Les prix sont en chute, le stockage n’a pas la cote

| jeu, 22. Jan. 2015
Le prix des produits pétroliers baisse fortement. Pour l’essence et le diesel à la pompe, il faut même remonter à cinq ans pour trouver un niveau si bas. La constitution de réserves est pourtant rare, même pour le mazout. Analyse du phénomène.

PAR THIBAUD GUISAN

Pour le porte-monnaie, c’est la bonne nouvelle du début de l’année. Le plein d’essence n’a pas été aussi bon marché depuis cinq ans. Et le contexte international et la chute du dollar annoncent une tendance durable.
L’indice des prix à la consommation est formel. En décembre 2014, le prix moyen du litre de sans-plomb 95 était de 1 fr. 58. Il faut remonter à décembre 2009 pour trouver un tarif si bas. Le litre de diesel, vendu en moyenne à 1 fr. 68 en décembre 2014, n’avait pas été si bon marché depuis février 2010. La baisse s’est poursuivie en ce début d’année. Le Touring Club Suisse estime que le litre de sans-plomb 95 est passé de 1 fr. 46 le 1er janvier 2015 à 1 fr. 40 mardi. Le diesel se vendait à 1 fr. 47 avant-hier, contre 1 fr. 60 le 1er janvier.
Dans la région, une entreprise est bien placée pour percevoir la réaction des consommateurs: Celsa-Charmettes SA, à Romont, un des principaux acteurs romands du commerce de produits pétroliers. La société glânoise gère 55 stations-service dans toute la Suisse. En résumé: la vente de carburants n’explose paradoxalement pas. «Les effets sont limités. Ce n’est pas parce que les prix baissent de 30 ou 40 centimes que les gens vont se mettre à rouler plus que de raison», glisse Christian Pillonel, directeur de Celsa-Charmettes SA. En Suisse, la consommation de carburants est d’ailleurs peu sensible aux variations de prix. Dans le jargon économique, on parle de demande peu élastique.
Les professionnels gros consommateurs – secteur de la construction, transporteurs routiers – pourraient être tentés de faire du stock lorsque le prix est bas. «Mais, dans les faits, c’est rarement le cas, assure Martin Stucky, de l’Union pétrolière suisse. Parce que si vous remplissez une citerne de 20000 litres de carburant à 1 fr. 50, c’est 30000 francs que vous immobilisez. Tout cela pour économiser 15 centimes par litre: est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Avec ces 30000 francs, l’entreprise préférera investir, dans l’achat d’une machine, par exemple.»


«Une loterie»
Florian Barras dirige Swiss Car Barras SA, à Riaz: une société de transport routier d’une flotte d’une cinquantaine de camions. Des véhicules qui accumulent chaque année un total de 5 millions de kilomètres dans toute l’Europe et qui avalent 1,5 million de litres de diesel. Le patron, qui dispose d’une citerne de 20000 litres, compare l’achat de carburant à «une loterie»: «On ne peut pas acheter un million de litres à l’avance, explique-t-il. Le fournisseur avec qui je travaille accepte de me réserver deux commandes d’avance au prix du jour. En décembre, j’ai précommandé 40000 litres quand le diesel est passé sous 1 fr. 70. J’étais persuadé qu’il n’allait pas tomber plus bas. Mais avec le recul, ce n’était pas forcément une bonne idée.»
De même, la baisse du prix des carburants est une bonne nouvelle relative pour le transporteur: «Mes charges diminuent, mais ma marge reste identique. Les prix sont adaptés à la baisse du prix des carburants. Nous sommes tenus de nous fier à l’indice de l’Association suisse des transporteurs routiers qui tient compte du prix du carburant. Cet indice est mis à jour régulièrement.»


A flux tendu
Acheteur et revendeur de produits pétroliers, Celsa-Charmettes ne profite pas non plus des prix bas pour gonfler ses réserves. «On a un petit stock tampon, mais nous travaillons le plus possible à flux tendu, explique Christian Pillonel. Si le prix à l’achat augmente, c’est intéressant d’avoir du stock. Mais si deux jours plus tard, le prix diminue, on se met un bel autogoal. Comme il est très difficile de savoir de quoi demain sera fait, le travail à flux tendu évite de prendre des risques dans un marché où les marges sont très ténues.»

 

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Le rôle des Etats-Unis


La chute des prix des produits pétroliers s’explique d’abord par le contexte géopolitique. «C’est le jeu de l’offre et de la demande qui fait pression sur les prix», résume Martin Stucky, porte-parole de l’Union pétrolière pour la Suisse romande. Du côté de l’offre, les Etats-Unis jouent un rôle important. «Il y a dix ans, ce pays était un gros importateur de pétrole brut et raffiné. Aujourd’hui, il est quasi autonome. Ces six à sept dernières années, les Etats-Unis ont massivement investi pour développer leur production indigène. Ils ont construit 1,2 million de puits pour extraire le gaz et le pétrole de schiste. Leur production équivaut aujourd’hui pratiquement à celle de l’Arabie saoudite.» De l’autre côté, la demande d’énergie a reculé, alors que les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) n’ont pas diminué leur production: «L’économie mondiale tousse, à commencer par la Chine», ajoute Martin Stucky. L’avenir? «C’est très complexe. Mais, à court terme, rien n’indique une flambée des prix du pétrole.»
Dans l’immédiat, un nouvel élément s’est ajouté subitement la semaine dernière: la chute du dollar par rapport au franc suisse – consécutif à la décision de la Banque nationale suisse d’abandonner le taux plancher d’un euro à 1 fr. 20 – accentue la tendance à la baisse. Les produits pétroliers étant négociés en dollars, la Suisse profite directement de cet effet de change. Les autres composants du prix du litre de carburant à la pompe: les taxes prélevées par la Confédération – environ 73 centimes fixes par litre, sans compter la TVA à 8% –  et le prix du fret sur le Rhin. En effet, plus le niveau du fleuve est bas, moins de marchandises peuvent être chargées, ce qui entraîne une hausse des prix.
Quant à la fermeture possible de la raffinerie de Collombey, elle ne devrait pas avoir d’incidence. «Il existe suffisamment d’alternatives», estime Christian Pillonel, directeur de Celsa-Charmettes SA, à Romont. Jusqu’à ce jour, 40 à 45% des besoins de produits raffinés sont assurés par les deux raffineries de Suisse: Cressier et Collombey. Le solde étant acheminé, principalement via Bâle et Genève. TG

 

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«Ils retiennent leur souffle»

Le prix du mazout est aussi fortement en baisse. En décembre 2014, il fallait compter en moyenne 85 fr. 43 pour 100 litres (pour une citerne de 1500 à 3000 litres). Cela faisait depuis septembre 2010 que le tarif n’avait pas été aussi bas. Il était encore de 108 fr. 04 en janvier 2014. On pourrait s’attendre à une hausse massive des commandes. Il n’en est rien. «C’est plutôt calme, rapporte Christian Pillonel, directeur de Celsa-Charmettes SA, à Romont. Les gens retiennent leur souffle. Leur but est d’acheter au prix le plus bas. Dès qu’il y aura deux ou trois jours de hausse marquée des prix, on risque d’avoir une avalanche de commandes. On a déjà vécu ça dans le passé.»
Autre phénomène expliquant la faible demande: les citernes sont plutôt bien remplies. «Le 1er janvier 2014, la taxe sur le CO2 a augmenté. Les gens ont profité de faire le plein avant. Nous avons donc eu énormément de travail en 2013. D’autant plus que l’hiver 2012-2013 avait été froid et très long. A l’inverse, l’hiver 2013-2014 a été exceptionnellement doux, comme les premiers mois de l’hiver que nous vivons. La consommation d’huile de chauffage n’a pas été très élevée ces douze derniers mois.» TG

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