Avec Dimitri, le clown reste un éternel enfant rieur

| mar, 18. nov. 2014
Dimitri est en tournée avec un spectacle solo qui reprend les temps forts de sa carrière. Interview du plus célèbre clown suisse, de passage mercredi à CO2.

PAR ERIC BULLIARD

En 1959, Dimitri créait son premier spectacle solo. Cinquante-cinq ans plus tard, à 79 ans, il est toujours là, visage blanc, cheveux raides, large sourire. Dimitri clown, qu’il présente seul sur scène à travers la Suisse, reprend les temps forts de ses trois spectacles solo, Porteur, Teatro et Ritratto. Entretien avant son passage demain à la salle CO2 de La Tour-de-Trême.

Qu’est-ce qui vous a motivé à repartir dans une aussi longue tournée à travers la Suisse?
Je n’ai jamais arrêté les tournées, mais, cette fois-ci, l’idée était de proposer un autre spectacle, avec des éléments anciens, donc pas complètement nouveau: un tiers est inédit, et deux tiers sont des «classiques».

Comment avez-vous sélectionné ces classiques?
Ce n’était pas facile, parce qu’au fond j’aime tout ce que j’ai fait… Ma fille m’a aidé à choisir. Souvent, on me demande si j’ai des numéros préférés, mais non: c’est le spectacle entier que je préfère. Si certains numéros n’étaient pas mes préférés, je ne les ferais pas. Je crois que cette sélection permet de montrer un panorama de mon travail sur cinquante-cinq ans.

Vous avez puisé dans vos trois spectacles solo, Porteur, Teatro et Ritratto: quelle place occupent-ils, parmi tant d’activités?
C’était mon activité principale. C’est vrai que j’ai fait pas mal de choses à côté: j’ai tourné au cirque, j’ai joué le diable dans L’histoire du soldat de Ramuz et Stravinsky, j’ai fait un spectacle avec la Famiglia Dimitri, qui nous a permis de tourner en Europe et de débarquer à Broadway. J’ai joué un Beckett, je chante toujours régulièrement des chansons populaires tessinoises avec mon copain Roberto. Mais le spectacle solo est resté ma spécialité. Mon rêve a toujours été de proposer un spectacle entier, seul sur scène, en tant que clown, comme Marceau le faisait en tant que mime.

A travers les années, avez-vous l’impression que votre public a changé?
Je ne trouve pas: les gens aiment rire et il reste un public qui apprécie le côté poétique, naïf. Aujourd’hui, on voit dans l’humour une tendance à la «stand up comedy». C’est un style plus agressif, qui a sa valeur et qui fait rire, mais mon genre de clownerie reste hors du temps. Je suis chanceux: je trouve extraordinaire d’avoir toujours un public enthousiaste, dont on peut dire qu’il a traversé les siècles, puisque j’ai joué au siècle passé…

A vos yeux, qu’est-ce qui fait un bon clown?
Il peut être mélancolique, poétique, mais il doit quand même principalement faire rire. La caractéristique des clowns, c’est que chacun a sa propre silhouette, son propre style et y met beaucoup de sa person-nalité. Un acteur doit souvent jouer des rôles qui ne correspondent pas à son caractère ou à son corps. Le clown, lui, essaie de rester fidèle à ses talents, à son tempérament. Il doit trouver un personnage qui colle à sa personne. Après, il faut une sacrée discipline, pour répéter tous les jours, pour rester en forme et s’améliorer.

Votre nom est aussi associé à l’école de «théâtre de mouvement» que vous avez créée en 1975: parmi ces élèves, sont-ils nombreux à s’intéresser au clown?
De temps en temps, un ou une étudiant(e), qui a un don pour le comique, se dirige vers la clownerie, mais il y en a très peu. Je suis étonné que même des étudiants très doués ne la choisissent pas comme métier. Je n’ai pas d’explication, mais je crois que les jeunes artistes aujourd’hui préfèrent le théâtre. Ils veulent que ça soit dramaturgique, intellectuel, intéressant, sophistiqué… La clownerie leur semble trop naïve.
 
Ce manque de relève vous fait-il craindre que le clown puisse disparaître un jour?
Non, parce qu’il en reste toujours quelques-uns qui choisissent ce métier et, curieusement, il n’y a jamais eu beaucoup de clowns. Je crois que le clown ne mourra jamais: il provoque un rire plutôt rare et les gens aiment les raretés. Les films de Chaplin, par exemple, sont très naïfs, mais tellement drôles. Le côté enfant qui joue est éternel.

En plus de Chaplin et Marceau, vous avez rencontré de nombreux artistes…
Oui, c’est la grande chance de ma vie: j’ai rencontré beaucoup de personnalités, qui m’ont énormément appris. Par exemple, je suis devenu ami avec Yehudi Menuhin: je ne suis pas violoniste, mais je me sentais proche de sa philosophie, de sa personnalité, de sa manière de vivre et d’interpréter l’art. Faire de la musique, du théâtre ou un autre art, c’est pareil: il faut travailler, s’exprimer, être honnête, bon et exigeant.

Comment réagissez-vous aux récentes affaires de clowns violents, notamment en France?
Ça m’a beaucoup attristé, parce que c’est une perversion de notre beau métier. Le clown est noble, doit être bon, s’exprimer avec le cœur, avec gentillesse et humour. Et là, c’est absolument le contraire, c’est horrible. Il y a déjà eu au cinéma des personnages de clowns criminels, comme dans Batman et je trouve ça triste.


La Tour-de-Trême, salle CO2, mercredi 19 novembre, 20 h. Réservations: Office du tourisme de Bulle, 026 913 15 46.
Aussi à Corpataux, La Tuffière, vendredi 21 novembre (complet)

 

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Une vocation née à l’âge de 7 ans
En 1942, Dimitri Jakob Müller, 7 ans, assiste à une représentation du cirque Knie, à Ascona, dans son Tessin natal. Un numéro, surtout, l’impressionne et décide de sa vocation: il sera clown. Durant son apprentissage de potier, il suit des cours d’art dramatique, de ballet, de musique, d’acrobatie. Dimitri se rend ensuite à Paris, où il devient notamment élève du mime Marcel Marceau.
De retour en Suisse, il joue son premier spectacle solo en 1959. A trois reprises, Dimitri tourne également avec le cirque Knie. En 1971, avec son épouse Gunda (dont il est tombé amoureux à 12 ans), Dimitri fonde à Verscio (TI) le Teatro Dimitri. Quatre ans plus tard, il crée la Scuola Dimitri, récemment devenue Accademia.
Clown le plus célèbre de Suisse, Dimitri a joué sur les scènes du monde entier, aux Etats-Unis comme en Amérique du Sud, au Japon comme en Australie. En 2006, il réalise un rêve: dans La Famiglia Dimitri, il monte sur scène aux côtés de ses filles Masha et Nina, de son fils David et de son gendre Kai Leclerc. En début d’année, il a reçu des mains de la conseillère fédérale Doris Leuthard le «Lifetime Award» au Swiss Award Gala. EB

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