Ce drôle de début d’hiver rappelle la saison 2006-2007

| jeu, 08. Jan. 2015
Le manque de neige (d)étonne dans le paysage hivernal. Le phénomène n’est pas sans rappeler l’hiver 2006-2007. Eclairage.

PAR THIBAUD GUISAN

Deux centimètres. En cinquante et un ans de mesures, la couche de neige n’a presque jamais été aussi mince un 5 janvier à Plan-Francey. Au pied du Moléson, à 1520 m, la moyenne à cette période de l’année est de 49 cm, selon les données de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches de Davos.
Il n’y a qu’en 1990, 1988 et 1976 que la situation avait été pire, avec un zéro pointé. En comparaison: 50 cm avaient été mesurés en 2012, 35 cm en 2013 et 45 cm en 2014. Le coup de sonde est peut-être anecdotique. Il reflète une réalité qui ne l’est pas: ce drôle de début d’hiver 2014-2015 qui baigne les Préalpes fribourgeoises. Depuis dimanche, les remontées mécaniques des stations gruériennes et veveysannes sont à l’arrêt, dans l’attente de jours plus enneigés.


La douceur de janvier
Pour se rassurer, les plus philosophes se disent qu’ils en ont vu d’autres. «Il n’est pas exceptionnel de devoir fermer une semaine en janvier», affirme Antoine Micheloud, directeur de la station de Moléson. Le hic, c’est que la tendance n’est pas très réjouissante. Un peu de neige pourrait bien tomber ce week-end, mais normalement au-dessus de 1500 m, selon MétéoSuisse.
Pour le reste, la douceur risque bien de perdurer et de placer haut la barre du zéro degré et la limite des chutes de neige. «Le signal montre une tendance plutôt chaude, avec des températures au-dessus des moyennes de saison jusqu’à la fin janvier pour toute l’Europe continentale», annonce André-Charles Letestu, météorologue auprès de MétéoSuisse.


Les courants d’ouest
Le phénomène s’explique. Les Préalpes et la Suisse en général sont influencées par des courants d’ouest. «Ils sont fréquents en janvier, précise le météorologue. La différence est que, cette année, ces courants sont situés plus au nord du continent. Les afflux d’air froid sont donc moins importants. Au contraire, un air plus doux que d’habitude est entraîné vers nos régions. Nous sommes également proches de l’anticyclone des Açores qui fait que les perturbations ne sont pas très actives.»
Pas forcément extraordinaire – les hivers étant d’une grande variabilité dans les Préalpes – la situation rappelle l’hiver 2006-2007. Pour les stations fribourgeoises, cette saison-là fait date: elle reste l’une des pires de leur histoire. «Il y avait eu beaucoup de précipitations, mais beaucoup sous forme de pluie, rappelle André-Charles Letestu. Le peu de neige qui était tombé début janvier avait été lessivé.» A Château-d’Œx, à 1000 m, où MétéoSuisse dispose d’une station de mesures, il avait ensuite neigé le
23 janvier, puis quelques jours épars: mi-février et fin février, puis début et mi-mars.
Lors de l’hiver 2006-2007, La Berra n’avait pu proposer que 52 jours de ski à ses clients et ce grâce à ses canons à neige. «Alors que la moyenne de ces dernières saisons est à 100 jours, précise Philippe Gaillard, chef d’exploitation adjoint. Nous n’avions pas pu fonctionner durant les fêtes de fin d’année. Par contre, on avait travaillé en février.» De leur côté, Les Paccots n’avaient ouvert que 17 jours, ce qui n’était pas arrivé depuis l’exercice 1989-1990 (16 jours).


Signaux incertains
Un autre hiver avait été marqué par peu de précipitations: la saison 2010-2011. Une tendance que rappellent les données de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches à Moléson et au col du Jaun. «Le phénomène était différent, explique André-Charles Letestu. Il avait encore moins neigé qu’en 2007, mais la couche était restée. Elle n’avait pas été lessivée par des pluies.»
Le scénario de l’hiver 2006-2007 se répétera-t-il, avec des flocons au compte-gouttes? Le météorologue ne se prononce pas. «Honnêtement, les signaux ne sont pas clairs à partir de début février. Des fronts vont passer, mais il est difficile de prévoir la neige qu’ils vont apporter en moyenne montagne. A ce jour, on ne peut pas dire que l’hiver est fichu.»

 

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Entre 20 et 40 centimètres nécessaires
«On repart à zéro.» A Charmey, le directeur des remontées mécaniques Guy Morier estime qu’il faudra 30 à 40 centimètres de neige fraîche pour skier à nouveau. A Rathvel et à Moléson, les responsables disent pouvoir se contenter de 20 à 30 cm pour redémarrer. «Il y a des endroits où il reste une petite couche», indique Antoine Micheloud, directeur de Moléson.
Pour l’heure, les stations gruériennes et veveysannes ont dû se contenter de six ou sept jours d’ouverture entre le dimanche 28 décembre et le samedi 3 janvier. «C’est un triste début de saison. Il faut avoir le moral», confie Renée Genoud, présidente de Monte-Pente Corbetta SA. La responsable de la station des Paccots estime qu’il faudrait «en tout cas quarante centimètres de neige fraîche» pour rouvrir les téléskis.
Le problème de ce début d’hiver: l’absence de fond. «On a eu une bonne couche de neige, reconnaît Philippe Gaillard, chef d’exploitation adjoint à La Berra. Jusqu’à 40 cm sont tombés, mais c’était de la poudre. La neige était très froide. Elle est très difficile à travailler et n’adhère pas au sol. En début de saison, il faut de la neige mouillée pour créer un fond correct.»
Lors de l’hiver 2006-2007, Bellegarde avait pu tirer son épingle du jeu. Alors que la plupart des stations voisines étaient fermées, la petite station de la vallée de la Jogne faisait figure d’exception: grâce à son microclimat et à ses canons à neige, elle avait «récupéré» nombre de skieurs. Cet hiver, pas de Sonderfall: la station est au même régime minceur. «On attend la neige», lance le responsable Thomas Buchs. Avec la pluie tombée, la neige s’est transformée en glace. «C’était trop dangereux de laisser les pistes ouvertes.»


Trop doux pour les canons
Les six canons à neige de la station – cinq sur la piste Schattenhalb et un sur le petit téléski du bas – peinent à produire de l’or blanc. «On essaie, mais il fait trop chaud. La nuit, la température descend tout juste jusqu’à –1 ou –2°C. Or, il faudrait –4 ou –5°C pour un bon rendement. Et produire de la neige seulement la nuit ne suffit pas. Il faudrait pouvoir faire tourner les canons aussi la journée.»
La Berra, qui dispose d’une vingtaine de canons, est confrontée au même phénomène. «Les températures sont douces la nuit, constate Philippe Gaillard. Il fait plus froid en plaine qu’en montagne. Nous avons pu fabriquer un peu de neige, mais pas suffisamment pour recouvrir les pistes.»


Bellegarde soigne son moteur
A Bellegarde, le téléski Schattenhalb n’aurait de toute façon pas pu fonctionner. En cause: un problème de moteur intervenu vendredi 2 janvier. «Il a fallu tout le démonter, explique Thomas Buchs. Il sera prêt à la fin de la semaine.»
Pour l’heure, les responsables des stations disent avoir assuré l’essentiel avec ces quelques jours d’ouverture durant les fêtes. Une période qui assure en général un tiers du chiffre d’affaires hivernal. Dans l’immédiat, quelques stations espèrent attirer des piétons: Moléson ouvre jusqu’à la fin de la semaine, puis avisera. Charmey a prévu de faire fonctionner sa télécabine ce week-end, alors que La Berra décidera selon la météo. TG

 

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