Pour l’instant, la H189 tient ses promesses

| mar, 27. Jan. 2015
La route de contournement de Bulle était mise en service il y a cinq ans. Les réductions de trafic attendues sont au rendez-vous même si le trafic global, lui, augmente. L’arsenal des mesures encore possibles s’amenuise.

PAR JEAN GODEL

Cinq ans après l’ouverture de la H189, le 13 décembre 2009, les charges de trafic n’ont-elles pas augmenté en ville de Bulle? Certes, les éternels bouchons ont sauté à la Condémine et aux rues de Gruyères et de l’Ancien-Comté, unique axe de transit avant la mise en service de la route de contournement.
Mais ça bouchonne désormais ailleurs: à l’accroche de l’A12 et de la H189, dans le secteur de la gare ou encore sur l’axe Pâla - Château-d’en-Bas - route de Riaz. D’ailleurs, le Conseil général de Bulle vient d’accorder 310000 francs pour une étude de trafic dans ce dernier secteur, demandant même à ce qu’on l’étende à toute la ville. Bulle aurait-elle déjà mal à son trafic, cinq ans à peine après l’ouverture d’une H189 à 289 millions de francs, dépassements compris?
«On entend en effet dire qu’il y a plus de trafic à Bulle», reconnaît Grégoire Cantin, chef du Service de la mobilité (SMo) du canton. «Le problème, c’est qu’on n’a pas les chiffres du trafic sur le réseau communal avant la H189.» Impossible donc de dire si le nombre de voitures entrant en ville aurait déjà retrouvé les valeurs d’avant décembre 2009.


Estimations anciennes
«Il n’a jamais été question de figer le trafic en ville aux valeurs effectives à un temps “t”, fait remarquer Jean Hohl, ingénieur de ville. Ce que l’on veut, c’est obtenir les réductions de charges de trafic escomptées avec la H189 et ses mesures d’accompagnement.» Le problème, c’est que la fixation de ces objectifs s’est appuyée sur des estimations faites en 1998, au moment de la conception du contournement, sur la base de comptages effectués, eux, en 1995.
Or, personne n’imaginait alors la croissance effrénée de Bulle et de la Gruyère, une croissance d’ailleurs encouragée par la perspective de la H189. Du coup, les prévisions de trafic ont été revues à la hausse en cours de route. «La croissance de Bulle est un gros biais, reconnaît Grégoire Cantin. On atteint les limites du système. Un certain recul s’impose donc.»


Objectifs atteints
En 2012, deux ans après la mise en service de la H189, le Service de la mobilité rendait son rapport de suivi du Plan directeur partiel des transports (PDpT) de la ville de Bulle – plan qui fixe les mesures à prendre pour parvenir aux objectifs assignés à la H189. Dernière vision complète de la situation en date, ce rapport stipule que «les objectifs de diminution de trafic […] sont atteints, en valeur absolue, sur quasiment tous les tronçons de route considérés». Cela même si le nombre total de véhicules a fortement augmenté entre-temps – comme un gâteau dont la couche de crème resterait identique alors que le biscuit, lui, prendrait de l’épaisseur.
Seule exception notable: la route de l’Intyamon, à La Tour-de-Trême, où un potentiel d’amélioration de 3600 véhicules par jour existe encore (on est passé de 16700 véhicules par jour estimés pour 2010 sans la H189 à 10600 mesurés après sa mise en service, contre 7000 espérés). Mais il est vrai que les mesures d’accompagnement n’avaient pas encore été réalisées.
Cela dit, le bénéfice de la H189 fond comme neige au soleil. C’est que les nombreuses réalisations immobilières, passées et à venir, poussent le trafic à la hausse sur le réseau communal. Sans compter le trafic supplémentaire que toute nouvelle route induit. «On est en train de puiser dans le capital», image Jean Hohl.
La lutte contre le bruit et la pollution de l’air, qui a aussi motivé la réalisation d’une route de contournement, a été gagnée: des revêtements silencieux et la baisse du trafic en ville en ont eu raison. Mais Bulle a été rattrapée par un autre problème codifié dans aucune ordonnance fédérale: l’espace occupé par les voitures.
En Gruyère, les faits comme les automobilistes sont têtus: vu l’essor de Bulle, viendra un temps, tout au plus quelques années, où H189 et réseau communal seront saturés, prévient Jean Hohl: «La solution passera alors forcément par un transfert modal.»

 

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Le salut dans la mobilité douce

Dans les conclusions de son suivi du Plan directeur partiel des transports (PDpT) de Bulle, en 2012, le Service de la mobilité (SMo) était clair: si les effets des mesures d’accompagnement de la H189 s’avéraient insuffisants, Bulle devrait «renforcer la modération du trafic […], favoriser le report modal ou modifier les principes de circulation». Le SMo ajoutait: «Pour autant que ce soit possible.» Prudent pour une ville où la moitié des 9500 voitures comptées dans la Grand-Rue ne s’y arrête pas…
A quoi jugera-t-on le caractère «insuffisant» des effets des mesures d’accompagnement de la H189? Chef du SMo, Grégoire Cantin se veut rassurant: il n’y a aucun seuil de trafic fixé au-delà duquel un quelconque couperet tomberait. «Mais la prochaine révision du projet d’agglomération, qui donnera lieu au projet d’agglo de troisième génération, à l’horizon 2016, sera la bonne occasion de se poser cette question.»
Pas de seuil couperet, donc, mais des principes contenus depuis longtemps dans le PDpT et qui engagent la ville. Comme celui de ne pas rajouter de trafic au centre-ville pour en garantir l’accessibilité. Or, les nombreux projets immobiliers auront un fort impact: «Pris séparément, chacun est aux normes, reconnaît Jean Hohl, ingénieur de ville. Mais mis bout à bout, ils peuvent poser problème.»
L’accord sur les prestations conclu, dans le cadre du projet d’agglo, entre la Confédération, le canton et Mobul est une autre garantie de résultats: d’importantes subventions de Berne sont en jeu (9,2 millions pour le projet d’agglo de première génération). On voit mal Bulle se priver de telles sommes.


Réalité des faits
Reste un dernier moyen, radical, d’accélérer le changement, selon Grégoire Cantin: la réalité des faits. «Tôt ou tard, les automobilistes vont expérimenter les limites du système.» Jean Hohl ne dit pas autre chose: «On n’arrive pas à imposer une solution tant que les gens ne perçoivent pas le problème avec assez d’acuité. Rien ne sert d’avoir raison trop tôt.» Trop tôt, donc, pour parler à Bulle de diminution du nombre de places de stationnement réservées aux travailleurs, de retour des feux de signalisation ou de compartimentage des rues du centre. Pour l’instant.
Car avant d’y songer, insiste Grégoire Cantin, il faut encourager le report modal dans l’agglomération. De gros progrès ont déjà été faits avec le RER et le réseau de bus Mobul. «Mais Bulle, ville plane sans obstacles, a un potentiel gigantesque en matière de mobilité douce.» Encore un défi psychologique pour les Bullois. Et les Gruériens. JNG

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