Le capitaine du foot fribourgeois rend son brassard

| jeu, 03. jui. 2014
Bernard Sansonnens quitte ses fonctions de président de l’Association fribourgeoise. Homme de dialogue, le Glânois revient sur ses treize années de présidence.


PAR KARINE ALLEMANN
Bernard Sansonnens fourmille d’anecdotes. Comme quand il raconte les petites histoires dont l’artiste Marc Roulin s’est inspiré pour illustrer les 100 ans de l’Association fribourgeoise de football (AFF). Un tableau qui lui tient particulièrement à cœur. «C’était un match Guin-Bümpliz. Un joueur a couru vers l’arbitre, tout paniqué. Il avait perdu son dentier. L’arbitre a interrompu le match, tous les joueurs se sont mis en ligne, main dans la main, et ont avancé sur le terrain jusqu’à ce qu’un Bernois retrouve le dentier. Le joueur singinois l’a remis dans sa bouche, et le match a repris.»
Jeune retraité de l’enseignement domicilié à Châtonnaye, le Glânois dirigera sa dernière assemblée générale le 23 août prochain. Bernard Sansonnens est un homme de dialogue plus que de coups d’éclats. Certains appellent cela un manque de charisme. Mais, pour diriger 98 clubs, soit 15000 licenciés dans le canton, une propension à la discussion plutôt qu’à l’esbroufe semble la bonne approche. Les assises annuelles de l’AFF sont d’ailleurs menées sans mouvements d’humeur ni frondes assassines de la part des délégués. Preuve que si les clubs sont parfois en désaccord, personne ne nie une honnêteté dans les démarches et une réelle envie de bien faire.

Bernard Sansonnens, quels sont les projets menés à bien pendant vos treize années de présidence?
Nous avons apporté quel­ques modifications dans les finales de promotion, notamment en intégrant la 5e ligue, et nous avons mis sur pied différentes Coupes, ainsi que le foot réduit. Surtout, nous avons été les pionniers à permettre les changements libres en 4e et 5e ligue. Il y avait beaucoup de scepticisme. Or, les 13 régions de la Ligue Amateur nous ont imités. Dès cette saison 2014-2015, nous serons à nouveau le projet pilote pour le faire en 3e ligue.
J’ai aussi toujours favorisé les regroupements d’actifs, plutôt que les fusions, pas toujours faciles à gérer sur le long terme. Le regroupement, c’est une
sor­te de fiançailles, avant de voir si deux clubs peuvent vraiment aller plus loin. Enfin, cette année, je suis très fier que les M16 du Team AFF soient devenus champions de Suisse. Surtout, la plus grande satisfaction est que les clubs, qui financent ce système, ne l’ont jamais remis en cause.

Pourtant, beaucoup pestent de ne voir que peu ou pas de Fribourgeois au plus haut niveau…
On l’entend, c’est vrai, mais c’est pareil au niveau national. Sur l’ensemble des jeunes dans des filières de l’ASF, il n’y en a que trois ou cinq qui percent chaque année. De notre côté, nous avons des Fribourgois dans des clubs de ligue supérieure, et même à l’étranger (n.d.l.r.: comme Daniel Lema, dans le centre de formation de Manchester City).

Reste que le canton n’arrive pas à garder une équipe en Challenge League, ou au moins en 1re ligue Promotion. On parle d’une taskforce mise sur pied pour monter un projet cantonal. Qu’en est-il?
C’est vrai, le projet «Challenge» existe. Il est mené par Philippe Virdis (ancien directeur de Groupe E), Michel Volet (vice-président de Fribourg-Gottéron) et Jean-Daniel Perret (ancien joueur). Pour monter, il faut des moyens financiers et un projet cantonal. Cette réflexion se fait avec les trois clubs phares Fribourg, Guin et Bulle. Bon, depuis sa relégation, le club bullois a fait un pas de retrait pour avoir le temps de la réflexion. Mais je suis persuadé que ce projet va dans le bon sens.

Vous ne  le verrez pas naître en tant que président. Mais le verrez-vous tout court?
Dans cinq ans, soit il sera devenu concret, soit il aura été abandonné. Mais j’y crois, car c’est un projet clair et pointu. Il y a même l’idée de construire un vrai stade de football, entre Rossens ou Bulle. Beaucoup pensent que cette volonté commune est la seule voie pour avancer. Regardez cette saison: deux clubs de 1re ligue étaient en course pour la 1re ligue Promotion. Et, au final, ni Guin ni Fribourg n’y sont parvenus.

Autre sujet épineux, l’argent qui circule dans le foot régional. Les joueurs se vantent d’être payés et les clubs jurent ne pas rétribuer leurs joueurs, contrairement à leurs voisins… Quelle est la position de l’AFF?
Je ne veux pas jouer les hypocrites, je sais que des choses se passent. En dessous de la 2e ligue inter, les clubs n’ont pas le droit d’avoir des contrats avec leurs joueurs. Dès lors, cet argent ne figure pas dans les comptes du club, car ce serait illégal. On entend de tout. Ce n’est pas acceptable. Mais, malheureusement, nous ne pouvons pas attaquer le problème de manière frontale, tout se passe par derrière. Reste que pour les clubs qui choisissent d’aller dans cette direction, un jour ou l’autre, ça casse. On ne va pas revenir sur le cas de Léchelles.

Qu’est-ce que ça vous inspire de savoir qu’un entraîneur peut demander jusqu’à 30000 francs pour une saison en 3e ligue?
C’est absolument scandaleux. D’ailleurs, à ce sujet, nous avons pris des mesures. Avant, il fallait un diplôme B pour entraîner en 3e ligue, ce qui est très contraignant. Il y avait donc de la surenchère chez les entraîneurs. Désormais, le diplôme C suffit et il y a davantage de monde sur le marché. Après, si un club veut mettre autant d’argent pour un entraîneur, c’est irraisonnable.

Qu’avez-vous ressenti en juin à la fin de vos derniers championnats?
Un sentiment partagé. La satisfaction d’avoir pu vivre toutes ces années et l’émotion de savoir que les prochains championnats débuteront sans moi. Je ne serai plus le capitaine du foot fribourgeois.

«Capitaine du foot fribourgeois»: l’expression est jolie…
Je dis ça, parce que j’étais aussi capitaine à l’armée. Le capitaine, c’est celui qui part au front, qui reste sur le bateau dans la tempête et qui affron­te les problèmes. Forcément, quand il faut prendre des décisions, il y a toujours des mécontents. Mais je pense qu’on ne pourra jamais dire que je me suis défilé devant les difficultés.

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