A chacun de trouver sa magie

| sam, 16. aoû. 2014
Les ouvrages qui répertorient des lieux magiques, sacrés ou énergétiques connaissent un large succès. La chapelle des Marches, la cascade de Bellegarde, l’arbre d’Echarlens et la chapelle du Dah y figurent en bonne place. Visites accompagnées.

PAR KARINE ALLEMANN

Certains lieux seraient magiques. Ou énergétiques. Peut-être même mystiques. Depuis plusieurs années, quantité d’ouvrages répertorient des endroits particuliers, sources d’énergie métaphysique. Les hauts lieux cosmo-telluriques en Suisse, de la géobiologue vaudoise Blanche Merz, est un best-seller. Le Guide des arbres extraordinaires de Suisse romande, de la Neuchâteloise Joëlle Chautems, connaît un large succès également.
Dans la région, la cascade de Bellegarde est la star des lieux énergétiques. Tout comme la chapelle des Marches et celle de Notre-Dame de Compassion, à Estavannens. Mais certains prêtent plus encore de vertus au ruisseau du Dah qu’à la chapelle. D’autres se serrent contre des arbres. Comme ce chêne, à Echarlens.
La Gruyère vous propose quatre balades avec, pour guides, des personnages de la région. Ils disent pourquoi ils aiment l’endroit et ce qu’ils y voient de magique.

Aux Marches, la chapelle et le tilleul
Lieu de pèlerinage archiconnu depuis la guérison de la jeune Léonide Andrey en 1884 – on parle de 10000 visiteurs par année – Notre-Dame-des-Marches voit aujourd’hui défiler des pèlerins d’un nouveau genre. Amoureux de la nature, plus bobos que cathos, ces promeneurs cherchent sur la petite butte au pied de la Dent-de-Broc l’énergie que dégagerait le tilleul planté en 1705. L’arbre, majestueux, est situé juste en face de l’entrée de la chapelle. Par contre, impossible de le toucher, il est entouré de barrières.
Coauteur du livre Les Marches, le petit Lourdes fribourgeois avec son frère Jacques Rime, François Rime cherche aujourd’hui encore à comprendre l’extraordinaire fascination que ce lieu engendre. «Le fait que la chapelle soit à l’écart est sans doute l’une des raisons, note l’enseignant de La Tour-de-Trême. Les gens viennent plus facilement pour s’y confier. J’entends souvent des gens dire qu’ils ne vont pas forcément à la messe, mais ils viennent prier aux Marches. Et puis, il y a le positionnement du lieu. La vue est splendide, et la chapelle se situe au pied de la montagne. Bien sûr, la guérison du XIXe siècle a largement contribué au succès du lieu. Tout comme, depuis 1933, le chant de l’abbé Bovet Nouthra Dona di Maortsè. Elle provoque vraiment quelque chose chez les gens. Même chez ceux qui ne sont pas forcément religieux.»
François Rime aime se retrouver aux Marches. «Pour un croyant, Dieu est partout. On devrait pouvoir le prier n’importe où. Mais nous avons tous besoin de lieux qui nous parlent. La chapelle des Marches en est un pour moi.»
Le Service des forêts et de la flore de l’Etat de Fribourg, qui a recensé les 27 arbres les plus spectaculaires du canton, a surnommé le tilleul des Marches «Monsieur le juge», parce que le tilleul a longtemps été perçu comme un arbre de justice.
«La symbolique du tilleul est aussi celle d’un arbre sous lequel on se réunit, note François Rime. Il symbolise aussi la féminité. Après, l’aspect sacralisé d’un arbre ou d’une rivière, ça me parle moins. C’est une question de croyance personnelle. Reste que ce culte de la nature, cette tradition d’embrasser les arbres, c’est assez récent. Mais tout à fait dans l’air du temps. On remarque toutefois que cela se fait souvent dans un lieu qui était déjà sacré. C’est un mélange de différentes croyances. Certains ressentent une force tellurique, d’autres une force divine. Chacun se fabrique sa propre spiritualité.»

«Ici, on est tout près du ciel»
Pour la géobiologue Blanche Merz, la cascade de Bellegarde est l’un des plus hauts lieux cosmo-telluriques de Suisse. La Vaudoise recommande de se tenir au centre de la passerelle et d’inspirer cette «lumière liquide et cristalline». Pour l’auteure Joëlle Chautems, la cascade et les environs de l’ancienne église «se situent dans un puissant chant de force».
Instituteur à la retraite, Werner Schuwey s’arrête presque à chaque fois qu’il passe devant la sublime chute d’eau. Mais il n’y ressent rien de magique. Son truc à lui, c’est l’ancienne église de Bellegarde, devenue le Cantorama. «Ma femme pratique beaucoup le yoga: elle jure que ça lui fait du bien. Moi, pour me retrouver, j’ai l’ancienne chapelle», sourit notre guide.
L’ancienne église est également connue loin à la ronde pour son acoustique, jugée exceptionnelle. «On dit qu’il y a un croisement de lignes d’eau sous le bâtiment et que c’est pour ça que l’acoustique est si bonne. Quant à l’énergie qui s’en dégage, le plus haut lieu de force, c’est l’emplacement de la petite chapelle d’origine, qui date du XIIe siècle. Il se situe juste devant l’autel actuel.»
Autre signe particulier, il y a toujours fait très froid. «Elle ne voit pas le soleil du tout pendant quatre mois et demi. Mon grand-père me racontait que, pendant la messe, les gens frappaient les bancs avec leurs semelles en bois pour signaler au curé quand son discours était trop long et qu’ils commençaient à avoir vraiment froid.»
Peu sensible aux énergies telluriques, Werner Schuwey trouve dans l’endroit une énergie du moins émotionnelle, liée aux souvenirs de son grand-père, qui a tout vécu dans cette chapelle. Alors, pour se ressourcer, il monte sous le toit et s’installe derrière le clavier de l’orgue, restauré il y a trois ans. Les pièces d’origine, datées de 1786, ont été ressorties du galetas de la nouvelle église par l’ancien instituteur, qui a mené le projet de restauration à bout de bras. «Je m’enferme dans la chapelle, je joue et je ne vois plus le temps passer. Ici, on est tout près du ciel.»
L’eau qui jaillit de la montagne et se jette à grands flots dans la Jogne fait partie de la vie du village. Au bas de la cascade a été construite la première usine électrique de Bellegarde. «C’est la nuit du 24 décembre 1912 que, pour la première fois, les habitants du village ont pu éteindre leurs lampes à pétrole. Ils avaient alors l’électricité.»
Si certains prêtent aux embruns de la cascade des pouvoirs guérisseurs ou apaisants, Werner Schuwey raconte que «des analyses effectuées révèlent que l’eau est potable. Mais elle n’est pas d’une excellente qualité».
Tiens! Il semble que la science ne soit pas raccord avec la métaphysique. Au moment de quitter Bellegarde, on a voulu boire une gorgée d’eau dans la bouteille restée dans la voiture. Il faisait beau, ce samedi-là, mais ce n’était pas les grandes chaleurs non plus. Pourtant, l’eau de la bouteille était bouillante. Et si…

Le «gringalet» d’Echarlens, l’arbre des druides
Au sommet de la petite colline au-dessus d’Echarlens, à la lisière de la forêt qui abrite les parcours des légendes de la Gruyère, un chêne de 20 mètres fait face au vent et au Gibloux. On l’appelle le gringalet, rapport à son tronc élancé et dénudé. Dans son Guide des arbres extraordinaires de Suisse romande, la Neuchâteloise Joëlle Chautems le nomme l’arbre des druides. Il aurait pris racine sur la ligne tellurique qui relie le Moléson à la cathédrale de Fribourg. Certains lui prêtent des pouvoirs magiques et le classent parmi les arbres maîtres.
A chaque solstice d’été, le 21 juin, Gladys Baechler et ses élèves dansent autour du «gringalet». La jeune femme domiciliée à Vuippens a ouvert une école de «danses de la vie» et la journée passée dans la clairière d’Echarlens est un rituel. «Ce que nous faisons, c’est une sorte de yoga dansé», explique-t-elle. Pour la mère de famille, l’endroit est magique. «Certains disent qu’ils ressentent des vibrations. Ce n’est pas mon cas. Toutefois, quand on s’en approche, il y a un respect qui s’installe. Si l’endroit est magique, c’est parce que le panorama est superbe et l’arbre très élégant.» Il est vrai que, à l’approche du chêne doublement centenaire, le visiteur marque naturellement un temps d’arrêt.
Propriétaire du pré du «gringalet», l’agriculteur Marcel Studer n’y voit rien de magique. Quoique… «A l’époque où mon grand-père a acheté cette partie du terrain, il y avait toute une haie d’arbres qui délimitait le domaine et ce qui appartenait toujours à la commune. Mon grand-père a demandé à la couper. Mais, quand ils sont arrivés à la hauteur de ce chêne, il a dit qu’il fallait le laisser, que cet arbre était trop beau. Ils ont coupé tous les autres, sauf celui-là.»
Domicilié tout près, Marcel Studer en voit tous les jours, des promeneurs venus chercher quiétude et énergie. Jeunes, vieux, couples en méditation ou… en pleine action. «Beaucoup viennent s’asseoir au pied de l’arbre ou le prennent dans leurs bras. Quand je passe avec ma faucheuse, ils ne bronchent pas. Un jour, des gens avaient installé une tyrolienne entre la forêt et le chêne. Je peux vous dire qu’ils ont pu tout démonter illico.» Mais l’agriculteur le précise, les gens qui s’approchent sont très respectueux. «Cet arbre, c’est vrai qu’on a envie de le toucher. Mais les gens ne l’abîment pas.»
Bientôt retraité, le Gruérien aime ce chêne «parce qu’il est beau», tout simplement. «De près, il est plus grand que ce qu’il paraît.» Avec une circonférence de 2,50 m et un long tronc d’une vingtaine de mètres, le «gringalet» est d’une taille respectable. La main sur la poignée de porte de sa voiture, Marcel Studer a cette dernière remarque: «Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’a jamais pris la foudre. Il est tout seul par là, et jamais un coup de tonnerre…»

«Le souffle de la cascade»
«Vous sentez comme on est bien?» On ne va pas contredire Jacques Pharisa. Dès l’arrivée vers la chapelle de Notre-Dame-de-Compassion, sur les hauts d’Estavannens, ce sentiment de sérénité. C’est peut-être vrai, alors: l’endroit est-il magique?
«Il y en a qui disent qu’on sent le maximum de force sous l’œil de Dieu, au milieu de la chapelle, poursuit l’agriculteur d’Estavannens, 47 ans. Mais moi, je ressens plus de puissance en haut.» Presque 300 m plus loin, en effet, le chemin qui mène au sommet des Merlas traverse une cascade. Cette perspective vaut bien une petite expédition dans la forêt. Quand le bruit de l’eau se fait plus sourd, à l’approche de la chute, une vague de fraîcheur nous enveloppe. Mais délicatement. Parce que près de la chapelle du Dah, même les bruines de la cascade évitent les gestes brusques.
Un souffle d’air caresse la joue des promeneurs. Sur un arbuste, on remarque cette feuille qui s’agite, seule prise au piège d’un minuscule tourbillon. «Sans doute le souffle de la cascade.»
Une passerelle fait face à la chute, que l’on estime à une vingtaine de mètres. L’eau du Dah se jette ensuite dans le Beveret, puis dans la Sarine. «Au milieu de cette passerelle, on sent toute la force de la montagne. Gamins, on grimpait au-
dessus de la cascade et on allait se baigner dans le petit replat.»
En redescendant, la plupart des promeneurs trempent les pieds dans le ruisseau, que l’on dit source d’énergie. En face de la chapelle, un escalier ont même été aménagés pour faciliter l’accès. Selon Blanche Merz, l’eau du Dah serait plus énergétique que celle de Lourdes. Mais l’agriculteur prévient: «Cette eau ne guérit pas les malades! Malheureusement.»
Depuis toujours, Jacques Pharisa s’en est remis à la protection de Notre-Dame du Dah. «Comme beaucoup de gens au village. Encore aujourd’hui, je viens souvent allumer une bougie. Par exemple, avant la Patrouille des glaciers. Pas pour le résultat, bien sûr. Mais pour demander une protection. Ça donne confiance. Notre-Dame du Dah, c’est mon coach mental à moi…»
Et puis, il y a eu cet accident. «Mon fils avait deux ans quand il est passé sous une voiture, devant chez nous. Il avait la marque des pneus sur les jambes, mais il en est sorti indemne, sans rien de cassé. A l’hôpital, ils ont dit que, jusqu’à trois ans, les os pouvaient se dilater. N’empêche qu’il a eu un bol incroyable. Mon premier réflexe a été d’aller remercier Notre-Dame du Dah. Ou le ciel, ou la Providence…»
Jacques Pharisa ne tenait pas spécialement à nous parler de tout ça. Cette chapelle, lieu de culte pour certains, d’énergie pour d’autres, est du domaine de l’intime, de la conviction personnelle. Mais il l’aime tellement, cet endroit… «C’est beau, ici. On s’y sent bien. C’est vrai que c’est un joli but de promenade à partager avec les gens.» En redescendant vers le village, notre guide se dit qu’il faudrait ajouter un petit panneau pour indiquer la cascade. «Parce que beaucoup de gens ne savent pas qu’elle est juste au-dessus. Ce serait dommage de la manquer.» Là non plus, on ne va pas contredire Jacques Pharisa.

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