Un monstre de 11 tonnes déroule son fil d’Ariane

| sam, 21. fév. 2015
Le câble est devenu l’outil quasi indispensable des machinistes qui dament les pistes de ski. Au volant de leur engin, ils sont les hommes de l’ombre des stations. Reportage à Moléson.

PAR THIBAUD GUISAN

C’est le fil d’Ariane d’un monstre de 11 tonnes. Le câble métallique aide la dameuse à se faufiler dans le labyrinthe des pistes de Moléson. Sorti de sa cabine, Stéphane Moura, en a fixé l’extrémité – un gros crochet, au bout du bras articulé du véhicule – à un ancrage situé au sommet du mur final de la piste noire de la station. La pente avoisine les 100% (ou 45 degrés).
La dameuse redescend le mur qui fait face, ce jour-là, à une impressionnante mer de brouillard. Le câble, d’une longueur maximale d’un kilomètre, se déroule derrière le véhicule, en reposant petit à petit sur la neige. Arrivé au bas de la pente, il se tend et s’élève du sol, après que la machine a fait demi-tour pour une nouvelle montée. «Pour grimper, le treuil n’est pas forcément nécessaire», explique Stéphane Moura, au volant de l’engin.
Car la dameuse, avec ses 490 chevaux, est assez puissante. «Par contre, on a besoin de force supplémentaire pour remonter la neige qui s’accumule au bas de la piste avec le passage des skieurs. Sans ce dispositif, on ne ferait que lisser le terrain, ce qui abîmerait encore plus la piste.» Le recours au câble permet ainsi de compenser le manque d’adhérence.


Comme une arbalète
Le treuil de la dameuse peut tirer jusqu’à 4 tonnes. «Mais on le règle en général à 900 kg. C’est suffisant.» Stéphane Moura précise que presque tous les recks des pistes de la station sont travaillés à l’aide d’un câble. «Quand le terrain a des bosses, il peut se tendre tout d’un coup, comme une arbalète, et décoller subitement du sol», prévient l’habitant de Neirivue, 39 ans.
Le travail au câble n’est pas nouveau dans la région. A Moléson, on y recourt depuis 1998. C’est le succès de la peau de phoque nocturne qui a fait prendre conscience de l’usage de cette technique. D’ailleurs, les machinistes ne cachent pas des sueurs froides. «Il y a quelques années, un skieur s’est pris le câble à la hauteur des tibias, raconte Stéphane Moura. Avec la pression, il a été plaqué au sol et le câble est remonté jusqu’à sa gorge. Par chance, le terrain était dégagé et j’ai pu voir ce qui se passait. J’ai tout de suite détendu le câble. Le gars a eu un monstre bol. Il était bleu, quasi étouffé. Il s’en est tiré avec une cheville cassée. Je l’ai ramené en dameuse au bas de la station. On a discuté. Il m’a dit qu’il comprenait pourquoi on plaçait des panneaux annonçant un danger de mort.»


Cinq heures par machine
A Moléson, les opérations de damage commencent vers 17 h. «Il faut compter entre cinq et six heures par machine», note Stéphane Moura. Deux engins s’activent chaque soir. Ou le matin, dès 4 h, quand il neige ou que des précipitations ont été annoncées pour la nuit. «Dans ce cas, le temps est court avant l’ouverture des pistes à 9 h.»
Placée à l’arrière de la dameuse, la fraise et 150 chevaux griffent et malaxent la glace qui s’est formée avec le passage des glisseurs. Rendue à nouveau farineuse, la neige est étendue et lissée par le tapis. A l’avant, le véhicule est doté d’un grappin, qui permet de transporter la neige grattée par la lame. Stéphane Moura en dépose par exemple au départ du téléski du Gros-Plané, souvent râpé. La journée, les pistes ont aussi tendance à creuser au milieu. «Il faut donc ramener la neige depuis les bords.»


D’abord à la Jungfrau
Parmi les plus performantes du marché, la dameuse de Stéphane Moura vit son premier hiver à Moléson. Après six saisons du côté de la Jungfrau et de la Petite-Scheidegg, dans l’Oberland bernois, elle a été rachetée d’occasion, pour environ 225000 francs, soit la moitié de la valeur à neuf.
L’hiver des machinistes est bien rempli. La journée, Stéphane Moura travaille dans l’entreprise de terrassement qu’il dirige avec son père à Pringy. Son collègue possède une société de ferblanterie. «Le soir, je n’ai pas besoin de somnifère pour m’endormir, rigole Stéphane Moura. Mais c’est une passion. Il n’y a qu’un hiver où j’ai trouvé le temps long. Il y a trois ans, on avait commencé fin novembre et on avait terminé fin mars. D’habitude, je suis triste quand la saison se termine.»


Le sanglier des Reybes
Marié, le Gruérien emmène parfois ses deux garçons, Maxime et Robin, 6 et 4 ans, dans sa cabine. Le machiniste a fait ses débuts au volant sur la piste de luge et sur celle du téléski des Reybes, désaffecté au début des années 2000. C’est là, sur les flancs de la Vudalla, qu’il a fait sa rencontre la plus étrange: «Un sanglier, et un gros!»

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