Quand le ciel tombe sur la tête des exploitants d’alpage

| sam, 23. aoû. 2014
Le mauvais temps a mené la vie dure aux exploitants et aux bêtes. Le manque de fourrage va pousser nombre d’entre eux à une désalpe précoce. La production ne semble pas avoir souffert des circonstances. La quantité est là, quant à la qualité...

PAR SOPHIE MURITH

Trop secs, arrivés tard. Peu d’étés cléments et d’estivages standards sont à relever ces dernières années. Cette saison, elle, se résume en un mot: pluvieuse.
Ses quarante ans d’expérience sur le même alpage offrent à Jean Berthoud une bonne idée de ce qui est normal ou pas en matière de météo. «C’est une saison vraiment bizarre.» Il ne se souvient pas d’en avoir connu une aussi mauvaise. Pas même celle de 1980, où «il avait plu jusqu’au 15 juillet».
Tout le monde de la montagne aurait, en effet, préféré un été plus au sec. Mais tous ne s’en sortent pas de la même façon. Les alpages réputés comme secs tirent davantage leur épingle du jeu. «Durant les étés caniculaires, leur herbe brûle, explique Jean-Pierre Haeni, conseiller technique Casei. Avec toute cette eau, les pâturages sont restés verts et tendres.»
Une herbe grasse qui permet de maintenir les quantités de lait produit. Quant à la qualité de ce dernier, il est encore trop tôt pour la juger. Le verdict tombera avec les pesées des fromages d’alpage, effectuées à la mi-octobre.
En revanche, pour les pâturages déjà humides habituellement, notamment en Veveyse, c’est la catastrophe. Les troupeaux piétinent l’herbe, s’embourbent dans le paccot. «Elles mangent plus avec les pieds qu’avec la bouche», résume un agriculteur. Et les quantités de lait chutent.
Cécile Vial Magnin, responsable du service des alpages auprès de l’Institut agricole de Grangeneuve, craint également les répercussions à long terme sur la production végétale. «Les alpages ont été très abîmés. Il faudra surveiller l’apparition des mauvaises herbes dans les pâturages.»
Et d’ajouter: «Pour trouver du fourrage propre, le bétail prend plus de risques, monte dans des endroits plus escarpés et, comme le sol est mouillé, déroche.» Ces terrains humides et lourds favorisent également l’apparition de maladies de pieds chez les vaches: lésions, infections, boitillements.
«Comme le fourrage est très sale, les bêtes mangent moins, relève encore la spécialiste. Les génisses n’ont pas pris le poids qu’elles auraient dû. Si l’automne est beau, les jeunes, qui restent plus longtemps, ont peut-être une chance de se rattraper.» Les bêtes ramènent aussi plus de terre au gîte. Il faut laver plus minutieusement les trayons avant la traite, car le lait peut plus facilement être contaminé par les bacilles butyriques. Le fromage alors produit peut être impropre à la consommation et doit être détruit.


Des vaches épuisées
Le froid, la pluie incessante, le brouillard usent le moral et les organismes. «Dans les plus hautes exploitations, les alpagistes ont dû jeter l’éponge plus tôt que d’habitude, rapporte Jean-Pierre Haeni. Ils ont raccourci de près d’une semaine leur présence en altitude. Les hommes et les vaches étaient épuisés. Ces dernières ne pouvaient pas se coucher sur le pâturage. La saison devra être écourtée pour certains.»
Car ce qui devait être mangé plus tard l’a déjà été. De même pour les exploitations qui ont souffert de glissements de terrain. «Entre ce qui a été emporté et ce qui a été recouvert, près d’une semaine de fourrage a parfois disparu», estime Jean-Pierre Haeni.


Trouver du fourrage
«Une partie des bêtes est déjà descendue», confirme Cécile Vial Magnin. Il fait déjà froid en montagne. «L’herbe qui n’a pas poussé jusqu’à aujourd’hui ne poussera plus», assure Jean-Pierre Haeni. Mais certains n’ont tout simplement pas le choix de rester. En raison de la structure de l’exploitation, descendre en plaine ne fait que reporter le problème du fourrage plus loin.»
La décision du retour en plaine peut devenir un dilemme pour les exploitants, pris entre le souci du bien-être des bêtes et la nécessité d’obtenir les aides financières de la Confédération. Pour recevoir ces soutiens, les animaux se doivent de passer au moins cent jours en estivage. Annoncer un départ anticipé de têtes de bétail représente un gros manque à gagner.
Les conséquences d’une désalpe précoce seront disparates selon les exploitations. Mais, pour toutes, ce que l’alpage n’aura pas pu fournir en nourriture, il faudra le trouver ailleurs. Un investissement financier supplémentaire pour les exploitants qui devront acheter davantage de fourrage.
Le raccourcissement du temps passé à l’alpage pourrait également toucher la production de fromage. Il n’est pas certain que les quotas de vacherin et de gruyère soient remplis. «Il n’y a pas de dédommagements dans ce cas-là», note Jean-Pierre Haeni. Et les meules non produites ne peuvent pas être reportées à l’année suivante. Il ne s’attend pas pour autant à une pénurie en 2014.

 

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Recours accru à l’hélicoptère
Lorsque l’hélicoptère représente le seul moyen de transfert d’une bête ou d’une carcasse jusqu’à une place de chargement par bétaillère, la Rega organise les transports dans les régions agricoles de montagne depuis sa centrale d’intervention, à Zurich. Comme les appareils de la Rega sont réservés au sauvetage médicalisé de patients, elle sous-traite les missions Contadino – le nom attribué à ces sauvetages particuliers – à des entreprises privées partenaires. C’est Swiss Helicopter Gruyères qui intervient dans la région: 39 fois depuis le mois de mai 2014, contre 25 fois l’année dernière. «Sur le plan suisse, le nombre de sauvetages de bovins est passé de 583 bêtes récupérées l’an dernier à 801 en deux mois et demi cette année», indique le service de presse de la Rega.
«C’est une année particulière, reconnaît Gabriel Terreaux, chef de projet chez Swiss Helicopter Gruyères. Nous avons descendu au moins une cinquantaine de bêtes mortes ou blessées.» Parfois, les hélicoptères permettent simplement au vétérinaire d’atteindre rapidement les bêtes accidentées ou malades. «Elles ont la priorité, relève Gabriel Terreaux. Si la vache est déjà morte, il nous arrive d’aller la chercher que le lendemain.»
Le propriétaire est libéré des frais du vol, organisé par la Rega, pour autant qu’il s’agisse d’un titulaire d’une carte de donateur et qu’aucune assurance ni autre tiers obligé à la prestation ne prenne la bête en charge. SM

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