«Les Bullois ne reconnaissent plus leur ville aujourd’hui!»

| mar, 11. nov. 2014
Jugeant l’aménagement de leur ville anarchique, de plus en plus de Bullois sont en colère. Une association prend la défense des espaces verts et veut faire avorter le projet d’immeubles près de Bouleyres. Elle fait appel à la population.

PAR YANN GUERCHANIK

La rumeur gronde. Aux quatre coins de la ville, on entend le bourdonnement des protestations. «Bulle en proie au bétonnage», «les immeubles poussent partout, n’importe comment», «on va dans le mur», «la qualité de vie se dégrade». A la rédaction de La Gruyère, pas un jour ne passe sans que des lecteurs n’expriment leur désolation.
Les données sont connues: Bulle est agitée par l’une des plus fortes croissances du pays. Le développement de la ville a explosé. La population a doublé, passant de 10000 habitants dans les années 1980 à près de 21000 aujourd’hui. Et ce n’est pas près de s’arrêter. Les projets de logements se multiplient: on donne l’élan pour accueillir 35000 personnes d’ici à 2025.
Il y a quelques années, le chef-lieu gruérien s’affichait au premier rang des villes où il fait bon vivre. Aujourd’hui, on pointe du doigt son aménagement «anarchique», on a même tendance à la traiter de cité-dortoir. Tant et si bien qu’une certaine résistance s’organise.


Nouvelle association
Hier soir, à l’heure d’achever cet article, l’Association pour la défense d’espaces verts de la commune de Bulle (ADEV) tenait son assemblée constitutive. Rencontrés un peu plus tôt, ses membres fondateurs ont bien conscience de donner corps au mécontentement des Bullois.
«Une dame est venue chez moi en pleurant, confie Gérald Gobet. Sa maison est flanquée d’immeubles en construction. “Cette fois, ils m’ont clôturée”, se désespérait-elle.» Le Bullois de 73 ans, ancien conseiller général, s’exaspère devant les bâtiments qui poussent: «Un promoteur ne devrait pas valoriser son bien en ruinant celui des autres.»
A ses côtés, Patrice Morand le dit sans détour: «Les Bullois ne reconnaissent plus leur ville.» Pour Eric Barras, les petites maisons familiales que l’on rase de plus en plus au profit d’immeubles sont un crève-cœur. Tandis que Nicolas Pasquier, quatrième membre fondateur de l’Association, dénonce un développement «absolument pas durable».
L’Association s’engage au niveau communal et au niveau de l’agglomération Mobul. Elle entend lutter pour la préservation d’espaces non construits réservés aux activités de détente et aux sports. «Il faut sauvegarder les espaces paysagers à l’intérieur ou à proximité de la ville: ce sont eux qui donnent à l’agglomération son identité visuelle», affirme-t-elle encore.
Les trois immeubles qu’on s’apprête à construire aux abords de Bouleyres ont sans doute été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis que les gabarits sont visibles, les inquiétudes citoyennes se sont faites plus bruyantes. L’ADEV réunit en fait des opposants directs ainsi que Nicolas Pasquier, qui s’y est opposé au nom du groupe bullois des Verts fribourgeois.
Elle a donc pour principal objectif de faire avorter le projet. Mais d’autres secteurs pourraient attirer ses foudres. Ses membres gardent ainsi un œil particulièrement attentif sur la parcelle de La Toula.


«Des autorités passives»
L’ADEV dirige ses reproches vers le marché immobilier qui s’emballe, mais également vers les autorités communales: «Nous constatons une attitude passive, un laisser-faire, une perte de maîtrise de la situation.» Pour autant, elle n’accuse pas le Conseil communal de tous les maux: «Des décisions antérieures ont été prises et il y est soumis.» Néanmoins, tous s’accordent à dénoncer «un réflexe de refuge derrière les lois et les règlements».
«La planification des lieux publics de délassement est inexistante, signale Nicolas Pasquier. Ceux-ci sont pourtant prévus par la LAT et le Plan directeur d’agglomération. De manière générale, les autorités manquent de vision: on se satisfaisait de la croissance de Bulle.»
Aussi, les quatre membres de l’ADEV s’inquiètent tout autant des conséquences financières et sociales qui attendent la commune: «Un financement de nouveaux équipements à répétition, l’aménagement d’infrastructures coûteuses, un endettement massif, une poursuite incontrôlable des charges sociales…»


Pétition et exigences
L’assemblée de lundi leur aura permis de communiquer leurs exigences. Notamment «un redimensionnement des zones résidentielles en fonction du nombre de places de travail créées». Ceci afin de diminuer l’effet cité-dortoir, explique Patrice Morand. Le député démocrate-chrétien indique également que l’ADEV milite «pour que la population soit correctement informée par les autorités et pour qu’elle puisse participer à l’établissement des plans directeurs.»
Lundi soir, une pétition a également été lancée. Adressée à la préfecture, au Conseil communal et aux services de l’Etat, elle reprend les principaux objectifs  de l’ADEV. Plusieurs centaines de personnes se sont déjà manifestées sur la page Facebook  (www.facebook.com/EspacesVertsBulle).

 

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Trois immeubles dans le viseur
L’Association pour la défense d’espaces verts de la commune de Bulle – fondée par Patrice Morand, Nicolas Pasquier, Gérald Gobet et Eric Barras – poursuit un objectif premier: «Faire en sorte qu’on ne construise pas sur le terrain de l’ancienne entreprise Bultech, en face du stade.» Autrement dit, ils veulent faire avorter le projet de trois immeubles déjà mis à l’enquête. De même, ils s’opposent aux autres bâtiments prévus par la suite entre la rue Auguste Majeux et la forêt de Bouleyres, sur la place du cirque Knie et sur le site WIB.
«Nous souhaitons que ce secteur soit dédié à des activités sportives légères, qu’on en fasse une zone de détente», proclament de concert Nicolas Pasquier et Patrice Morand. Et Gérald Gobet d’ajouter: «Que cela demeure une réserve d’espace vert, il n’y en a plus!» De son côté, Eric Barras voit dans le projet le symbole d’un glissement vers la cité-dortoir: «Bultech s’en va avec ses ouvriers à Enney… à la place, on construit des logements!»
Dans le fond, l’association fonde son opposition sur plusieurs éléments. «Cette zone est peu accessible en transports publics, argumente Nicolas Pasquier. D’après mes calculs, l’arrêt de bus est situé à pas moins de 770 mètres. Ensuite, une seule place de parc est prévue par logement. Or, les couples et les familles auront probablement deux voitures: ce qui impliquera une augmentation du trafic sur le chemin de Bouleyres et sur la rue du Stade, ainsi qu’une surcharge du parking du stade.» Et puis, tempête Gérald Gobet, «on envoie toute cette circulation sur une rue qui compte une des plus grandes écoles primaires du canton».


Principes d’urbanisation à respecter
La suite de son argumentation, l’association la trouve dans le Plan directeur d’agglomération Mobul. «Quand j’ai lu ce document, je suis tombé par terre, tonne Nicolas Pasquier. Il est clair qu’il faut densifier les parties centrales de l’agglomération. Mais le Plan stipule aussi qu’il faut éviter l’étalement urbain, coordonner l’urbanisation avec les transports: cela ne se fait pas, ou pas assez. Surtout, il est précisé que les espaces agricoles et les espaces paysagers à proximité immédiate de l’agglomération doivent être préservés. Parmi ces derniers, Bouleyres est clairement mentionné!»
Et Nicolas Pasquier de marteler: «Les immeubles qu’on veut ériger se situent à l’extérieur du périmètre compact d’agglomération. Si cette zone n’a pas été incluse, il y a des raisons: elle pose des problèmes d’accessibilité et de protection du paysage.» Le Bullois, membre exécutif des Verts fribourgeois, l’assure: «On ne se bat pas pour empêcher la construction d’un immeuble devant un tel, on se bat pour des principes d’urbanisation qui ont été élaborés et qu’il s’agit de suivre.»
Le projet d’immeubles tel qu’il a été amené laisse un goût amer à Eric Barras: «J’ai l’impression d’avoir été trompé. On nous parlait de créer «915 mètres de bonheur» le long de Bouleyres. Les gabarits nous ont vite ramenés à la réalité: alors qu’il faudrait une transition entre la ville et la forêt, on veut créer une frontière sous la forme d’un mur de béton.» YG

Commentaires

Un même contexte se développe à Fribourg, avec une mégalomanie de la construction du dernier m2. Aux Hauts-de-Schiffenen, dernière vraie zone de détente, de vert, où le renard a encore cité, un méga-projet "propre en ordre" de 3'000 nouveaux habitants, avec 6'000 mouvements /vhc par jour est en cours. Il est indispensable qu'une mobilisation citoyenne, comme à bulle, se mette en route !
C'est dans notre ex-Verte Gruyère qu'il y a un gros changement démographique depuis plus de dix ans! Mais il y aura bientôt plus d'hôpital à Riaz, transformé en centre de gériatrie! Qui soignera cette nouvelle population qui s'installe En Gruyère?? ...HFR de...Fribourg!! les autorités gruèrienne, qui n'ont plus un mot à dire, depuis longtemps face au Conseil d'état Fribourgeois.
Je l'avais déjà dit, il y a plusieurs années ! "Si vous écoutez les élites politiques et les élites économiques, ils sont de mèche pour vous bétonner une grande partie de votre territoire. Les politiques (à l'ego surdimensionné) sont sous pression des patrons qui font beaucoup d'argent avec une mains d'œuvre venue de l'étranger, et corvéable à souhait." Maintenant, il est trop tard. Vous allez ressembler à Genève ou Lausanne...et tous les problèmes sociaux qui vont avec, bienvenue au club ! Fallait écouter. Mais vous n'écoutiez pas à l'époque…trop occupé d'en finir avec la paysannerie. Votre naïveté de l'époque me fait de la peine aujourd'hui ! Solution : -éventuellement Ecopop… C'est vous qui voyez !

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