Plus de cent ans après sa mort, Marcello livre quelques secrets

| jeu, 06. nov. 2014
Les sculptures, mais aussi les peintures et les écrits de l’artiste fribourgeoise Marcello font l’objet d’une grande exposition.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

Femme, fribourgeoise et surtout artiste: Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione Colonna, plus connue sous le nom de Marcello, est la vedette de la nouvelle exposition du Musée d’art et d’histoire de Fribourg (MAHF). Le vernissage est prévu ce soir et les œuvres seront accessibles au public dès demain jusqu’au 22 février.
L’exposition aura plusieurs vies puisqu’elle sera reprise par le Musée Vincenzo Vela de Ligornetto au Tessin, le Musée des Suisses dans le monde à Penthes et le palais de Compiègne en France. A chaque étape, un thème différent sera développé et de nouvelles œuvres seront présentées.
A Fribourg, l’exposition suit la vie de Marcello, de sa naissance à Givisiez à sa mort en Italie, en passant par ses nombreux voyages, ses activités artistiques et mondaines et son mariage à Rome. Entre cour et bohème, les œuvres témoignent des différentes facettes de l’artiste. L’exposition fait également la part belle aux artistes que la Fribourgeoise a côtoyés.


Vide de trente ans
Cela faisait plus de trente ans qu’aucune rétrospective n’avait été consacrée à Marcello. Les recherches, menées dans cet intervalle, offrent pourtant un éclairage nouveau sur les conditions de création au XIXe siècle. Plusieurs études se sont aussi intéressées à la célèbre sculptrice fribourgeoise. La Fondation Marcello a déposé une partie de ses fonds aux archives de l’Etat, ce qui a rendu une foule de documents inédits accessibles.
Près de 200 œuvres sont exposées à Fribourg, dont une cinquantaine de sculptures. «Les bustes peuvent peser jusqu’à 250 kilos», rapporte Caroline Schuster Cordone, directrice adjointe du MAHF, soulignant la complexité technique de cette exposition.
Un portrait en pied de Marcello par Edouard Blanchard accueille le visiteur à son arrivée. L’aspect monumental du tableau est encore accentué par son cadre, restauré pour l’occasion. L’artiste, qui pose fièrement, a composé un texte pour accompagner cette toile. Et pour elle, il semblait essentiel que l’œuvre «donne bien l’idée d’une grande artiste».
«Marcello a beaucoup souffert d’être une femme, rapporte Caroline Schuster Cordone. Elle n’avait pas accès aux formations dans la sculpture et la peinture.» Adèle d’Affry a su passer outre les difficultés de son époque. Elle a bénéficié d’initiations au dessin et de cours de sculpture avec l’artiste suisse Heinrich Imhof. Le Français Auguste Clésinger deviendra son mentor à ses débuts.
Cette détermination se retrouve dans ses écrits. «Oui, je suis un bas bleu, une artiste, une femme d’esprit, c’est-à-dire un tyran, et l’on ne se doute pas de la bonne petite créature qui est là-dessous. Eh bien, l’artiste fera exprimer au marbre, à la toile, ses sensations et ses peines.»  
Adèle d’Affry décide de devenir artiste à 20 ans, alors qu’elle vient de perdre son mari. Dans la section de l’exposition dédiée à ses débuts, le visiteur peut admirer une sculpture de Bianca Capello, présentée au Salon de Paris en 1863. Pour sa première grande confrontation avec le public, la duchesse Colonna tente de cacher son statut social en prenant le pseudonyme de Marcello. Mais les critiques ne sont pas dupes. Commence alors une vie partagée entre la cour et  la création.


Influences
Le MAHF s’est intéressé aux influences qui ont mené Marcello à son chef-d’œuvre, la Pythie, dont une version réduite est exposée à Fribourg. Dans cette statue se retrouve la fascination de l’artiste pour la figure de l’Africain et le corps féminin noir. Deux autres bustes, celui d’un Chef abyssin et d’une Mauresque souriante permettent de mieux comprendre ces influences. «La fébrilité qui se dégage de la Pythie se retrouve dans la Mauresque», souligne Caroline Schuster Cordone.
A partir de 1870, il devient difficile pour Marcello, atteinte dans sa santé, de s’adonner à la sculpture. Elle se consacre alors à la peinture. L’exposition montre une part de ce travail largement méconnu. On y trouve aussi des œuvres d’artistes que Marcello a admirés et fréquentés. Eugène Delacroix, Gustave Courbet, qui a réalisé son portrait, et Jean-Baptiste Carpeaux en sont quelques exemples.
Marcello décède en juillet 1879, à l’âge de 43 ans, emportée par la tuberculose. «Cette femme touchante, morte beaucoup trop tôt, n’aura eu une période d’activité que de vingt ans», déplore encore Monique von Wistinghausen, une des descendantes de la famille d’Affry, présidente de la Fondation Marcello.

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