«La Fête des vignerons n’a jamais été une fête folklorique»

jeu, 19. mar. 2015
L’historienne Sabine Carruzzo présentera ce jeudi une conférence sur la Fête des vignerons, au Musée gruérien, à Bulle. Secrétaire de la Confrérie des vignerons, elle est l’un des gardiens du temple, veillant à l’orthodoxie de la prochaine édition en 2019.

PAR XAVIER SCHALLER

Dans le cadre du programme «Le printemps des traditions vivantes au musée», Sabine Carruzzo présentera, ce soir au Musée gruérien, une conférence sur l’histoire de la Fête des vignerons. La secrétaire générale de la Confrérie des vignerons agrémentera son propos d’illustrations et de films d’archives. Historienne, elle est également coauteure d’un livre sur la célèbre manifestation veveysanne.

Tradition ancestrale, comment la Fête des vignerons a-t-elle vu le jour?
La fête est née d’une parade qui existait déjà au Moyen Age. Après leur assemblée annuelle, les confrères descendaient en procession au bord du lac pour un banquet. Ce défilé s’étoffa au cours du XVIIIe siècle, avec quelques musiciens et chanteuses, puis le petit garçon déguisé en Bacchus, la déesse Cérès, etc.
En 1797, le couronnement des vignerons les plus méritants transforma cela en Fête des vignerons. La fête n’est que le côté spectaculaire du remerciement qu’adresse la confrérie à ses travailleurs. C’est le couronnement qui fait la fête et non l’inverse.

Comment expliquez-vous le succès de cette manifestation?
Comme la Réforme protestante, instaurée par les baillis bernois, autorisait peu de réjouissances, le cortège attirait de plus en plus de curieux. Danses, chants profanes ou déguisements étaient bannis, mais le cortège des vignerons toléré, parce qu’il existait déjà avant l’arrivée des Bernois.
La Fête des vignerons n’a jamais été une fête folklorique, mais le reflet d’une époque, aussi au niveau artistique, et a toujours évolué. Les références à la mythologie reflétaient les goûts de l’aristocratie naissante du XVIIIe siècle, plus que ceux de vignerons. Comme les musiques de 1977 et 1999 ont pu choquer certains, jugées trop modernes et en décalage avec les goûts du public. Surtout si ce dernier pensait revivre une expérience similaire à celle de la fête précédente.

Secrétaire de la Confrérie, vous faites partie de ceux qui doivent définir la fête de 2019.
Je suis, en quelque sorte, une gardienne du temple. Avec l’abbé-président, nous veillons à l’orthodoxie, au rôle de la Confrérie dans la Fête des vignerons. Qu’est-ce qu’on doit maintenir et qu’est-ce qui peut être changé? Nous fixons un cadre, mais pas trop strict. Ce serait la mort programmée de la fête, car aucun créateur digne de ce nom ne voudrait plus participer.
Daniele Finzi Pasca, metteur en scène tessinois, a été choisi pour la conception de la fête de 2019. Après notre assemblée générale, le 19 juin prochain, nous annoncerons les noms des librettistes et des compositeurs.

Ce soir, au Musée gruérien, vous allez présenter l’évolution de la fête, avec des illustrations et des films tirés des archives de la Confrérie.
Les premières archives écrites de notre société remontent à 1647. Quant à la fête, nous en possédons des représentations dès le XVIIIe siècle. Le premier film date de 1905, seulement dix ans après la naissance du cinéma. Il avait été colorisé à la main, image par image, mais nous n’avons malheureusement plus l’intégralité de ce document.
En 1927, l’exclusivité des images filmées avait été accordée à une entreprise locale. Déçus, des Anglais avaient soûlé un vendeur de programmes, lui avaient volé son accréditation et avaient filmé depuis le haut des tribunes. Leur film de la fête avait ainsi été projeté à Londres avant que la version suisse ne soit disponible.
Il faut dire qu’à cette période, comme durant tout le XIXe siècle, l’événement attirait énormément de Britanniques à Vevey. Un comte polonais, arrivé avec un jour de retard, avait aussi proposé de payer de sa poche une représentation supplémentaire.

En parlant d’argent, le budget annoncé pour la fête de 2019 est de 70 millions. Le gigantisme de la fête vous inquiète-t-il?
Il faut y être attentif. En 1885, la fête accueillait déjà 12000 spectateurs. Mais, entre 1977 et 1999, le budget a plus que doublé, passant de 20 millions à 54 millions, pour pratiquement le même public, 16000 visiteurs. Et le bénéfice a diminué.
La Confrérie ne cherche pas à s’enrichir. Mais il est important d’avoir un résultat positif, pour vivre entre deux manifestations et avoir les fonds propres nécessaires à la fête suivante. De plus, ces bénéfices servent également à financer les prix distribués aux vignerons lors de chaque triennale.

La Confrérie des vignerons a donc d’autres activités que l’organisation de la fête?
La Confrérie compte 1300 membres. Sa raison d’être, aujourd’hui comme par le passé, est le contrôle des vignerons-tâcherons de Lavaux et du Chablais. C’est une société de propriétaires terriens qui évaluent le travail de ses ouvriers. Certains vignerons y voient d’ailleurs «les relents d’un antique esclavage».
Son service reste utile, par exemple pour les très nombreuses communes qui possèdent des vignes. Le conseiller communal en charge de ce domaine n’a souvent pas de compétences agricoles. Grâce à la Confrérie, il reçoit, trois fois par année, un avis professionnel sur la tenue du vignoble.
En contrepartie, elle récompense les vignerons méritants avec des prix et des médailles. Plus de 100000 francs ont ainsi été distribués lors de la dernière triennale.

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