Un chasseur sans son chien sachant sauver des faons

| mar, 10. juin. 2014
En cette période de mise bas et de fenaison, les chasseurs du canton ratissent les champs en bordure de forêt, pour sauver les faons qui s’y cachent.

PAR XAVIER SCHALLER

Il pleuvote en cette fin d’après-midi. Trois chasseurs se retrouvent entre Estavannens et Grandvillard. Pas de fusils, pas de chiens, mais des lanternes de chantier, des petites boîtes bizarres, des sprays. Il pleuvote, mais demain, le soleil permettra à l’agriculteur de faucher. Situé en bordure de forêt, le champ cache peut-être des faons dans ses hautes herbes.
L’agriculteur a donc appelé Cédric Fragnière, chasseur et responsable du sauvetage des faons pour ce secteur de l’Intyamon. «Nous allons sécuriser le champ, trouver les faons ou déranger les chèvres afin qu’elles déplacent leurs petits.»


L’ouïe, l’odorat et la vue
Pour ce faire, les chasseurs travaillent sur trois sens de l’animal: la vue, l’ouïe et l’odorat. Les trois hommes parcourent le champ de long en large. Cédric Fragnière spraye les poteaux de clôture avec un répulsif odorant et accroche des lanternes clignotantes. Son collègue Yann Charrière plante des perches, au bout desquelles flottent des bandelettes de couleur.
Roger Jaquet, président de la section gruérienne de la Fédération des chasseurs fribourgeois, installe quant à lui des bips sonores. Après quelques minutes, le bruit s’interrompt, puis l’appareil reprend avec un son différent. «Si les sons étaient toujours identiques, les animaux s’y habitueraient rapidement, explique Roger Jaquet. C’est aussi pour cela que nous venons seulement la veille.» Mis à part le répulsif, l’installation agit aussi sur d’autres animaux menacés: oiseaux qui nichent au sol, levrauts, renardeaux.


Le faon, l’as du camouflage
Il est rare de trouver directement les faons, qui sont des as du camouflage. Même les chiens ne sont pas très utiles, car un faon ne dégage pratiquement pas d’odeur. «Le chien peut passer à 50 cm, il ne le sentira pas. Il a plus de chance de le voir», indique Yann Charrière.
C’est pourquoi les trois hommes disposent d’un système de détection infrarouge. Sur une perche télescopique de plusieurs mètres sont répartis dix capteurs. Le porteur va ratisser le champ et indiquer à ses assistants les sources de chaleur: «Aujourd’hui, c’est idéal, parce qu’il n’y a pas trop de soleil.» Pas de Bambi néanmoins ce jour-là. «Cela ne remet pas en cause l’utilité du travail, mais en trouver un, c’est un peu la cerise sur le gâteau», confie Roger Jaquet.
Pour déplacer un faon, les chasseurs mettent des gants et placent beaucoup d’herbe autour de lui avant de le soulever. S’ils le contaminent avec leurs odeurs, sa mère peut l’abandonner.


Eviter des souffrances
«On nous dit souvent que nous ne sauvons ces animaux que pour mieux le tirer plus tard. Mais ça n’a rien à voir, se défend Roger Jaquet. C’est simplement pour leur éviter des souffrances.» Il n’y a d’ailleurs aucune obligation pour les chasseurs de participer à ces actions de sauvetage, comme le confirme Marc Mettraux, chef du secteur faune, biodiversité, chasse et pêche du canton de Fribourg. «Dans certaines régions, ce sont les gardes-faune qui doivent s’en charger.»
Le sauvetage des faons existe depuis des décennies. Mais il est devenu particulièrement important en raison de la politique agricole mise en place dans les années nonante. «Avec l’apparition des ”surfaces de compensation écologique”, fauchées plus tard, les foins et la mise bas des chevreuils se retrouvent dans la même période, mai-juin», détaille Marc Mettraux. Selon lui, une cinquantaine de faons sont encore victimes des faucheuses chaque année dans le canton de Fribourg. «Une estimation à la louche», mais loin des 600 chevreuils happés par des automobiles.

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