A la rencontre (discrète) des dernières écrevisses du canton

| mar, 02. sep. 2014
En dix ans, les populations suisses d’écrevisses se sont subitement effondrées de moitié. Elles ont été victimes de maladies apportées par les écrevisses américaines, mais aussi de la pollution. Reportage nocturne.

PAR JEAN GODEL

La nuit est noire dans ce fond de vallée, quelque part dans la campagne fribourgeoise. Seul le bruissement apaisant du ruisseau caché sous les arbres se fait entendre. Sébastien Lauper, technicien supérieur au Service des forêts et de la faune (SFF, secteur faune aquatique et pêche) se fraye un passage à travers les buissons pour rejoindre le lit du cours d’eau. Il allume alors sa lampe torche. A peine quelques secondes d’observation et voici les premières dénichées: «Elles sont là!»
Elles, ce sont des écrevisses à pattes blanches, une espèce indigène encore présente dans l’ouest de la Suisse. La vision est saisissante: même des yeux inexpérimentés les repèrent tout de suite. Il faut dire qu’on se trouve dans la dernière grande population du canton, sur la dizaine de zones où leur présence est encore attestée. A l’abri du courant, elles sont une demi-douzaine à se confondre avec les cailloux, immobiles.


Charognards des ruisseaux
En remontant le ruisseau, on ne cesse d’en découvrir, craignant même d’en écraser à chaque pas. Il y en a partout! Quand Sébastien Lauper en saisit une, elle l’arrose de gouttelettes d’eau en battant frénétiquement sa queue, essayant de fuir. Vues de dessous, ses pattes sont blanchâtres alors que sa carapace passe du verdâtre au brun. Celle-ci a les antennes amochées, mais rien de grave, assure le spécialiste. Il y en a même à qui il manque une pince: à les voir chercher des noises à leurs voisines, ce ne sont pas les moins agressives…
«Elles préfèrent le calme derrière les cailloux et évitent de se retrouver dans un courant trop fort», explique Sébastien Lauper. Sortant la nuit pour se nourrir, elles se cachent sous les rochers et les rives le jour. Elles mangent tout ce qui dérive, particules végétales, insectes, restes d’animaux. Sorte de charognards des ruisseaux, elles raffolent des cadavres et autres détritus carnés. Malgré leurs pinces, elles ne s’en prennent pas aux poissons.


Des trésors menacés
«C’est des trésors!» s’exclame l’ancien garde-faune. Des trésors très vulnérables, de 12 cm tout au plus, sans les pinces: pour les capturer, il suffit de les saisir entre les doigts. Facile… Durant des siècles d’ailleurs, et notamment au Moyen Age, leurs cousines, les écrevisses à pattes rouges, étaient très appréciées pour leur chair, d’abord par les moines et la noblesse, puis par toutes les couches de la population pour qui elles ont longtemps constitué une ressource alimentaire non négligeable.
Aujourd’hui fortement menacée d’extinction et inscrite sur la liste rouge des espèces menacées en Suisse, l’écrevisse à pattes blanches n’est plus officiellement pêchée. Depuis une dizaine d’années, ses populations se sont brusquement effondrées. Si elle est encore l’espèce indigène la plus répandue de Suisse, il existe encore deux autres espèces dans le pays.
A l’est, c’est la région de l’écrevisse des torrents, elle aussi fortement menacée. Quant à l’écrevisse à pattes rouges, apportée par les moines venus du nord de l’Europe dès le XIIe siècle, elle a été introduite dans de nombreux étangs du pays. Pour autant, attestée en Suisse avant la découverte de l’Amérique en 1492, elle est considérée comme indigène. Et comme toutes les espèces indigènes, elle est sur la liste rouge.


Sionge: plus rien à signaler
Autre lieu, autre décor: en pleine nuit, Sébastien Lauper rejoint le garde-faune André Fragnière au bord de la Sionge, en amont de Vaulruz. La Sionge, longtemps «la pouponnière d’écrevisses du canton», se rappelle ce dernier. «On les prenait là pour tenter de repeupler les autres sites.» Avec le civiliste Clément Gindrat, il vient de prospecter quatre secteurs, en remontant depuis Vuippens. Verdict: «Il n’y a plus rien!»
Sans se faire d’illusions, Sébastien Lauper remonte à son tour le canal de la Sionge, coincé entre ses deux berges tirées au cordeau. Il concentre ses efforts sur les recoins à l’écart du courant: en vain. «Vu la quantité d’algues et puisqu’il n’y a rien, même aux endroits les plus propices, j’arrête. Ça ne sert à rien!» Il n’y a bel et bien plus d’écrevisses dans la Sionge.

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