En visant Interlaken, le MOB donne sa chance à la Gruyère

| jeu, 12. mar. 2015
Le MOB a enfin reçu le feu vert pour lancer son projet de Transgoldenpass. Grâce à des bogies à écartement variable, il reliera sans changement Montreux à Interlaken. Une prouesse technique qui ouvre de nouvelles perspectives touristiques.

PAR JEAN GODEL

L’idée d’un troisième rail entre Zweisimmen et Interlaken flottait dans l’air depuis les années 1930. Ce rail supplémentaire a longtemps été vu comme la seule solution pour permettre à un même train de circuler sur la voie étroite (1m) entre Montreux et Zweisimmen, puis de continuer sur la voie normale (1,435 m) jusqu’à Interlaken.
Les ingénieurs du Chemin de fer Montreux-Oberland Bernois (MOB), eux, ont mis à peine deux ans pour développer une solution maison, dans leurs ateliers de Chernex: un bogie à écartement variable. Cet agrégat d’acier, dont les brevets ont été vendus à Alsthom, ne paie pas de mine, en tout cas pour le béotien. Pourtant, il ouvre des perspectives touristiques fort prometteuses aux régions traversées, dont la Gruyère.


«Pas pour les Asiatiques»
Le dernier verrou politique a sauté mi-février dernier quand le Conseil d’Etat bernois a accepté de financer sa part de 1,21 million de francs dans la nouvelle rampe d’écartement de Zwisimmen. Il donnait ainsi le feu vert définitif au Transgoldenpass (TGP), un projet commun au MOB et au Berne-Lötschberg-Simplon (BLS) qui, dès 2018, reliera quatre fois par jour Montreux à Interlaken. Les cantons concernés, la Confédération et le BLS assumeront les investissements dans les infrastructures, le MOB dans le matériel roulant.
Berne a mis du temps à se décider. «Trois députés de l’Oberland bernois ont en effet mis en doute l’opportunité d’investir de telles sommes pour des touristes asiatiques en ces temps d’économies», sourit aujourd’hui Gabriel Rosetti, directeur adjoint du Goldenpass (gestionnaire du MOB) et responsable du projet. Un business plan a donc été demandé qui a fini de convaincre tout le monde. «Le chemin de fer est l’un des joyaux du tourisme suisse», assure celui qui est aussi responsable du domaine voyageurs au Goldenpass. «On doit faire preuve d’innovation.»


L’égal du Glacier Express
Mais qu’est-ce que cette suppression d’un transfert à Zweisimmen peut-elle bien changer? Tout, aux yeux des touristes asiatiques: «Ils n’aiment pas changer de train, assure Gabriel Rosetti. Ils préfèrent presque passer du train au bus! De nombreux tours opérateurs qui renoncent à nos offres nous ont dit attendre avec impatience le Transgoldenpass pour nous inclure à leur catalogue.»
Pour illustrer l’intérêt que le TGP pourra susciter, Gabriel Rosetti donne l’exemple du Glacier Express, entre Zermatt et Saint-Moritz, le train touristique suisse le plus connu dans le monde. Or, pour la clientèle asiatique, souvent pressée, son trajet dure trop longtemps: neuf heures.
Le TGP, lui, reliera en trois heures trois le must de la Suisse touristique: Montreux, Gstaad et Interlaken, la destination N°1 avec son accès à la Jungfrau. «Vu du Japon ou de la Chine, le TGP peut devenir l’égal du Glacier Express», Gabriel Rosetti en est convaincu. Les projections laissent espérer d’emblée une augmentation de 5% à 10% du nombre de passagers entre Montreux et Zweisimmen (2 millions à ce jour) grâce à l’«effet Interlaken». Soit 200000 personnes de plus, essentiellement des touristes…


Et la Gruyère, dans tout ça?
Dans ce contexte, la Gruyère ne risquera-t-elle pas de voir les trains simplement filer vers Montreux ou Gstaad? «Le TGP, via Montbovon, transitera par la Gruyère, ce qui est un atout, insite Gabriel Rosetti. Il faudra dès lors développer des offres attractives.» Comme celle reliant aujourd’hui Montreux à Gstaad avec transfert en bus au glacier des Diablerets, puis à Chillon et à Vevey. Elle rencontre un vif succès et peut très bien être déclinée ailleurs.
Certes, le TGP ne poussera pas jusqu’à Gruyères ou Broc-Fabrique. Mais on peut parfaitement imaginer un package
Interlaken-Gruyères avec un crochet par le Moléson et la Maison Cailler. «Ce peut être une offre extrêmement intéressante.» Gabriel Rosetti attend maintenant des offices du tourisme de toutes les régions traversées de l’enthousiasme et de bonnes idées: «Aidez-nous à monter des offres attractives et on vous aidera à capter une nouvelle clientèle!»
Le MOB, de son côté, pourra faire valoir, dans sa communication à l’intention de sa clientèle, que le TGP traverse des régions magnifiques aux attraits bien spécifiques. Un marché d’où chacun pourrait sortir gagnant.

 

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Une première mondiale
Ce bogie au potentiel de commercialisation dans le monde entier a donc été créé à Chernex, dans les ateliers du MOB, avec l’aide d’un bureau d’ingénieurs de Winterthour. Son inventeur, c’est Jean-Michel Forclaz, responsable du matériel roulant au Chemin de fer Montreux-Oberland Bernois. D’autres systèmes existent déjà dans le monde. «Mais la particularité du nôtre, explique son coconcepteur Paul Baillif, c’est que non seulement il s’écarte de 43,5 cm, mais il se soulève aussi de 20 cm, pour s’adapter à la hauteur des quais de la voie normale.» Voilà qui en fait donc une première mondiale. Et rendra le Transgoldenpass (TGP) compatible avec la Loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand).
Autre particularité: tout se fait mécaniquement, sans électronique – un avantage par temps hivernal. Seuls les deux bras qui se déploient de chaque côté sont actionnés par le circuit pneumatique du train. Ensuite, ils s’engagent dans des guides latéraux qui, avec l’avancement du convoi dans la rampe, soulèvent la caisse du wagon. D’autres guides écartent alors l’essieu monté sur un vérin hydraulique.
Une voiture pilote a circulé en 2011, effectuant 120000 km sans encombre. «Les ingénieurs du BLS étaient surpris par l’excellente qualité du système, notamment son confort», souligne Gabriel Rosetti, responsable du projet au Goldenpass. Après quelques adaptations, les brevets ont été vendus à Alsthom Suisse en 2012.


Appel d’offres lancé cet été
Un appel d’offres sera lancé cet été pour l’achat de seize voitures. Le MOB transformera par ailleurs dix de ses wagons actuels. Le tout permettra de mettre en service trois rames de 320 places (100 de 1ère classe, 220 de 2e) dès la mi-2018. Les locomotives, elles, seront ordinaires et s’échangeront en gare de Zweisimmen. Au début, quatre trains par jour circuleront dans chaque sens entre Montreux et Interlaken. A l’horizon 2030, esquisse Gabriel Rosetti, il pourrait y en avoir un par heure, de 9 h à 18 h.
Le MOB investira 55 millions de francs dans le matériel roulant. Le Berne-Lötschberg-Simplon prendra à sa charge la rampe d’écartement de Zweisimmen (10 mio), puis louera le TGP pour le faire circuler sur son réseau. Resteront 10 mio à investir dans la modification des infrastructures, notamment le prolongement des quais à 200 m, comme à Montbovon. Ces 10 mio représentent le différentiel entre la mise en conformité des gares à la LHand, obligatoire, et l’adaptation des quais au TGP.


Gastronomie suisse à bord
Les estimations pronostiquent un surplus de 200 passagers par jour entre Montreux et Zweisimmen (dont 150 touristes), de 450 entre Zweisimmen et Spiez (dont 400 touristes), enfin de 650 entre Spiez et Interlaken (dont 300 touristes).
A bord, une étude de l’Ecole hôtelière de Lausanne a montré l’importance de la gastronomie et de l’information touristique. Il y aura donc une voiture restaurant par rame. «Nous miserons sur la gastronomie suisse et les produits locaux, assure Gabriel Rosetti. Pour l’information, une application pour smartphones sera développée. Quitte à mettre des appareils à disposition.»
Avec le TGP, le MOB, ligne touristique mais aussi de trafic régional, espère accroître de manière significative son taux de couverture. Actuellement de 50%, ce dernier fait déjà pâlir d’envie bien des compagnies…

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