Inutile de sortir la tondeuse, même si le gazon pousse

| mar, 13. Jan. 2015
Un hiver clément n’a pas que de mauvaises conséquences. Notamment sur les oiseaux qui ont fait le pari de ne pas migrer. Ou sur le gazon, qui se croit au printemps.

PAR PRISKA RAUBER

Un week-end de janvier, 15 degrés, des prairies d’altitude sans neige. Les skieurs désolés, la faune enjouée.

Cerfs, chevreuils
«Ce temps clément est nettement bénéfique aux cerfs, chevreuils et autres chamois, confie le garde-faune Pierre Jordan. Vu qu’il n’y a pas de neige, ils utilisent beaucoup moins d’énergie pour se déplacer et trouvent la nourriture plus facilement.» Par exemple, les cerfs qui étaient d’habitude cantonnés en cette période dans les couloirs d’avalanche au-dessus de Bellegarde ont pu occuper un territoire plus sûr, dans les hauteurs.
Par contre, inutile que les chasseurs se frottent les mains. La population de chevreuils ou de sangliers ne devrait pas nécessairement gonfler. Certes, la douceur de l’hiver diminue les dégâts, mais depuis un demi-million d’années qu’ils existent, ces animaux ne sont pas à ce point sensibles aux aléas météorologiques. «Ce sont davantage les dérangements provoqués par l’homme qui influencent leur population», poursuit le garde-faune. Donc, là aussi, le manque de neige leur est bénéfique, vu qu’il y a beaucoup moins de monde en montagne, même s’il y fait dix degrés.

Abeilles
En périodes douces, les abeilles peuvent sortir de la ruche, notamment pour faire caca. «Des sorties hygiéniques, qui représentent un plus pour la santé de la ruche», précise le biologiste Paul Page. D’ordinaire, les ouvrières d’hiver – que la reine a pondues en été, et dont le rôle est de nourrir la reine et les larves, nettoyer la ruche et former la grappe hivernale destinée à former une isolation contre le gel – ne sortent pas.
Revers de la médaille, le temps clément peut indirectement favoriser le développement du varroa, parasite des abeilles. «Si l’hiver se termine plus tôt, les abeilles commenceront leurs activités, dont la ponte, plus tôt, ajoute le biologiste. Comme le varroa se reproduit sur les larves, il aura ainsi l’occasion d’augmenter ses cycles de reproduction puisqu’il aura déjà des larves à disposition.» La possibilité d’une vingtaine de cycles au lieu d’une dizaine par an. Quand la larve est devenue abeille, l’acarien suspend sa reproduction et vit sur l’ouvrière en attendant de pouvoir retourner sur une larve. La population de varroa sera donc plus importante dès l’année suivante.

Oiseaux migrateurs
La Gruyère, sise à une altitude passablement élevée (800 m pour Bulle) accueille déjà des oiseaux censés se tenir au chaud au sud de l’Europe, voire sur le continent africain. «Comme les bergeronnettes grises, qu’on ne voit d’ordinaire pas ici en hiver, indique le biologiste Jérôme Gremaud. Et j’en ai vu très régulièrement ces derniers temps.» Cette espèce de petit passereau est sédentaire dans la partie la plus douce de son habitat et migre vers le sud dans les autres cas.
Le biologiste a également observé des hirondelles de rocher en ville de Fribourg comme un chevalier guignette au bord du lac. Des petits échassiers censés se trouver dans la mangrove, au Sénégal. «Ces individus ont fait le pari de ne pas migrer. Pour l’instant, le pari est réussi. Ils s’épargnent la fatigue et les dangers de la migration. Mais c’est une prise de risque. S’il devait y avoir une grosse vague de froid, ils ne survivraient pas.» Par manque de nourriture, les insectes.
Un pari également pris depuis plusieurs années par des milans royaux. Il y a encore vingt ans, toute la population migrait vers le bassin méditerranéen, avant tout en Espagne. Mais au fil des ans, et vraisemblablement des hivers doux, de plus en plus d’individus ont décidé de rester ici. Les rapaces se retrouvent alors en dortoir pour la nuit. Ces hivernages sont en augmentation. Un comptage au niveau suisse réalisé en novembre a recensé 3000 milans royaux. «Un record absolu, alors qu’il n’y en avait aucun il y a quelques années!» relève Jérôme Gremaud.

Flore
Les plantes photosensibles, qui réagissent à la lumière, comme le magnolia ou la majorité des plantes exotiques, ne vont pas être sensibles à la température plus douce. Par contre, explique l’horticulteur Jean-Luc Pasquier, les plantes thermosensibles, celles qui réagissent à la quantité de chaleur, peuvent se mettre à produire de la végétation. «La ciboulette par exemple, peut émettre de nouvelles pousses. Soit vous en profitez, soit vous laissez faire», conseille-t-il. Si le prochain gel a raison d’elles, la souche, elle, n’en souffrira pas. «Heureusement, ces plantes thermosensibles sont robustes.»
Concernant les arbres, «il faudrait plusieurs semaines où la température du sol serait supérieure à 10° pour qu’ils montrent des signes de débourrement (développement de bourgeons). Car l’arbre a besoin de beaucoup d’énergie et d’une bonne dose de chaleur pour faire monter sa sève jusqu’à sa couronne», précise Jean-Luc Pasquier. Un processus qui débute d’ordinaire en avril-mai et qui prend plusieurs semaines.
Par contre, le gazon, lui, a commencé à frétiller. A tel point que certaines personnes se demandent s’il faut le tondre. «Sortir les tondeuses en janvier, ce serait inédit! Mais je pense qu’il faut laisser faire. Si vous l’avez laissé à 4 ou 5 cm en automne, nul besoin de le toucher pour le moment.» Encore quelques mois avant d’entendre vrombir les tondeuses. Tout de même.

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