Les routiers se plaignent d’une concurrence déloyale

| mar, 03. mar. 2015
Les agriculteurs cherchent de nouvelles sources de revenu. Le transport de marchandises en est une. Avec ou sans autorisation. L’attribution des travaux de déneigement fait aussi grincer des dents les camionneurs.

PAR XAVIER SCHALLER

Dans la brochure Logistique et transport de marchandises, publié en début d’année, Economiesuisse parle de concurrence déloyale dans le transport routier: «D’une part, les véhicules de cette catégorie (les véhicules agricoles) ne paient pas la redevance sur le trafic poids lourd, d’autre part, les entreprises concernées ne sont pas soumises aux dispositions relatives aux conditions de travail et aux pauses usuelles dans la branche.»
Les transporteurs accusent également les agriculteurs de profiter des aides liées à l’agriculture pour casser les prix et de jouer sur le flou lié à leur profession. Rencontre avec Jean-Marc Fragnière, patron d’une entreprise de travaux agricoles à Etavayer-le-Gibloux.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de concurrence déloyale?
En termes d’efficacité, si vous allez par exemple à Yverdon-les-Bains, un camion ne sera pas beaucoup plus rapide qu’un tracteur à 40 km/h. Mais je ne pense pas que la concurrence soit déloyale.
Pour effectuer des transports commerciaux, un agriculteur doit immatriculer son tracteur et sa remorque avec des plaques blanches et non vertes ou brunes. Comme je l’ai fait pour l’Entreprise de travaux agricole (ETA) Fragnière S.àr.l. Le tracteur est dès lors assimilé à un camion. Il paie la redevance poids lourds (RPLP) et est soumis à un contrôle technique annuel.
Le poids total du convoi est aussi limité à 40 tonnes et sa longueur à 18,75 mètres, comme pour les camions. Par contre, depuis quelques années, le tachymètre pour le contrôle des heures de conduite n’est plus obligatoire.

Les agriculteurs ne profitent-ils pas d’avantages par rapport aux camionneurs: aides à l’investissement, diesel détaxé?
Cela fait vingt ans que nous n’avons plus de diesel détaxé. Avant, les agriculteurs pouvaient en effet se faire rembourser les taxes pour toutes les huiles lourdes (mazout et diesel) qu’ils utilisaient. Aujourd’hui, ils perçoivent une indemnité, calculée en fonction des surfaces cultivées et des types de cultures. Les quantités utilisées n’entrent plus en ligne de compte.
Quant aux aides à l’investissement, elles ne concernent que les jeunes agriculteurs qui reprennent une exploitation, pas l’achat de nouveaux équipements.

Sur près de 8700 tracteurs fribourgeois immatriculés, seuls 87 ont des plaques blanches. Même si la police cantonale n’a constaté que deux infractions depuis 2013, ne pensez-vous pas qu’il y a des abus dans le transport de marchandises?
Le problème est plus général dans l’agriculture. De nombreux paysans sont contraints de trouver des débouchés annexes. Scierie, terrassement, mécanique, transports, traductions, tout le monde fait n’importe quoi. Comme toujours, il y a les bricoleurs et ceux qui font les choses en ordre.

Comprenez-vous que les gens aient peur des convois agricoles sur les routes?
L’augmentation de la vitesse des tracteurs agricoles est effective depuis 1998. Avec 40 km/h au lieu de 30 km/h, c’est quand même une augmentation de 33%. Le dépassement des convois agricoles est devenu plus périlleux pour les automobilistes. Comme en plus les tracteurs sont devenus plus grands et plus larges, les piétons sont impressionnés. Mais dans l’ensemble, ces nouveaux tracteurs sont aussi plus sûrs.
En Allemagne et en Angleterre, la limite est passée à 50 km/h. Pour des raisons de sécurité, je préférerais que ça n’arrive pas en Suisse.

Un jeune de 14 ans peut-il conduire des convois à 40 km/h et jusqu’à 40 tonnes?
Oui, du moment qu’il a son permis G40. Le permis G, accessible dès 14 ans et sans examen pratique, autorise la conduite des véhicules limités à 30 km/h. Le permis G40 s’obtient en participant à deux jours de formation supplémentaires.

Dans la brochure Agriculteurs dans le trafic routier, le Service de prévention des accidents dans l’agriculture note que près de 40% des accidents de tracteurs se produisent lors d’une bifurcation à gauche. En raison d’un éclairage, de freins ou d’indicateurs de direction déficients…
Les agriculteurs ont une grande responsabilité par rapport à l’entretien de leurs machines. Les véhicules agricoles limités à 40 km/h ne sont soumis à un contrôle technique que tous les cinq ans. Le contrôle annuel des freins est conseillé, mais pas obligatoire.
Quant aux remorques limitées à 30 km/h, elles ne sont tout simplement pas contrôlées, puisqu’elles ne sont pas immatriculées. Quand une remorque 30 km/h est couplée avec un tracteur 40 km/h, le convoi est censé rouler à 30 km/h. Souvent, cette vitesse n’est pas respectée.

L’attribution des travaux de déneigement à des véhicules agricoles fait aussi grincer les dents des transporteurs…
L’Office de la circulation et de la navigation délivre des autorisations sous conditions, moyennant une taxe de cent francs. Une commune est attribuée à un tracteur donné et seul le tracteur inscrit peut y travailler.
Les camionneurs sont un peu de mauvaise fois sur ce sujet. Dans un quartier de villas, desservi par une route de trois mètres de large, le tracteur est ce qu’il y a de plus pratique. Je ne sais pas s’ils peuvent effectuer ce travail avec leurs camions.
Contrairement à ce qui se dit, les agriculteurs ne bénéficient pas d’un prix spécial pour le sel. D’ailleurs dans mon cas, ce sont les communes qui achètent le sel pour les routes.
Pour mon entreprise, le déneigement et les travaux forestiers sont nécessaires pour que je puisse employer tout le monde à l’année.

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