Le beau cadeau aux élèves des Queffélec mère et fils

| mar, 10. fév. 2015
La pianiste Anne Queffélec et son fils Gaspard Dehaene étaient à Bulle la semaine dernière. Les artistes à la carrière internationale ont joué devant les élèves des CO et du CS. Un plaisir, assurent-ils, mais aussi un devoir.

PAR JEAN GODEL

Anne Queffélec est une grande dame de la musique classique. Pianiste française de renom aux multiples récompenses (dont une Victoire de la musique en 1990), elle court le monde de concert en récital, d’enregistrement en festival. A Pékin fin janvier, elle en est revenue pour donner la semaine dernière une série de huit concerts devant les élèves des CO de Bulle et de La Tour-de-Trême ainsi que du Collège du Sud.
Sur scène avec elle, son fils Gaspard Dehaene, pianiste de 27 ans, creuse son propre sillon artistique. Avant son escapade bulloise, il a donné un récital (capté par France Musique) à l’auditorium du Musée d’Orsay, à Paris, puis s’en est allé briller à la Folle journée de Nantes. Tous deux ont offert aux élèves gruériens deux brefs programmes en solo: Haydn et Schumann pour lui, Scarlatti et Beethoven pour elle. A quatre mains, ils ont enfin joué une sonate de Mozart.

C’est épatant de voir des artistes de votre rang venir jusqu’ici jouer devant des élèves…
Anne Queffélec. Ce qui m’épate, moi, c’est votre question! C’est tout ce qu’il y a de plus gratifiant. En France, la moyenne d’âge du public des concerts classiques est de 61 ans. Il y a donc une nécessité absolue d’un renouvellement. Ce n’est ni un effort ni un sacrifice. Au contraire, ça fait un bien fou!
Gaspard Dehaene. Je suis aussi très content de voir un public complètement différent. Et la bonne surprise, c’est que ces jeunes écoutent aussi bien que les vieux, si j’ose dire…

Ce besoin de connexion avec les jeunes est-il plus impératif aujourd’hui qu’il y a 30 ans?
AQ. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, la consommation obsédante de musique, la musique qui arrose non-stop toutes les oreilles, cette soupe sonore omniprésente pollue l’audition et fait que tout esprit critique abdique. Dans ma jeunesse, il y avait plus de silence.
GD. Aujourd’hui, on a besoin d’un flot de décibels pour s’isoler, le silence gêne le recueillement, il fait peur, c’est un arrêt. Pas en musique classique: le silence en fait pleinement partie.

Comment renouer avec ces générations-là?
AQ. En démarrant tôt, dès la prime jeunesse, et en associant très vite la pratique musicale. Pour vivre des émotions. Certains craignent de ne pas comprendre la musique classique. Or il n’y a rien à comprendre, il y a juste à ressentir, à recevoir, à s’abandonner. Ce qui est délicieux avec un public si jeune, si ingénu, sans idées préconçues, c’est qu’il est prêt à se laisser cueillir par une émotion, plus qu’un public dit de connaisseurs. En matière artistique, l’ingénuité est parfois plus authentique.

Anne Queffélec, vous avez participé à la bande originale du film Amadeus…
AQ. Il ne faut pas trop fantasmer là-dessus. Car j’aurais bien aimé assister ne serait-ce qu’à un seul jour de tournage à Prague. Ne même pas rencontrer Milos Forman, c’est dommage, tout de même…

La musique classique n’aurait-elle pas besoin de telles œuvres qui ont touché le monde entier?
AQ. C’est vrai, oui. La scène de la composition du Requiem, ce moment d’intensité fantastique, a fait que le public s’est précipité sur le CD. Les gens avaient été cueillis. Ils s’étaient aperçus qu’il n’y a pas besoin d’avoir fait des études particulières pour être bouleversés.

La musique classique ne devrait-elle pas sortir plus souvent des sentiers battus ?
AQ. Oui. C’est ce que fait La Folle journée de Nantes, un festival qui casse complètement les codes avec des concerts courts, pas chers, de tous genres. Ça ne fait pas peur et une sorte d’euphorie collective se crée qui, pour une fois, n’est pas autour du foot. C’est fantastique!
GD. Les gens ont souvent de la curiosité, mais aussi beaucoup de complexes, sociaux notamment: ils pensent qu’ils ne connaissent pas, donc ils ne viennent pas. Là, au contraire, on est hors de tout snobisme.
AQ. Il faudrait aussi que les politiques soient moins incultes. Et que les Ministères de l’éducation, de la culture et de la santé travaillent ensemble à développer l’éducation artistique à une bien plus large échelle. Ça permettrait d’exorciser certains démons, d’éviter certaines dérives, surtout d’épanouir les enfants.

Question inévitable: comment vivez-vous, Gaspard Dehaene, cette collaboration artistique avec votre mère ?
GD. Il y a une complicité naturelle entre un fils et sa mère, avec une estime réciproque et, de mon côté, de l’admiration. Nous restons deux entités à part entière, je ne joue pas le même répertoire, nous n’avons pas les mêmes mains. C’est un partage, pas un problème.

Comment est né votre lien avec la Gruyère ?
GD. C’est la première fois que j’y viens. Je suis émerveillé et très heureux d’être là.
AQ. La Gruyère est très chère à mon cœur. C’est vrai que l’accueil y est délicieusement généreux. J’ai connu la Gruyère vers l’âge de 25 ans, lors d’un concert avec Michel Corboz. J’ai ensuite noué des liens avec Yves Corboz. J’ai ici des souvenirs inoubliables de vacances entre amis, de fraises à la crème, de fondues moitié-moitié. Il y a ici une forme d’amour de la vie très perceptible et assez rare.

 

--------------------

«Grande qualité d’écoute»


Ces huit concerts, les élèves gruériens les doivent en grande partie à Louis-Philippe Clerc, enseignant au CO de Bulle: «Il y a un an, j’ai rencontré Anne Queffélec qui était venue donner une master class au Conservatoire de Fribourg. Je lui ai demandé, comme ça, du tac au tac, et elle a dit oui!» Responsable des activités musicales des deux CO et du CS, Bernard Maillard parle d’un cadeau du ciel: «On a vécu des concerts de niveau international.» Cette qualité de programmation culturelle au sein de ces écoles ne date pas d’hier. «Les musiciens savent qu’il y a ici une grande qualité d’écoute.»
Arrivé en Gruyère il y a plus de dix ans, Lionel Chapuis mesure un tel privilège. «Tout se tient», résume le responsable de l’éducation musicale des deux CO. «On sent dans cette région un culte de la culture dans les écoles.» A l’entendre, on y met aussi volontiers le prix. Enfin, les élèves sont méticuleusement préparés: «Même après le concert, on lance la discussion en classe. Et les élèves portent souvent un jugement critique très intéressant. En règle générale, ils reçoivent la musique des concerts, même si ce n’est pas la leur.» JnG

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Au volant d'une voiture volée, il s'enfuit par les rails

A Bulle, mercredi après-midi, le conducteur d'un véhicule volé a pris la fuite au moment où la police a voulu l'intercepter. Au volant, il n'a pas hésité à emprunter les voies de chemin de fer sur plusieurs centaines de mètres. Il a finalement été interpellé quelques instants plus tard.