Pierre-Joseph Chenaux, un parcours de Fribourg à Lyon

| jeu, 24. jui. 2014
Le destin de Joseph Chenaux, le fils du révolutionnaire bien connu Nicolas Chenaux, a été mis en lumière. Le généalogiste Jean-Claude Romanens raconte son étonnante trajectoire. En Suisse et en France, la recherche aura duré deux ans.

PAR FRANCOIS PHARISA


L’histoire et la généalogie en particulier exigent curiosité et patience. Ces qualités, Jean-Claude Romanens, généalogiste professionnel, les a érigées au rang de vertus. Elles lui ont permis de reconstituer la vie de Pierre-Joseph Chenaux, le fils aîné du révolutionnaire gruérien Pierre-Nicolas Chenaux, au terme d’une recherche de près de deux ans, qu’il a menée en parallèle à son activité professionnelle. «C’est à l’issue d’une discussion avec les historiens Alain-Jacques Tornare et Georges Andrey que je me suis mis sur la piste du fils Chenaux», commente ce Franco-Suisse originaire de Sorens, résidant à Marin près d’Evian-les-Bains.
L’historiographie a déjà mis en lumière une partie de la vie de celui qu’on a surnommé «l’orphelin de la révolution Chenaux». A la mort de son père, assassiné pour avoir tenté d’évincer  les patriciens du pouvoir à Fribourg (1781), Pierre-Joseph, aîné d’une fratrie de huit enfants, n’a que 14 ans. Forcé de quitter la terre de ses ancêtres, il rejoint le régiment des gardes suisses, au service du roi de France Louis XVI.
A l’occasion du fameux massacre de ces mêmes gardes suisses, le 10 août 1792, dans le palais des Tuileries, Pierre-Joseph Chenaux joue un rôle d’informateur au profit des assaillants révolutionnaires. Les historiens le retrouvent une dernière fois en 1802. Chenaux propose alors vainement ses aptitudes militaires à la République helvétique. A partir de cette date, on perd sa trace. Il a 35 ans.
C’est là qu’intervient Jean-Claude Romanens: «Le pouvoir d’alors avait tout fait pour effacer le souvenir du père et j’allais tout faire aujourd’hui pour empêcher l’histoire du fils de disparaître.» Cette ambition le mène d’abord aux Archives de l’Etat de Fribourg. Les recensements de population de La Tour-de-Trême, commune d’origine de Pierre-Nicolas Chenaux, sont minutieusement épluchés.
Un indice attire l’attention du chercheur. «Dans le recensement de 1811 figurait la mention d’un certain Joson Chenaux (sic), âgé de 45 ans, et domicilié à Lyon, raconte Jean-Claude Romanens. Cela portait sa naissance à 1766, donc approximativement l’âge qu’aurait dû avoir le fils de Chenaux à cette époque.»


Mariage à Lyon
La quête se poursuit à Lyon, aux Archives départementales du Rhône. Jean-Claude Romanens y consulte avec systématique les tables alphabétiques des mariages dans l’espoir que le fils Chenaux ait épousé sa moitié dans l’ancienne capitale des Gaules. L’intuition se vérifie. «C’est dans la table de 1793, à la date du 15 juillet, que j’ai trouvé un mariage de Pierre-Joseph Chenaux!»
La délivrance tant espérée arrive enfin. Ecrites noir sur blanc, ces quelques lignes récompensent les efforts fournis: «Le citoyen Pierre-Joseph Chenaux, élève à l’Académie vétérinaire nationale du canton de la Guillotière, y demeurant âgé de 26 ans, fils légitime de défunt Pierre-Nicolas Chenaux qui étoit (sic) habitant du lieu de La Tour-de-Trême, et de Claudine Garin…» Lot inévitable de toute recherche historique: les réponses apportées engendrent immédiatement de nouvelles interrogations.


Des études de vétérinaire
Après ses années passées au sein du régiment des gardes suisses, Pierre-Joseph Chenaux se serait donc destiné à l’art vétérinaire? Quelle idée! Jean-Claude Romanens avance une hypothèse: «Il a 10 ans lorsque son père, ruiné, se met à vendre des mulets. De cette époque date peut-être son intérêt pour les animaux?» Le jeune homme apprend le métier à l’Académie royale vétérinaire de Lyon.
Mais bien d’autres activités garnissent son C.V. Pierre-Joseph Chenaux est un touche-à-tout. On le trouve à la fois ou tour à tour surveillant de nuit, ouvrier à La Monnaie de Lyon et marchand de volailles. De plus, pour arrondir des fins de mois parfois difficiles, il loue deux chambres de son appartement de la place Confort à Lyon (l’actuelle place des Jacobins) à un certain Antoine Cotton, revendeur d’eau-de-vie ainsi qu’à Pierre Aubert, marchand de volailles comme lui.
«A cette époque, Lyon était une véritable colonie suisse, souligne Jean-Claude Romanens. Joseph Chenaux ne s’y serait pas installé s’il avait cherché à se cacher des autorités fribourgeoises. Au contraire, il a toujours été en lien avec sa patrie d’origine, en témoignent plusieurs documents retrouvés.»
Le fils Chenaux meurt le 6 février 1835 dans sa ville d’adoption. Un certificat d’indigence est délivré à ses proches. «Preuve qu’il vivait dans une certaine misère ou, en tout cas, qu’il avait dilapidé tout ce qu’il possédait, remarque le Gruérien d’origine.»
Pierre-Joseph Chenaux laisse derrière lui neuf enfants, cinq filles et quatre fils, dont Benoît Chenaux. Ce dernier s’éteint en 1876 à Lyon et, avec lui, disparaît le nom de Chenaux. Du moins, en l’état actuel de la recherche. «Il n’est pas du tout sûr que celui-ci ait été le dernier Chenaux, précise Jean-Claude Romanens. Je n’ai pas perdu espoir de rencontrer un jour un descendant du révolutionnaire gruérien encore en vie.»
 

Commentaires

Superbe travail.Cependant je sais que les descendants des Chenaux sont beaucoups à traves du patronyme Thurler.Voir le livre "Pierre Nicolas Chenaux O Heroi da Gruyère e sua marca no Brasil"(A Família Thurler)Acec préface de Marcel Auguste Schuwey et Reinaldo Thurler Ecrit par Alberto Abib Wermelinger Monnerat.

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