Des tireurs fribourgeois dans le New York Times Magazine

| sam, 28. mar. 2015
Marie Rime vient de voir ses images de tireurs sportifs publiées sur le site du New York Times Magazine. Sous le titre Nous sommes libres et nous restons nos propres maîtres, elles interrogent la question du pouvoir. Une première reconnaissance pour la photographe charmeysanne.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

La petite histoire débute au printemps 2014. Parmi près de 800 candidats, Marie Rime est sélectionnée pour exposer au Festival international de mode et de photographie, qui se déroule à Hyères, sur la Côte d’Azur. «Sur place, j’ai eu l’occasion de montrer mon portfolio aux membres du jury», raconte la Charmeysanne, aujourd’hui âgée de 25 ans. Lors d’une rencontre informelle, Stacey Baker – éditrice photo au New York Times Magazine – découvre presque fortuitement ses images de tireurs fribourgeois. «J’exposais mes séries Armures et Pharma, mais j’imaginais bien qu’elle aurait aimé voir d’autres choses. J’ai alors sorti des tirages laser A4 pliés en quatre de mon travail en cours. Elle l’a bien apprécié et elle m’a demandé de la recontacter dès qu’il serait terminé.»  
Mais le temps passe. Après avoir reçu le Prix du public et de la ville d’Hyères (un palmier en pot qui n’a pas supporté le climat gruérien…), la jeune femme obtient son diplôme à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) avec sa série Nous sommes libres et nous restons nos propres maîtres. Mais elle «oublie» de recontacter la célèbre découvreuse de talents américaine, jusqu’à ce qu’elle reçoive un message de relance au mois de janvier. «C’était incroyable. Elle tenait vraiment à publier mes images», jubile Marie Rime. Deux seuls regrets: la série ne paraît le 3 mars que sur le site internet du journal, mais pas dans l’édition papier. «Et l’article me dépeint un peu comme une activiste proarmes… Mais tant pis.»


Cours de jeunes tireurs
Le monde du tir, Marie Rime l’a découvert à l’âge de 14 ans, lorsqu’elle s’est inscrite au cours de jeunes tireurs des Carabiniers de Charmey. «Mon papa et ma sœur pratiquaient le tir à 300 mètres, je les ai suivis», explique-t-elle en toute candeur. Puis, durant son année propédeutique à Lausanne, elle réalise une première série dans le milieu du tir sportif. «Je me suis rendu compte que les questions de costume, d’apparence extérieure ou de séduction étaient des thèmes récurrents chez moi. Ces apparats sont souvent liés à des enjeux de pouvoir. En Suisse, le tir est bien plus qu’un simple sport: il bénéficie d’un ancrage socioculturel très fort.»


L’habit comme marque d’identité
Pour Nous sommes libres et nous restons nos propres maîtres, elle contacte une quinzaine de sportifs fribourgeois qui jouent le jeu de la pose avec leurs lourds vêtements de compétition. «Ces habits servent à tenir le corps dans des positions très stables. Pour les meilleurs, ils sont confectionnés sur mesure: les tireurs choisissent leurs couleurs, leurs motifs, mais surtout la manière dont ils veulent être présentés.» Telle cette championne connue pour être «la fille en rose». «Son habit marque son identité de tireuse. Comme un blason.»
Avant ses shootings, Marie Rime prépare mentalement ses images, puis elle construit ses mises en scène et contrôle «avec maniaquerie» les positions précises de ses modèles. «Je voulais trouver des solutions pour les mettre en valeur sans les sortir complètement de leur environnement.» Les tireurs désarmés (car le propos est ailleurs) posent ainsi sur des socles, comme des sculptures vivantes, entourés de panneaux aux couleurs saturées. Ou comme des mannequins déshumanisés dans des vitrines sans verre.
«Je ne suis qu’au début de ma carrière. Maintenant, je vais passer à la suite»,  avoue la plasticienne, qui n’est pas du genre à se balader avec un appareil photo autour du cou. D’ailleurs, lorsque quelqu’un lui demande ce qu’elle fait dans la vie, elle aime à répondre: «Ce que j’ai envie…» Comme pour dire qu’elle gagne sa vie ailleurs que dans la photographie. Un univers qu’elle a découvert par hasard, lors d’une journée Job Info, durant son Collège du Sud. «J’ai tout de suite eu envie de faire partie de ce monde. La photographie est un moyen de me cadrer, de me rassurer. Mais je suis aussi attirée par la mode. Je ne vois pas ça comme une pratique figée.»
En mai, Marie Rime publiera des images dans le livre Le chalet d’alpage comme choix de vie, en compagnie de Mélanie Rouiller, puis elle exposera ses images au Musée gruérien, à Bulle. Avant de passer, vraiment, à la suite.

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