L’Université, un joyau architectural souvent ignoré

| mar, 21. oct. 2014
L’architecture de Miséricorde traduit une tension entre classicisme et modernité.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

Un très riche ouvrage sur la construction de l’Université Miséricorde, publié par le Forum d’architecture de Fribourg à l’occasion de ses dix ans, vient de paraître. «Après la cathédrale, l’Université est pour moi le deuxième chef-d’œuvre architectural de Fribourg», souligne l’architecte Cyrill Haymoz, qui a participé à cette publication.
Le livre reproduit la plaquette de chantier, écrite pour l’inauguration en 1941. Des photographies et des articles, qui mettent en évidence la tension entre classicisme et modernité, amènent un éclairage nouveau sur la valeur de ces bâtiments. Tiré à 1300 exemplaires, Université Miséricorde Fribourg. Classicisme structurel et modernité s’adresse aussi bien aux professionnels qu’au grand public.
Au début des années 1940, l’Université est une institution très catholique. Mais son ouverture sur le monde s’esquisse déjà. «Université d’Etat, catholique et internationale, telle elle se présentait à l’esprit de son fondateur, le conseiller d’Etat Georges Python. Université d’Etat, catholique et internationale, telle elle vient de sortir de sa première jeunesse», écrit le recteur de l’époque dans la plaquette de chantier.
Les bâtiments construits entre 1939 et 1941 traduisent cette tentative de concilier tradition et modernité. L’architecte principal, Denis Honegger, s’est inspiré de ses deux maîtres: le classiciste Auguste Perret et l’avant-gardiste Le Corbusier. La structure asymétrique des bâtiments pourrait trouver son origine dans une esquisse du palais des Nations à Genève, réalisée alors que Denis Honegger travaillait pour Le Corbusier.


Tri parmi les architectes
L’histoire savoureuse du concours d’architecture reflète la même tension entre repli et ouverture. L’exercice est limité aux Fribourgeois et à quelques invités triés sur le volet. Denis Honegger a travaillé sur deux projets, dont un anonyme qui remporte, contre toute attente, le premier prix. La Liberté publie alors cet étrange appel: «Le jury constate que l’auteur du premier prix ne s’est pas fait connaître; il est prié de s’annoncer à la Direction de l’instruction publique.»
Denis Honegger avait été invité à participer au nom de l’architecte fribourgeois Fernand Dumas, à qui il avait proposé trois projets. Mais celui sélectionné et mis au concours n’était pas son favori. C’est ainsi qu’Honegger a envoyé son propre choix au jury. Au final, les deux architectes remportent le mandat de construction.
L’utilisation du béton constitue une des particularités de l’Université Miséricorde. Les bâtiments ne comptent pas un cm2 de pierre naturelle. «Le béton est le matériau du XXe siècle, mais il a été travaillé ici avec la technique du Moyen-Age. Regardez avec quel amour, quelle patience cela a été fait!» s’enthousiasme Cyrill Haymoz au coin d’un escalier.


Un matériau anobli
Le béton n’est pas lisse, mais ciselé et bouchardé. Ce travail a été effectué à la main sur l’ensemble du bâtiment. «Cela nécessite un soin immense et beaucoup de temps», rapporte Cyrill Haymoz. Chaque jour, jusqu’à 300 ouvriers étaient à l’œuvre sur le chantier.
Le site de Miséricorde, tel qu’on le connaît aujourd’hui, a beaucoup évolué depuis son inauguration. Et pas toujours dans le respect de l’architecture originale. «Il n’y a pas seulement les bâtiments du Moyen Age à préserver», s’alarme Cyrill Haymoz.
Si l’édifice est aujourd’hui classé monument national, son agrandissement a totalement changé sa physionomie. A l’origine, l’Université était ouverte sur la ville et la campagne. Architectural, ce dégagement était surtout symbolique, reliant l’académie à la cité.
Un escalier monumental descendait sur des jardins au-dessus des voies de chemin de fer. Cet élément essentiel sera détruit pour permettre la construction de l’actuelle mensa et la couverture des rails. Si, au premier coup d’œil, ces transformations ne se lisent pas sur la pierre, elles deviennent évidentes pour l’observateur averti. Les proportions des fenêtres sont différentes, le travail du béton n’est pas aussi soigné.
A l’intérieur, de nombreuses retouches ont été effectuées. «La moindre chose peut défigurer l’architecture d’origine», déplore Cyrill Haymoz. Depuis les années 1990, une prise de conscience est née à la suite d’une pétition de l’association Pro Fribourg.


Renseignements et commande: www.fri-archi.ch

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