Race à viande et petit-lait, une alternative sur les alpages

| mar, 02. sep. 2014
Valoriser le petit-lait en le donnant à des bovins de race à viande, l’expérience s’est révélée positive sur deux alpages de la région. Reste à mettre en place une filière pour aller au-delà des tests.

PAR SOPHIE ROULIN

A peine le véhicule s’est-il approché des bassins que les bovins ont ramené leur museau. Ils étaient pressés de voir se déverser le liquide jaune verdâtre encore fumant: le petit-lait issu de la fabrication de la matinée. Mardi dernier, c’est sous les yeux d’une soixantaine de spectateurs qu’ils ont dégusté en quelques minutes ce qui est devenu un dessert pour eux. Sur l’alpage de Corjon, au-dessus de Rossinière, la journée était dédiée aux résultats du projet de recherche Lactobeef.
Mené depuis 2012 par l’Institut des sciences en production animale d’Agroscope (centre de compétence de la Confédération pour la recherche agricole), Lactobeef avait pour objectif de savoir si la production de viande et celle de fromage pouvaient se compléter sur les alpages. En clair: nourrir des bovins de race à viande avec du petit-lait peut-il apporter une nouvelle alternative à la gestion de ce sous-produit alimentaire?
Et la réponse est oui. Elle se base sur les résultats obtenus sur des sites expérimentaux, mais aussi sur deux essais en conditions réelles qui se sont déroulés sur des alpages du Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut, également partenaire du projet: à Corjon, tenu par Francis Tena, et à Vacheresse, dans la vallée du Motélon, exploité par Maurice Bapst. L’été dernier, ils ont respectivement accueilli 35 et 25 broutards, en fonction de leur cheptel laitier.


La qualité au rendez-vous
Selon les analyses des spécialistes, les bovins nourris au petit-lait n’ont montré aucun problème digestif particulier. Ils ont pris autant de poids, sans différence de développement musculaire, que ceux nourris en parallèle à l’orge. La qualité de la viande était au rendez-vous. De plus, ils ont consommé 40 à 60% de moins d’eau. «Ce qui peut être un avantage non négligeable sur certains alpages», ont commenté plusieurs des intervenants de la journée, mise sur pied par Agridea et par Agroscope.
«Ça s’est très bien passé, commente pour sa part Francis Tena. Il y a eu un peu de travail, parce que c’était mes premiers contacts avec une race à viande. Mais j’ai beaucoup appris.» Il l’avoue volontiers: il a accepté de participer à ces essais essentiellement par curiosité. Fort de cette expérience, serait-il prêt à s’engager dans un tel élevage? «Je suis ouvert à poursuivre, mais tout dépend de ce qui pourra être mis en place.»
Car ce n’est pas si simple d’élever des bovins de race à viande au petit-lait. Pour être efficaces, les broutards – des femelles ou des mâles castrés – doivent avoir entre douze et quinze mois, soit une étape préalable assez longue. Sans compter qu’avant de monter à l’alpage, une période d’adaptation est nécessaire pour habituer les veaux à boire le petit-lait, dont tous ne sont pas friands.


Problème économique
«Mon exploitation en plaine ne serait pas adaptée pour mener en parallèle un élevage de vaches laitières et de race à viande, précise Francis Tena. Ce qui signifie que je devrais acheter des broutards.» Dans ce cas, même s’ils fournissent une viande de qualité, qu’ils permettent de valoriser le petit-lait sans pollution et qu’ils représentent une charge supplémentaire sur les alpages, permettant de limiter l’avancée de la forêt, pas sûr que les bovins gardent leur intérêt.
«Le grand problème de cette solution est économique», reconnaît Claude Baehler, vice-président de Vache mère suisse (Association suisse des détenteurs de vaches nourrices et mères). «Il faudrait une filière dédiée à cet élevage, peut-être avec un nouveau label pour valoriser cette viande.»
Les recherches menées par Agroscope n’ont pas pour vocation la mise en œuvre. «Nous créons une dynamique, mettons en lien les acteurs, note Pierre-Alain Dufey, responsable de l’Institut des sciences en production animale. Mais ce n’est pas nous qui pouvons lancer une filière. La balle est dans le camp de Vache mère suisse.»

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