Le Conseil bullois concède une crise et instaure une task force

| jeu, 04. déc. 2014
Le Conseil communal de Bulle déplore une «rupture de collégialité» de deux de ses membres. Et annonce la création d’une task force. Interview d’Yves Menoud.

PAR JEAN GODEL

C’est la réponse du berger à la bergère: mis en cause vendredi par deux de ses trois membres socialistes, Raoul Girard et David Seydoux (La Gruyère de samedi), le Conseil communal de Bulle dénonce dans un communiqué «un comportement déloyal et une attitude partisane». Il accuse les deux francs-tireurs d’avoir rompu la collégialité.
Mais lors de sa séance de mardi, l’Exécutif a aussi décidé l’institution d’une task force pour répondre aux inquiétudes de la population en matière d’aménagement. Cette structure, qui pourrait durer jusqu’à la fin de la législature, sera composée de représentants du Conseil communal, de la commission d’aménagement démissionnaire, de la nouvelle Association pour la défense des espaces verts et de Mobul.
Elle fera aussi appel à un bureau d’urbanisme externe et à un spécialiste du droit de l’aménagement du territoire et pourra s’appuyer sur l’administration communale et un secrétariat propre. Son rapport sera présenté au Conseil général de mai 2015. Il devra faire un état des lieux et fournir un catalogue de mesures juridiques et réglementaires susceptibles «d’influer sur l’aménagement bullois». Le syndic de Bulle Yves Menoud s’en explique.

En quoi Raoul Girard et David Seydoux auraient-ils rompu la collégialité?
Le Conseil communal a estimé, même si on se trouve là dans une zone grise, que le principe de collégialité n’avait pas été respecté dans la mesure où l’on tire à boulets rouges sur l’Exécutif. Le Conseil est donc très irrité de cette façon sournoise de procéder.

Le climat actuel permet-il de continuer à travailler ensemble?
Tout à fait. On a affaire à des gens intelligents. Mais les socialistes ont lancé la campagne électorale prématurément, à un mauvais moment.

La crise a éclaté au sein de la population depuis longtemps…
Bien sûr. Le Conseil communal était conscient de ses inquiétudes. On n’en a peut-être pas pris la mesure exacte, mais ces affaires successives nous ont montré qu’il fallait agir vite.

Acceptez-vous le reproche de passivité dans ce dossier?
Pas du tout! Notre mission est de mettre en œuvre le PAL dont la révision a débuté en 2001 pour n’être approuvée que fin 2012. Or, deux ans après son entrée en vigueur, j’estime que les dossiers arrivés sur notre bureau couvrent déjà environ la moitié des surfaces de développement prévues sur quinze ans. C’est cette rapidité qui a surpris les Bullois, mais aussi les autorités. La première tâche de cette task force sera donc de faire un état de la situation. Pierre-Alain Rumley (n.d.l.r.: l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’aménagement du territoire) est l’un des spécialistes de l’aménagement auquel pense le Conseil communal. L’article paru à son sujet dans La Gruyère le 15 novembre donne des pistes que nous aimerions creuser.

La task force remplacera-t-elle la commission d’aménagement?
Non. Ce mercredi, le Conseil communal a eu la première rencontre informelle avec la commission d’aménagement. Les échanges ont été nourris, durs aussi, mais très cordiaux. Etant tous conseillers généraux, les membres démissionnaires ont accepté que quelques-uns participent à la task force en tant que membres du Législatif. Il appartiendra au Conseil général de nommer une nouvelle commission. La task force sera, elle, constituée dès la semaine prochaine.
Le Conseil communal a aussi décidé de mettre sur pied au moins trois séances de réflexion stratégique par an avec la commission d’aménagement. Aujourd’hui, la stratégie ne fait pas partie de ses attributions. Nous avons décidé de la lui donner.

Vous annoncez aussi la présence, dans la task force, d’un bureau d’urbanisme externe. Ce ne sera donc pas Team+?
Non. Il faut bien voir qu’avec un seul bureau, on a un suivi et une vision d’ensemble. Mais pour d’autres projets comme la future voie verte, on travaille avec d’autres bureaux. Et puis il y a les mandats d’étude parallèle, voulus par la commune, qui confrontent les visions de plusieurs bureaux. C’est vrai que la commune n’en a pas la maîtrise totale, mais c’est une démarche volontaire des propriétaires. On verra avec la task force si l’on peut procéder autrement.

Comment mieux impliquer la population?
L’idée serait de faire à l’image de Bulle Sympa, avec une organisation qui irait à la rencontre des gens pour réfléchir à l’aménagement, quartier par quartier.

Le Conseil communal agit-il sous pression?
Non, nous étions déjà bien conscients des problèmes. Il est vrai que nous n’avions peut-être pas tous les moyens d’y répondre. Mais la crise a servi de catalyseur.

En fustigeant l’attitude du PS, n’entrez-vous pas vous aussi en campagne électorale?
Non. Bulle grandit très vite… Nous, on gère. Et même bien: notre planification financière est bonne et notre budget 2015 tout à fait supportable. Il faut aussi souligner que Bulle connaît une bonne qualité de vie sans subir d’incivilités. Certes, nous vivons une véritable crise, mais sans débordements sociaux.

 

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Sylvie Magne: «J’ai été instrumentalisée»


PAR JEROME GACHET
Sylvie Magne est déçue. Elle ne veut pas être associée à la résolution présentée vendredi par le Parti socialiste en présence, notamment, de deux conseillers communaux (La Gruyère du 29 novembre). Lors de ce point presse, il avait été dit qu’elle était absente, mais qu’elle cautionnait la démarche.

Pourquoi n’étiez-vous pas présente à la conférence de presse du PS vendredi?
En raison d’une obligation professionnelle incontournable.


Mais souhaitiez-vous être associée à la démarche qui a été présentée vendredi?
Mon collègue au Conseil communal Raoul Girard m’a dit qu’il serait question de thèmes généraux sur l’aménagement et la mobilité, mais a priori rien qui concerne directement le Conseil communal… Je voyais cette conférence de presse comme un recensement de toutes les actions du PS sur le sujet. Je ne m’attendais pas à ce que l’on s’en prenne au Conseil communal. Par ailleurs, je ne trouvais pas très opportun de l’organiser deux jours après la séance de conciliation entre la commission d’aménagement et l’Exécutif. J’ai eu l’impression d’avoir été tirée dans un traquenard.

Quel a été votre sentiment quand vous avez compris de quoi il retournait?  
J’ai failli m’étouffer avec ma tartine en ouvrant le journal samedi matin. Il était écrit que j’avais participé à l’élaboration d’une résolution en dix points, ce qui est faux. D’ailleurs, à ce moment, je n’avais pas reçu le projet de résolution qu’on me promettait depuis deux jours. Ce qui m’a le plus blessée, c’est d’avoir été instrumentalisée par ma famille politique. J’ai décidé d’écrire au Conseil communal.

Que dites-vous dans cette lettre?
La vérité. J’ai insisté sur le fait que je n’avais pas participé à la rédaction d’une quelconque résolution, que je n’avais rien signé ni adopté. J’ai enfoncé le clou pour dire qu’étant membre de la commission technique et d’urbanisme, j’assumais tout ce qui a été initié et décidé par le collège.


Quel est votre sentiment par rapport au PS?
A la suite de cette séance, je m’attendais à ce que quelqu’un du parti me contacte, mais j’ai dû déchanter. J’aurais apprécié des excuses de manière à pouvoir passer à autre chose de plus important. Mercredi, j’apprends qu’un communiqué du PS a été envoyé aux médias de la région. Premièrement, je n’y ai pas été associée. Je ne l’ai d’ailleurs toujours pas reçue. Deuxièmement, aucune ligne ne me concernait afin de me disculper. J’ai l’impression d’être un kleenex.

Avez-vous envie de démissionner du PS?
J’aime bien faire les choses de manière réfléchie, mais je pense que la réponse se donne pratiquement d’elle-même…

Avez-vous l’impression que votre parti vous a lâchée?
Je me demande s’il m’a soutenue. C’est lui qui est venu me chercher. J’étais apolitique. J’estime avoir effectué du bon travail pour la collectivité, du moins j’ai fait de mon mieux, et je ne verrais dès lors pas pourquoi il me lâcherait. Je trouve que certains membres du parti ont fait preuve de mépris et d’une inconsidération envers ma personne.

Revenons à la résolution sur l’aménagement que vous avez finalement obtenue. L’auriez-vous signé?
Non, je trouve qu’elle est très mal rédigée. Il aurait fallu la retravailler de fond en comble.

 

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Bien, mais peut mieux faire
Prise à partie, la bergère renvoie à son tour la balle au berger. Par voie de communiqué, la section bulloise du Parti socialiste dénonce la «tentative d’intimidation» de la majorité bourgeoise du Conseil communal sur deux de ses membres. A ses yeux, il n’y a pas eu rupture de collégialité vendredi dernier, en conférence de presse: Raoul Girard et David Seydoux n’ont ni dévoilé les votes internes ni pris leurs distances par rapport à des décisions du Conseil communal, mais se sont «bornés à des propos généraux sur la région». Le PS remercie même ses élus «d’avoir contribué à crever l’abcès» avec leurs critiques publiques sur le développement de la région.
Cela dit, la section salue la création d’une task force par un Exécutif «aiguillonné» par les propositions socialistes et «déstabilisé» par la démission de la commission d’aménagement. Elle y voit un «aveu d’échec» de la majorité bourgeoise – en charge du dossier depuis des décennies à Bulle – aveu qui constitue les «bases d’un nouveau départ en matière d’aménagement». Le PS regrette toutefois les missions trop étriquées assignées à cette task force et réclame un «large débat politique» et un échange «ouvert et direct» avec la population. jng

 

 

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