La Gruyère doit miser sur le tourisme d’expérience

| jeu, 13. nov. 2014
Cette année, les états généraux de la Gruyère sont consacrés au tourisme qui, vu les temps qui courent, doit se réinventer.

PAR JEAN GODEL

Pour leur troisième édition, après la mobilité en 2012 et l’aménagement du territoire l’an dernier, les états généraux de la Gruyère seront consacrés vendredi au tourisme. Avec cette question stratégique en point de mire: quelles réorientations touristiques pour les régions préalpines? Professeure à la Haute Ecole de gestion & tourisme de Sierre, Marie-Françoise Perruchoud-Massy sera l’une des intervenantes et évoquera le tourisme gruérien face aux nouvelles tendances. Interview.

Quelles sont les nouvelles tendances du tourisme?
La Suisse régresse, par rapport aux autres destinations du monde, du 5e rang en 1950 au 29e en 2010. Nos concurrents directs se défendent bien: la France reste au premier rang et l’Autriche, qui ressemble un peu à la Suisse, se maintient entre le 10e et le 11e rang. En Suisse, les nuitées hôtelières ont tendance à régresser depuis 2008. Même si l’on annonce une amélioration pour les deux années à venir, mais avant tout dans les villes et les destinations rurales. Ce sont les destinations alpines qui ont le plus de peine.

La solution, c’est la ville à la montagne, comme à Andermatt?
Le tourisme de masse est en voie de disparition. On veut aujourd’hui de l’authentique, des contacts avec les gens du coin, se souvenir de son séjour, et pas seulement consommer des prestations. C’est ce que l’on appelle le tourisme d’expérience. Il y a là un champ d’activités au potentiel extraordinaire. Mais c’est un gros défi à relever.

La Gruyère a-t-elle des atouts?
Oui. Des régions comme la Gruyère, différentes des villes, ont là une niche à explorer.

Vu le réchauffement climatique, quelle voie doit choisir la Gruyère: l’été, l’hiver, les deux?
Il faut plutôt miser sur le grand été, en moyenne montagne comme dans les Alpes. Donc d’avril à octobre. Mais pour cela, il faut des produits – j’en reviens au tourisme d’expérience: des festivals, des activités liées à la culture et aux produits du terroir – et impliquer des gens aux connaissances pointues, sans verser dans le kitsch. Enfin, n’oublions pas les activités sportives, mais qu’il s’agit d’ouvrir aux clientèles autres que régionales.

La Gruyère peut-elle pour autant renoncer aux canons à neige?
Pour renouveler les installations, les banques exigent désormais qu’on puisse skier chaque année. Maintenant, cela a-t-il du sens dans les Préalpes, en dessous de 1800 mètres? La question se pose vraiment. C’est un choix non plus financier, mais stratégique. Même si, à Fribourg, il y a des microclimats: ce n’est pas qu’une question d’altitude.

L’Autriche fait un effort immense sur la qualité de l’accueil, notamment des familles. Une piste?
Comment mettre de la valeur à un séjour chez nous? Si on arrive à entrer en contact avec l’hôtelier, le garçon de café, l’employé du magasin, les habitants, tout ce qui fait l’accueil, cela a une valeur extraordinaire. Et là, la Suisse a des efforts à faire. Dans de nombreuses régions, on a oublié la valeur de l’échange, de la disponibilité. Dans certaines villes, il se crée des groupes d’habitants prêts à accompagner les touristes, ce sont les greeters. Des gens attachés à leur coin et prêts à transmettre ce qu’ils sont.
Un autre créneau en Gruyère, oui, c’est le tourisme familial, avec des activités intégrant des jeux pour les enfants – ce qu’on retranscrit dans cet anglicisme de «gamification». La Gruyère ne va jamais former des sportifs d’élite, elle s’adresse plutôt aux familles et aux seniors.
Il manque en Suisse des produits ciblés sur la clientèle recherchée. Il ne suffit plus de vanter la beauté de nos montagnes et le nombre de kilomètres de sentiers pédestres. Il ne faut plus vendre, mais faire acheter, en proposant des offres variées. L’idée, c’est que les gens, en rentrant chez eux, racontent à leurs proches: “Tu ne te rends pas compte de ce que j’ai vécu!”»

 

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Conférences et table ronde
Ouverts au public, les états généraux de la Gruyère ont lieu demain vendredi à l’Hôtel de Ville de Bulle, de 13 h 30 à 17 h. Organisés par l’Association régionale la Gruyère (ARG), ils réuniront le préfet Patrice Borcard, président de l’ARG, la climatologue Martine Rebetez, le directeur de l’Union fribourgeoise du tourisme Thomas Steiner, Nina Liechti (Biosphère Unesco de l’Entlebuch), Ueli Stückelberger (Remontées mécaniques suisses), Antoine Micheloud (Gruyères-Moléson-Vudalla), Raoul Girard (président de La Gruyère Tourisme), enfin Marie-Françoise Perruchoud-Massy (HES-SO Valais). A 16 h 15, une table ronde sera animée par La Gruyère. JnG

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