défis énergétiques de la Suisse». Interview.

PAR ANGELIQUE RIME

Le Conseil fédéral et le Parlement ont pris, en 2011, une décision de principe pour la sortie progressive de l'énergie nucléaire. A l’horizon 2050. Cela vous paraît-il réalisable?
C’est un objectif ambitieux, mais pas impossible. L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) a mis en place des étapes intermédiaires, à 2020 et à 2035. S’il n’y avait qu’un horizon à 2050, ce serait simplement un jeu intellectuel. Toutefois, par définition, tout tournant énergétique est lent.

Augmenter l’énergie produite par la force hydraulique serait un des moyens pour sortir du nucléaire?
Toutes les régions qui possédaient les bonnes caractéristiques pour faire de l’hydraulique ont déjà été utilisées par nos grands-parents. On ne va pas construire une nouvelle Grande-Dixence. Il faut néanmoins veiller à tirer profit de cette énergie indigène, au bilan écologique très favorable.
On peut par exemple miser sur la minihydraulique, la microhydraulique, en mettant des turbines sur des conduites d’eau potable. Rehausser certains barrages pour augmenter la réserve disponible, donc potentiellement la quantité d’eau turbinée, est également possible. Sans oublier l’amélioration de l’efficience des machines.
Selon les estimations, le développement ultérieur de la force hydraulique à moyen terme devrait permettre de produire 3 à 4 térawatt-heures (TWh) supplémentaires sur les 35,9 TWh produits aujourd’hui. Or, la consommation annuelle actuelle de la Suisse en électricité se monte à environ 60 TWh. Le public doit comprendre qu’on ne va pas sortir du nucléaire en utilisant une seule énergie, mais un bouquet.

La survie de l'énergie hydraulique est-elle remise en cause au vu de la forte chute des prix de l’électricité sur le marché de gros européen?
Non, pas la survie, mais la rentabilité est clairement très limitée en ce moment et les entreprises productrices d’électricité font le dos rond. Par ailleurs, les investissements futurs sont pour l’instant renvoyés à des lendemains plus sereins.

Que faut-il faire pour améliorer la pénétration des énergies renouvelables?
Il faut résoudre la question du stockage. Pour que le surplus de courant dégagé certains jours puisse être restitué dans le réseau lors des périodes de moindre production et vice versa. En Suisse, cela passe notamment par le pompage-
turbinage.
En Allemagne, un autre système a été élaboré: le concept power-to-gas. L’excédent d’électricité produit, notamment par les parcs éoliens de la mer du Nord, est utilisé pour faire de l’hydrogène et, dans certains cas, du gaz naturel, qui peuvent être injectés dans le réseau correspondant.     
Avec cet hydrogène, il est aussi possible de créer des carburants synthétiques, utiles pour la mobilité. Et c’est sur ce point précis, la mobilité, que la Suisse peine à baisser sa consommation énergétique.
 
Diminuer cette consommation est donc un défi de taille?
Oui. Les autorités fédérales voudraient la stabiliser depuis plusieurs années, sans succès. Or, la consommation d’électricité augmente de manière absolue, mais aussi par tête d’habitant. Les scénarios de l’OFEN prévoient qu’on passe par un maximum entre 2020 et 2025 et qu’en 2050, on revienne à la consommation actuelle.

Quelles seraient les conséquences si cette consommation ne baissait pas?
Il y a des réflexions pour la construction d’une ou deux centrales à gaz naturel en Suisse, à Chavalon et à Cornaux. Ces projets sont mûrs. Par contre, cette solution pourrait être remise en cause avec la nouvelle donne concernant la géopolitique du gaz.  

Et si on ne construit pas ces centrales à gaz naturel?
Il faudra passer par de l’importation. Mais il n’est pas sûr que beaucoup de pays européens soient prêts à nous vendre de l’électricité. A cause du traité de Lisbonne, notamment, qui stipule que les pays européens ne peuvent plus signer de contrats bilatéraux avec des pays extra-européens. On ne sait pas non plus ce qui va se passer en Allemagne, ou en France, qui souhaite diminuer la part nucléaire dans sa production électrique. Rien n’est simple avec l’énergie.


Au quotidien, quels sont les gestes les plus efficaces que la population peut faire pour contribuer à consommer moins d’énergie?
Paradoxalement, pour consommer moins d’énergie, en tout cas pendant une phase de transition, nous allons utiliser davantage d’électricité. Par exemple, lorsque des privés remplacent leur chauffage au mazout, qui n’utilisait pas d’électricité, par une pompe à chaleur électrique.  
Concrètement, des efforts peuvent être faits dans le domaine des chauffe-eau électriques. Du solaire-thermique pourrait facilement les substituer. Dans le cas des appareils ménagers ou de l’illumination, l’on se situe probablement proche du minimum technique de consommation. Aujourd’hui, il est difficile d’acheter un frigo neuf de classe C ou B. Ils sont tous en A, voire plus. Par contre, certains acquéreurs d’un frigo très efficace gardent l’ancien pour le mettre à la cave... Dans les ménages, les appareils consomment donc de moins en moins, mais on en a de plus en plus.
 
Dans les pays en développement, ces solutions n’existent pas...
Le défi énergétique n’est clairement pas le même. Chez nous, nous devons maintenir la même qualité de vie en utilisant l’énergie de manière plus rationnelle. Ethiquement, il n’est pas acceptable de demander aux pays en développement de consommer moins d’énergie. Avec internet, ils savent de quelle manière on vit. Et légitimement, ils aspirent à ce même niveau de vie. On ne peut pas leur dire: ne consommez pas l’électricité nécessaire à maintenir les vaccins au frais dans vos hôpitaux car nous avons déjà mis trop de CO2 dans l’atmosphère. Au niveau mondial, il est sûr que la consommation d’énergie va augmenter dramatiquement: par contre, il est fondamental que cela advienne avec un impact environnemental réduit.


Granges, Energirama, salle communale, samedi 14 juin, dès 10 h. Programme et informations sur www.granges.org




 

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