Même les vaches suisses souffrent du franc fort

| jeu, 05. mar. 2015
Le marché du lait est sous pression à cause des exportations. Le gruyère introduit un quota pour le premier trimestre 2015. Les fonds pour la loi chocolatière devraient augmenter.

PAR XAVIER SCHALLER

L’appenzeller a réduit de 20% sa production en février, l’emmentaler a créé un fonds de soutien alimenté par les producteurs, les fromagers et les commerçants. Les interprofessions du secteur fromager se préparent aux conséquences du franc fort.
Si le vacherin n’a pour l’heure pas jugé nécessaire de réagir, le gruyère a, lui, introduit un quota de production pour les trois premiers mois de l’année. En plus des quotas annuels et semestriels. «Il ne s’agit pas d’une diminution des contingents, se défend Marc Gendre, vice-directeur de l’Interprofession du gruyère AOP. C’est un outil pour adapter les quantités fabriquées à la demande du marché.»
La restriction de production a été mise en place dans l’urgence. «Mais depuis deux ans déjà, nous avons trop de quantités en début d’année, constate Marc Gendre. Nous pensions introduire un quota pour le premier trimestre 2016. Nous avons seulement accéléré le mouvement. Nous voulons nous donner du temps et ne pas toucher au prix de notre lait, à 85 ct. 25/litre.»


Pas de robinet pour le lait
Ce qui fâche certains producteurs, c’est que la mesure, annoncée mi-février, est rétroactive. «Durant le premier trimestre, nous pourrons couler 46,77% du quota des six premiers mois, indique Max Fragnière, président de la section fribourgeoise du syndicat Uniterre. Ceux qui ont beaucoup produit en début d’année vont se retrouver coincés.»
Même si l’annonce avait été faite plus tôt, il n’aurait pas été aisé d’adapter la production. «Le lait, ce n’est pas un robinet qu’on ouvre et qu’on ferme, image Max Fragnière. On aurait pu diminuer le cheptel, mais comme le quota annuel ne change pas, il faut garder suffisamment de vaches quand même.» Jouer sur l’affouragement aurait aussi été possible, de même que d’augmenter le nombre de veaux à engraisser.
«Pour les paysans qui ont un alpage, l’adaptation est également assez compliquée, constate Frédéric Ménétrey, directeur de la Chambre fribourgeoise d’agriculture. Car ils produisent généralement moins de lait durant l’estivage.»


Le lait en trop à 13 ct./litre
Le lait excédentaire partira en centrale. «Mais pas en catégorie A, à 68 ct./litre. L’agriculteur gagnera moins de 13 ct./litre sur ces quantités hors quotas. Une misère, s’insurge Max Fragnière. Autant le mettre à la gargouille.»
Ou le transformer en spécialités fromagères. «Tant que celles-ci ne peuvent pas passer pour une copie de gruyère ou de vacherin, cette utilisation est autorisée», indique Marc Gendre. La difficulté est ensuite de trouver une niche et d’écouler les stocks. «Si ces spécialités prennent des parts de marché aux produits français, tant mieux pour les producteurs suisses.» Mais tous n’ont pas le succès du Maréchal ou du Mont-Vully.
Le quota du gruyère questionner aussi l’Interprofession du vacherin fribourgeois AOP. «Presque tous nos fromagers fabriquent aussi du gruyère», indique Lionel Martin, secrétaire de l’organisation. Un phénomène de vases communicants et une augmentation de la production de vacherin durant ce début d’année pourraient ainsi se dessiner.


Soutenir le lait industriel
Dans le canton de Fribourg, environ un tiers du lait est également transformé en centrales. Quatre entreprises se partagent ce marché: Cremo, Milco, ELSA et Nestlé Broc. Pour soutenir cette production, le Conseil fédéral a annoncé, le 26 février, vouloir allouer un crédit supplémentaire de vingt millions aux compensations prévues par la «loi chocolatière».
L’Interprofession du lait (IP-Lait) a ainsi pu annoncer, le lendemain par communiqué de presse, que le prix indicatif était maintenu à 68 ct./litre pour le lait industriel A. Malgré une situation particulièrement difficile sur le marché suisse du lait.
«Après avoir un peu fléchi, la consommation mondiale de lait reprend sa croissance en ce début d’année», explique Frédéric Ménétrey. Mais la fin des quotas européens de production laitière, ce mois-ci, pose un gros point d’interrogation sur l’avenir. «Les industriels européens de la transformation laitière se sont déjà équipés et semblent prêts à une augmentation de production: le marché mondial pourra-t-il l’absorber?»

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