Le lac de la Gruyère à vos pieds

| mar, 22. jui. 2014
L’intégralité du sentier du lac est ouvert au public. Les 45 km de chemin balisé, soit près de 14 h de marche, font le bonheur des randonneurs. Découverte au gré de quelques coups de cœur.

PAR FRANCOIS PHARISA

Les amoureux de nature et de randonnée pédestre ont trouvé leur paradis. Quarante-cinq kilomètres de sentier balisé, soit près de quatorze heures de promenade! Le sentier du lac de la Gruyère est ouvert au public dans son intégralité depuis la mi-juin. De quoi occuper agréablement les prochains congés.
Une décennie. C’est le temps qu’il aura fallu pour la réalisation de ce projet, mené à bien par l’Association du sentier du lac de la Gruyère (ASLG). Celle-ci réunit les onze communes riveraines, soutenues par Groupe E et les sociétés de développement de Broc-Morlon-Botterens et du lac de la Gruyère.
La conduite de cette ambitieuse entreprise n’a pas été sans son lot de tracas administratifs. Pas moins de treize mises à l’enquête auront été nécessaires. Et l’une d’elles, concernant le segment qui longe le quartier des Planches à Corbières, suscite encore une opposition collective. La réponse du Tribunal cantonal administratif sur cette question se fait attendre depuis octobre 2013. Pour le moment, les promeneurs sont priés de passer par le centre du village. Au final, le projet aura coûté un peu plus de 2 millions de francs.


Panneaux didactiques en vue
Restent à peaufiner les dernières finitions dans le courant de l’été. En plus des bornes de kilométrage déjà installées, des bornes didactiques seront aménagées aux endroits présentant une valeur historique, esthétique ou culturelle particulière. Des panneaux décrivant succinctement les communes riveraines sont également prévus.
Le sentier, large d’un mètre sur toute sa longueur, a été divisé en trois parts plus ou moins égales. Une première partie, ouverte à l’été 2012 déjà, forme une boucle de 15 km entre Corbières et Broc. Une deuxième section de 20 km longe la rive ouest, de Corbières au barrage de Rossens. Enfin, un troisième tronçon de 16 km relie Rossens à Corbières via Pont-la-Ville. Il est néanmoins possible de commencer sa balade là où on le souhaite. Chaque village riverain possède un accès au sentier. Toutefois, si on ne veut pas revenir sur ses pas, il faut prévoir une partie de la promenade en transports publics. Pour les automobilistes, plusieurs parkings se trouvent à proximité.
C’est au gré des coups de cœur de Dominique Macheret, président de l’ASLG, que nous nous sommes laissé charmer par les beautés des berges du lac.

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Un coin de bayou sans alligators
Corbières-Rossens, via Vuippens


«Cette section du sentier ne présente pas de difficultés particulières, commente Dominique Macheret. Il y a bien quelques petites montées, mais elles sont accessibles à tous. Ce tronçon de 20 kilomètres offre à la fois des zones de loisirs et des endroits plus calmes.»
Notre guide nous a donné rendez-vous à la STEP de Vuippens. Drôle d’endroit pour commencer notre périple! Sur place, un panneau d’indication jaune, sur lequel un petit autocollant vert indique «Sentier du lac de la Gruyère», invite à pénétrer dans le sous-bois situé à la gauche de la station d’épuration. Ni une ni deux, plus signe de civilisation, sauf, bien sûr, ce chemin minutieusement balisé. «Trop bien aménagé parfois, sourit Dominique Macheret. Mais globalement, nous avons pris soin de dénaturer le moins possible les lieux traversés par le sentier.» Le bruit des pelles mécaniques, à l’œuvre sur le chantier de la station d’épuration, s’efface. La mélodie d’un ruisseau résonne maintenant aux oreilles. C’est le Gérignoz, l’un des nombreux affluents du lac de la Gruyère.
Une passerelle réalisée avec des rondins permet de l’enjamber. «Une telle construction n’est pas idéale, précise Dominique Macheret, contrôleur des routes de profession. Le bois pourrit relativement vite. Prochainement, nous la remplacerons par une passerelle plus solide, avec du bois autoclave et des poutrelles métalliques. Nous en avons déjà installé une vingtaine, éparpillées sur les 45 km du sentier. La plus grande, qui mesure presque 25 mètres, est située plus au nord, sur la commune du Bry.»
Sans s’en apercevoir, le chant du ruisseau a disparu. Un silence complet règne. «C’est précisément ici que le Gérignoz se jette dans le lac, raconte Dominique Macheret. Nous sommes à 677 m, soit au même niveau que le lac actuellement, d’où ce sentiment de tranquillité.»


Le calme et la fraîcheur
L’eau se faufile entre les arbres et les broussailles pour inonder complètement la rive. Les rayons du soleil se fraient un chemin à travers les feuillages, créant un subtil jeu de reflets sur l’eau, qui prend des teintes de vert pomme. Devant ce spectacle, les images qui viennent à l’esprit sont celles d’un bayou: comme un coin de Louisiane en Gruyère. «Oui, mais ici point d’alligators! Les pauvres bêtes ne passeraient pas l’hiver», rigole notre guide. Et celui-ci d’ajouter: «J’apprécie le calme que respire cet endroit. La forêt est encore intacte et, avec le courant du Gérignoz en amont, une fraîcheur bienvenue se dégage.»
Au moment de quitter cette scène bucolique, Dominique Macheret se lance dans l’énumération des autres points forts, qui jalonnent les 20 km de sentier de la rive gauche du lac: «Après avoir traversé le hameau de Villarvassaux, un endroit assez similaire à celui qui vient d’être parcouru, le centre de loisirs de Gumefens se prête bien à une halte.» C’est l’occasion de naviguer à la voile, sur une planche, un dériveur, un catamaran ou, plus simplement, de s’allonger et faire bronzette sur la plage du camping. Un instant de repos n’est pas du luxe. Huit bons kilomètres de marche doivent encore être avalés avant de rejoindre le barrage de Rossens.
«Pour y parvenir, le randonneur passe à quatre reprises sous le viaduc de la Gruyère, avec une vue imprenable sur les ruines de l’île d’Ogoz, poursuit Dominique Macheret. Enfin, les derniers kilomètres permettent d’admirer le lac en hauteur, en longeant les falaises.»

Distance: 20 km
Temps estimé: 5 h 30

 

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A la chasse à l’éléphant
Rossens-Corbières, via pont-la-ville


«Pour cette partie, nous avons été obligés d’éloigner le chemin par rapport au lac de quelques dizaines de mètres, voire plus, prévient Dominique Macheret. Par exemple du côté d’Hauteville, où il y a des risques de glissements de terrain aux abords du lac. Les randonneurs le contemplent ainsi le plus souvent depuis le haut. La vue n’en est que plus belle. A l’instar de la rive opposée, les marcheurs de tous niveaux peuvent s’élancer à l’assaut des 16 km séparant Rossens et Corbières sans crainte.»
Ancien président de la Fédération fribourgeoise des sociétés de pêche, Dominique Macheret connaît le lac dans ses moindres recoins. «Aujourd’hui encore, je le parcours régulièrement, sur une petite embarcation, pour pêcher sandres et brochets. C’est à l’occasion de l’une de mes sorties en bateau justement que j’ai aperçu pour la première fois l’éléphant.» Un éléphant sur le lac de la Gruyère? Une sorte de monstre du loch Ness? «Depuis le sentier, entre Rossens et Pont-la-Ville, nous le verrons», continue Dominique Macheret d’un air amusé. La quête du mystérieux pachyderme commence.
Après avoir longé la route sur une centaine de mètres, barrage et falaises obligent, la nature reprend ses droits. La végétation se fait plus dense. Au sol, des traces de pneus de vélo dessinés dans une flaque de boue. Le président de l’ASLG profite du moment pour se permettre un sarcasme: «Et après on me dit que les cyclistes n’endommagent pas le chemin…» Le sentier du lac de la Gruyère est en effet interdit aux vélos, de même qu’aux chevaux. Par ailleurs, les chiens doivent y être tenus en laisse.
Des panneaux didactiques dédiés à l’eau sont parsemés le long de l’itinéraire. Créés par la filiale gruérienne du club Soroptimist – une ONG composée exclusivement de femmes, active dans la promotion des droits de l’homme notamment ­– ils expliquent aux randonneurs les multiples rôles joués par l’eau dans le monde. Dans cette portion du sentier, le lac se fait plus discret. Il est trente mètres plus bas, à l’ombre des feuillages.
«Voilà! A droite, l’éléphant!» avertit Dominique Macheret. Nous sommes aux premières loges. L’animal… de pierre se tient fièrement, droit devant, de l’autre côté du lac. Sculptés dans la molasse, ses yeux, ses grandes oreilles (un spécimen africain, donc), sa trompe lui donnent vie. Son front est orné d’une tache jaunâtre, faite de mousse. L’imposant mammifère s’abreuve des eaux gruériennes depuis des milliers d’années. Il était là bien avant la création du lac. La géologie fait parfois bien les choses.
A proximité du rocher de la «tête d’éléphant», le sentier coupe à travers le green de Pont-la-Ville sur 500 bons mètres. «On n’a pas tous les jours l’occasion de se promener dans un golf, sourit Dominique Macheret. Des filets ont été élevés pour sécuriser le sentier, là où des balles pourraient être envoyées.»


La place des peintres
Vient ensuite Hauteville, seule commune traversée en son cœur (exception faite de Corbières, en attendant la levée de l’opposition). Au sortir du village, un arrêt s’impose. Le panorama vaut le coup d’œil: le bleu turquoise du lac, l’église et le château de Corbières et, surplombant le tout, le Moléson. Dominique Macheret a joliment surnommé l’endroit, la «place des peintres». Il en a vu à plusieurs reprises s’adonner à l’aquarelle. Quelques minutes de marche supplémentaires et nous arrivons à Corbières, notre point d’arrivée.

Distance: 16 km
Temps estimé: 4 h 30

 

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Vue sur les arches du pont
corbières-broc-corbières


«Si vous projetez d’effectuer les quinze kilomètres de la boucle entre Corbières et Broc en famille, mieux vaut commencer par la rive droite, conseille Dominique Macheret. Le tronçon est particulièrement vallonné. Ainsi, on clôt la journée en douceur, par le secteur le plus reposant.»
Kilomètre zéro. Le pont de Corbières sert de jonction entre les trois sections du sentier du lac de la Gruyère. Suivant les con-seils du guide, le tour du haut lac, dont l’inauguration remonte à l’été 2012, commence par la rive est. A peine une centaine de mètres effectués qu’une vue splendide sur le pont de Corbières se présente aux promeneurs. «Il est encore plus beau depuis la rive d’en face», s’enthousiasme Dominique Macheret.
Le sentier prend l’aspect de montagnes russes. En haut, en bas, en haut… Les articulations sont mises à rude épreuve. Villarvolard, Villarbeney, Botterens et puis, enfin, Broc. «La Maison Cailler et Electrobroc se trouvent à peine à un kilomètre du sentier, précise Dominique Macheret. Il y a ainsi possibilité de visiter ces deux sites touristiques, si la foule ne vous fait pas peur.»
Après une pause bien méritée du côté de Morlon beach, le sentier file en ligne droite vers Corbières. Aux alentours du kilomètre quatorze, pratiquement à la fin de la boucle, une table de pique-nique (des tables et des bancs ont été aménagés à plusieurs endroits sur le sentier) intrigue. Elle est à moitié noyée. «Juste de quoi s’asseoir et casser la croûte les pieds dans l’eau», lance le président de l’ASLG. Les jambes même! Le maillot de bain est fortement recommandé. «Nous avons ancré les pieds de la table dans du béton. Ainsi, quand le niveau du lac est très élevé, elle disparaît complètement.»
Attablés, dévorant les sandwiches préparés avant le départ, on voit se dévoiler le pont de Corbières dans son entier. Les ar-ches de pierre sautent d’un côté à l’autre de l’ouvrage, dont la construction date de 1931. Du haut de ses seize mètres, des casse-cou s’offrent une poussée d’adrénaline en sautant. Le périple touche à sa fin.

Distance: 15 km
Temps estimé: 4 h 30

Commentaires

Une magnifique découverte que nous avons "testée" en partie(Pont-la-Ville - Corbières) quelques jours après la parution de l'article. Points de vue à couper le souffle, chemins bien entretenus et balisés, on est charmés par la variété du paysage. Merci à M. Pharisa pour ce beau retour à la nature. Très cordialement, Nicole Equey

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